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"Trump est un ignorant": les annonces du président des Etats-Unis suscitent l'indignation et l'inquiétude
Les annonces de la Maison Blanche concernant de nouveaux droits de douane, effectifs dès minuit, ont plongé les marchés mondiaux dans l'incertitude.
- Publié le 03-04-2025 à 07h10
- Mis à jour le 04-04-2025 à 07h16

Donald Trump a lancé mercredi une charge commerciale massive sous la forme de droits de douane très lourds en particulier contre l'Asie et l'Union européenne, s'attirant des menaces de riposte à ces mesures qui risquent d'asphyxier l'économie mondiale, mais aussi américaine.
Les marchés financiers ont dégringolé alors qu'alliés traditionnels comme les concurrents des Etats-Unis avertissaient préparer leur contre-attaque à ce que le président américain a présenté comme une "déclaration d'indépendance économique".
"Notre pays a été pillé, saccagé, violé et dévasté par des nations proches et lointaines, des alliés comme des ennemis", a asséné Donald Trump, avant d'exhiber une liste des partenaires commerciaux concernés.
L'offensive protectionniste de la Maison Blanche, sans équivalent depuis les années 1930, passe par un droit de douane plancher supplémentaire de 10% sur toutes les importations et par des majorations pour les pays jugés particulièrement hostiles en matière commerciale.
L'addition est astronomique pour la Chine, dont les produits feront l'objet d'une nouvelle taxe à l'importation de 34% s'ajoutant aux 20% de droits de douane additionnels déjà mis en place par l'administration Trump. Les marchandises de l'UE prendront 20% de taxes. Les taux ont été fixés à 24% pour le Japon, 26% pour l'Inde ou 46% pour le Vietnam.
Donald Trump a prédit jeudi un bond financier et économique en dépit des lourds droits de douane annoncés la veille, qui ont fait dégringoler la Bourse de New York.
"Les marchés vont bondir" et "le pays va bondir", a assuré le président américain, juste avant de quitter la Maison Blanche pour la Floride (sud), où il doit donner un dîner dans l'un de ses clubs de golf.
Le Lesotho a annoncé jeudi l'envoi "en urgence" d'une délégation gouvernementale aux Etats-Unis pour plaider sa cause, après que le président américain Donald Trump a imposé à ce petit pays d'Afrique australe des droits de douane de 50%, les plus élevés annoncés pour une seule nation.
D'autres pays africains ont été visés par des "tarifs réciproques" bien au-dessus du nouveau taux plancher de 10% décrété par Washington: 47% pour Madagascar, 40% pour l'île Maurice, 37% pour le Botswana, 30% pour la Guinée équatoriale et 30% pour l'Afrique du Sud.
Mais c'est le Lesotho, entièrement enclavé dans l'Afrique du Sud, qui est en tête de la liste des nombreux pays frappés par les droits de douane additionnels massifs présentés mercredi par Donald Trump, dans le cadre d'une guerre commerciale mondiale qui s'intensifie.
La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, a estimé jeudi soir que, face aux droits de douane imposés par Washington, il fallait avoir pour objectif de les "supprimer, pas les multiplier".
"Il faut ouvrir une discussion franche sur le fond avec les Américains, avec selon moi l'objectif d'arriver à supprimer les droits de douane, pas de les multiplier", a-t-elle affirmé dans un bref entretien à la chaîne publique Rai1, en référence à d'éventuelles représailles de l'Union européenne.
Mme Meloni, qui avait déploré dès mercredi soir une "mauvaise mesure" de Washington, a annulé jeudi tous ses engagements pour se concentrer sur l'introduction de nouveaux droits de douane décidée par le président américain Donald Trump. Elle a réuni ses principaux ministres pour discuter de leur approche.
Jeudi soir, Mme Meloni a appelé à éviter l'alarmisme: "Nous avons évidemment un problème, mais ce n'est certainement pas la catastrophe évoquée par certains", a-t-elle estimé.Sur le plan national, elle s'est engagée à "réaliser une étude sur l'impact réel secteur par secteur" ainsi qu'à rencontrer "la semaine prochaine" les représentants des diverses filières pour "chercher les meilleures solutions".
Sur le plan européen, "il faut évidemment partager nos propositions avec les partenaires européens", a-t-elle dit. "Je ne suis pas convaincue que le meilleur choix soit de répondre à des droits de douane par d'autres droits de douane", a-t-elle insisté.
Le Premier ministre canadien Mark Carney a annoncé jeudi des droits de douane de 25% sur certaines importations automobiles américaines, quelques heures après l'entrée en vigueur d'une taxe de même montant aux Etats-Unis sur tous les véhicules importés.
Le tarif douanier canadien vise "tous les véhicules importés des Etats-Unis qui ne respectent pas" l'accord commercial nord-américain AEUMC, a annoncé M. Carney.
Les droits de douane sur des importations de véhicules américains représentant une valeur de 8 milliards de dollars canadiens (5,7 milliards de dollars américains), devraient entrer en vigueur dans les prochains jours, a fait savoir son bureau à l'AFP.
Les droits de douane canadiens auront une incidence sur les voitures et les camionnettes fabriquées avec moins de 75 % de pièces nord-américaines, soit environ 10 % de tous les véhicules expédiés des États-Unis vers le Canada, ce qui représente environ 67 000 véhicules par an.
Dans le contexte de la guerre tarifaire avec les États-Unis, la N-VA appelle à se tourner vers le Vietnam, Singapour, le Canada et le Japon. Il existe des accords commerciaux avec ces pays qui ne sont pas pleinement utilisés, estiment les nationalistes flamands.
Il est difficile de sous-estimer l'impact des droits de douane imposés par les États-Unis. Mais il existe également un potentiel de développement du commerce flamand, selon le député flamand Gijs Degrande.
Emmanuel Macron a dénoncé jeudi une "décision brutale et infondée" après les droits de douane annoncés mercredi par Donald Trump, "des mesures d'une extrême gravité pour l'économie européenne".
"Une chose est sûre, avec les décisions de cette nuit, l'économie américaine et les Américains, qu'il s'agisse des entreprises ou des citoyens, sortiront plus faibles qu'hier, et plus pauvres", a également déclaré le président français, qui a appelé les Européens à "rester unis", lors d'une réunion à l'Élysée de dirigeants de filières affectées par ces droits de douane.
Le ministre de l'Économie David Clarinval craint que la hausse massive des droits de douane annoncée par les États-Unis aient un impact négatif de 5 à 6 milliards par an pour l'économie belge, indique-t-il jeudi dans un communiqué, sur base des premières estimations du SPF Économie.
Le ministre dit regretter la décision du président Donald Trump. Selon lui, tous les secteurs en Belgique seront impactés, avec des craintes plus spécifiques en ce qui concerne la chimie, l'alimentaire, le pharmaceutique, le métal et l'aluminium.
"La Belgique, en tant que petite économie fortement tournée vers l'exportation (28 milliards d'exportations vers les États-Unis en 2023), sera particulièrement affectée par ces mesures que je trouve déplorables! Les industries pourraient subir des pertes d'emplois en raison de la diminution des exportations vers les États-Unis. Un risque d'inflation pourra également être constaté au sein de l'économie", décrit M. Clarinval.
Le ministre ajoute travailler, en collaboration avec la Commission européenne, à une liste de contre-mesures. "Nous appelons nos partenaires européens à une réponse concertée et proportionnée. Notre priorité est de défendre les intérêts de nos entreprises et de nos travailleurs, tout en préservant un commerce mondial basé sur la coopération et le respect mutuel", conclut M. Clarinval.

