Avec Donald Trump, un immigrant est un criminel en devenir
Les effets de la politique migratoire agressive de Donald Trump commencent doucement à apparaître. Les chiffres ne suffisent néanmoins pas pour justifier son obsession.

- Publié le 25-03-2025 à 09h28

À l'instant où il a pris le pouvoir, Donald Trump a décrété un "état d'urgence national à la frontière sud" avec le Mexique et a désigné les cartels de la drogue mexicains comme "organisations terroristes". La volée de décrets présidentiels signés le premier jour de son mandat a déjà rendu possible l'expulsion "de centaines" de personnes migrantes, qu'elles soient en situation irrégulière, ou pas. Petit tour d'horizon de la situation migratoire américaine, après deux mois sous l'Administration Trump.
La situation migratoire est-elle vraiment inquiétante aux États-Unis ?
Les États-Unis sont le premier pays d'accueil au monde – plus que l'Allemagne, la France, l'Arabie saoudite et le Royaume-Uni réunis. Selon les dernières données, la taille de la population immigrée aux États-Unis a atteint un niveau record : 47,8 millions en 2023. Mais ces chiffres doivent être maniés avec prudence, car leur part dans la population américaine, elle, ne représente que 14,3 %. Et d'après l'American Community Survey, seul un quart (27 %) des immigrants aux États-Unis n'a pas de papier. Les autres sont naturalisés, résidents permanents légaux (détenteurs de la fameuse "carte verte") ou titulaires d'un visa temporaire.
Quelle place occupent les ressortissants mexicains dans ce tableau ? Ils représentent bel et bien, et de loin, le plus grand groupe d'immigrants aux États-Unis. Mais ce chiffre est à la baisse : 23 % en 2023, contre 29 % en 2010. L'obsession de Donald Trump ne peut donc pas uniquement s'expliquer par les chiffres.
Qui est expulsé du territoire américain ?
D'après le Migration Policy Institute, historiquement, il s'agit surtout de ressortissants du Mexique, mais aussi du Salvador, Guatemala et Honduras (87 % des expulsions sous l'Administration Biden). Ce bilan s'explique notamment par les accords de rapatriement conclus avec ces quatre pays. D'autres pays, à l'inverse, se montrent plus récalcitrants à accueillir leurs citoyens expulsés, comme la Chine, Cuba ou l'Inde.
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les expulsions ne concernent plus seulement les immigrants clandestins. Désormais, certains immigrants présents légalement sur le territoire américain, sans posséder la citoyenneté américaine, peuvent également être expulsés sous certaines conditions. Par exemple, si un migrant travaille alors que son visa ne le permet pas, c'est un motif suffisant pour le qualifier de "criminel", car la loi est techniquement enfreinte.
En octobre 2024, 3,6 millions personnes faisaient l'objet d'un dossier en instance devant le tribunal de l'immigration. En attendant leur première audience, la majorité des migrants reste en liberté conditionnelle. Mais plus pour longtemps. Dans un décret signé le 20 janvier, Donald Trump a ordonné la détention systématique des migrants clandestins jusqu'à leur expulsion. Et pour éviter la surcharge des centres de détention, il a notamment proposé d'envoyer 30 000 migrants clandestins, dont certains sont accusés de certains crimes (même non violents), au camp de Guantánamo – qui, rappelons-le, est une prison militaire de haute sécurité, qui a une sordide réputation en matière de violation des droits humains et de torture.
Qui protège les immigrants aux États-Unis ?
Tout le monde ne respecte néanmoins pas les demandes de détention émises par l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), une des agences chargée d'arrêter, de détenir et d'expulser les non-citoyens ayant enfreint les lois sur l'immigration. Certaines juridictions locales – par exemple à New York, San Francisco, Chicago, Los Angeles – privilégient plutôt la protection des migrants clandestins, en leur permettant d'accéder à certains services (éducation, soins de santé) et documents (permis de conduire). Pour elles, un mandat de l'ICE est insuffisant pour arrêter une personne en situation irrégulière.
Selon les associations de défense des migrants, ces politiques renforcent la sécurité, car elles permettent aux immigrés témoins ou victimes de crimes de collaborer avec la police locale sans avoir peur d'être expulsés. Mais pour les Républicains, ces villes et comtés, appelés "sanctuaires", sont "un cauchemar en matière de sécurité publique", pour reprendre les propos du représentant James Comer. L'Administration Trump compte mettre fin à ces lois locales, qu'elle estime inconstitutionnelles, l'immigration étant une compétence de l'État fédéral. Les maires démocrates de Boston, Chicago, Denver et New York ont ainsi été convoqués au Congrès début du mois, à la demande d'élus républicains, pour "rendre des comptes".
Normalement, les personnes peuvent contester l'ordre d'expulsion dont elles font l'objet, en prouvant qu'elles sont éligibles à une forme de protection comme l'asile. Raison pour laquelle l'Administration Trump veut dorénavant externaliser un maximum de demandes d'asile, notamment à travers le programme "Rester au Mexique", qui force les demandeurs à attendre leur audience hors du territoire américain.
Quels effets aux frontières ?
La situation a drastiquement changé à la frontière sud. En y déployant les troupes armées et en supprimant dès le premier jour de son mandat l'application CBP one, qui permettait de prendre rendez-vous aux points d'entrée officiels à la frontière, Donald Trump a réussi à dissuader les migrants de tenter leur chance chez l'Oncle Sam.
De peur d'être directement arrêtés, ils sont de plus en plus nombreux à faire demi-tour ces dernières semaines. Face à la forte diminution de leur activité, les passeurs proposent désormais leurs services pour faciliter le retour des migrants. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) indique que 65 % des migrants rencontrés sur les routes irrégulières au Guatemala se dirigent vers le sud. Les autorités costaricaines affirment que 50 à 75 migrants traversent chaque jour leur pays dans le cadre de ce flux inverse. Certains traversent la jungle périlleuse du Darién qui relie le Panama et la Colombie (174 décès en 2024). En février dernier, 400 personnes ont tenté de traverser ce nouveau carrefour migratoire.
Mais peu importe le sens dans lequel ce périple est effectué, le voyage reste dangereux. Le mois dernier, une fillette de 8 ans est décédée dans le naufrage d'un bateau transportant 19 migrants au large des côtes panaméennes.