Des confidences sur Trump, Vance, Musk... La cheffe de cabinet du Président dévoile les coulisses de la Maison-Blanche
Première femme nommée secrétaire générale de la Maison-Blanche, elle analyse et commente, de façon tout à fait inhabituelle, la prise de décision à Washington.

- Publié le 17-12-2025 à 19h56
- Mis à jour le 18-12-2025 à 11h48

Le procédé est si inhabituel qu'on le croirait impensable : un très haut responsable de l'Administration américaine qui, toujours en fonction, raconte les coulisses de la Maison-Blanche, analyse et commente les prises de décision, risque un jugement lapidaire sur les principaux détenteurs du pouvoir, y compris le Président, et tout cela sans même se retrancher dans l'anonymat. C'est ce que vient de faire Susie Wiles, la secrétaire générale de la Maison-Blanche ou, si l'on préfère, la cheffe de cabinet de Donald Trump – la première femme à occuper ce poste dans l'histoire des États-Unis.
Depuis le 20 janvier dernier, celle qui est devenue, à 68 ans, le personnage le plus influent à Washington après le Président, a accordé, au journaliste Chris Whipple du magazine Vanity Fair, une dizaine d'entretiens, qui ont coïncidé avec autant de temps forts ou de moments de crise de la nouvelle Administration. Des interviews réalisées "souvent le dimanche, après la messe", tantôt devant des sandwiches partagés à proximité du Bureau ovale, tantôt dans l'appartement de Wiles tandis qu'elle faisait la lessive. Des conversations à bâtons rompus sur tous les sujets d'actualité, auxquelles la secrétaire générale s'est livrée avec franchise, voire candeur. "Ils ne savent pas ce que je suis en train de faire", s'est un jour amusée Susie Wiles, en évoquant l'entourage présidentiel.
Une personnalité d'alcoolique
Du long portrait en deux parties brossé par Vanity Fair (disponible gratuitement en ligne), les médias retiennent quelques phrases en apparence assassines. Wiles prête ainsi à Donald Trump "une personnalité d'alcoolique", quand bien même il ne boit pas (sa seule qualité, a-t-il un jour plaisanté), raison pour laquelle elle s'entendrait si bien avec lui. Son propre père (le célèbre joueur de football américain Pat Summerall) était, en effet, alcoolique. Aussi assure-t-elle avoir développé une expertise dans la compréhension des personnes qui "fonctionnent avec l'idée qu'il n'y a rien qu'elles ne puissent pas faire".
Du vice-président J. D. Vance, "un théoricien du complot depuis une décennie", Susie Wiles n'hésite pas à dire que sa conversion d'ennemi déclaré à partisan inconditionnel de Donald Trump obéit à un calcul politique. Le directeur du Budget, Russell Vought, est, selon elle, "un zélote d'extrême droite absolu". Quant à Elon Musk, dont on connaît, rappelle-t-elle, l'addiction à la kétamine, elle le voit comme un "électron libre" difficile à suivre et plus encore à freiner. C'est, ajoute-t-elle, "un drôle d'oiseau, comme le sont tous les génies, je pense".
Si Wiles concède des erreurs commises au début de ce second mandat présidentiel, c'est précisément à Musk qu'elle en impute volontiers, fustigeant sa "politique de la terre brûlée" au nom de l'efficacité gouvernementale, et déplorant en particulier la destruction des programmes humanitaires de USAID. Elle ne se prive pas davantage d'accabler la ministre de la Justice, Pam Bondi, pour sa gestion désastreuse de l'affaire Epstein, dont bien peu ont, selon elle, mesuré l'importance au sein du gouvernement.
Glorification de Donald Trump
Hormis ces quelques bémols, la secrétaire générale a réponse à tout pour justifier les décisions prises, des frappes contre les trafiquants de drogue dans les Caraïbes à la démolition d'une aile de la Maison-Blanche pour construire une salle de bal, dans une joyeuse célébration de Donald Trump et de son équipe. Aussi est-on étonné qu'elle reproche maintenant à Vanity Fair d'avoir tronqué ses propos pour publier un pamphlet contre "le meilleur président, le meilleur personnel de la Maison-Blanche et le meilleur cabinet dans l'histoire du pays".
Craignait-elle le courroux du Président après ses révélations ? Inquiétude infondée jusqu'ici, la Maison-Blanche continuant de saluer en Susie Wiles "la conseillère la plus importante et la plus loyale" de Donald Trump. Il est vrai que la complicité entre les deux semble à toute épreuve. Elle est ancrée dans une jeunesse commune à New York, une large identité de vues, l'admiration ancienne de Trump pour le père de Wiles, et le flair politique de cette dernière, que rien pourtant ne destinait à la politique.