L'abandon de Joe Biden, un "ouf" de soulagement pour les Démocrates mais le plus dur reste à venir
Kamala Harris en selle, les Démocrates requinqués: "La démocratie est en jeu!"
- Publié le 21-07-2024 à 23h35
- Mis à jour le 22-07-2024 à 11h00

C'est la fin du calvaire pour les Démocrates - et pour Joe Biden. Après près d'un mois de pressions à la suite d'une performance désastreuse lors d'un débat télévisé face à Donald Trump, où il a semblé perdre le fil de sa pensée et incapable de défendre son bilan, le président a pris la décision exceptionnelle de renoncer à sa candidature. " Je crois qu'il est dans l'intérêt de mon parti et de mon pays de me retirer et de me consacrer seulement à remplir mes fonctions de président pour le reste de mon mandat ", a-t-il écrit, dimanche 21 juillet, dans une lettre postée sur ses réseaux sociaux. Dans un message séparé, il a apporté son soutien à sa vice-présidente Kamala Harris pour lui succéder dans la course à la Maison-Blanche.
Pour Chet Whye, un militant afro-américain new-yorkais qui a participé à la campagne de Barack Obama en 2008 et qui a soutenu Kamala Harris lors des primaires démocrates de 2020 quand elle était elle-même candidate, c'est un coup de tonnerre. " Je me demandais s'il allait le faire et quand ", avoue-t-il. Mais maintenant que le locataire de la Maison-Blanche a décidé d'abandonner, il a l'intention de jeter toutes ses forces dans la bataille. Dimanche, il travaillait déjà à affréter des bus de New York pour acheminer des volontaires en Pennsylvanie, le " Swing State " le plus proche, pour faire du porte-à-porte. Dans un pays où le scrutin présidentiel se joue État par État, ces " États-bascules " aux résultats très serrés déterminent l'issue de la course. " Nous sommes engagés dans une bataille pour la démocratie. C'est cela qui est en jeu. Si nous perdons cette élection, le reste ne comptera pas ".
À l'annonce de la décision de Joe Biden, un " ouf " de soulagement a traversé le Parti démocrate, consumé depuis des semaines par des querelles intestines autour de l'avenir de la candidature du président. Un temps précieux a été perdu, à moins de cinq mois de l'élection de novembre, face à un Donald Trump en position de force dans les sondages malgré une condamnation au pénal et sa responsabilité dans l'attaque du Capitole, le 6 janvier 2021.
Le soutien du président sortant à Kamala Harris ne signifie pas nécessairement qu'elle sera la candidate du parti. La décision reviendra aux plus de 4 000 délégués démocrates qui pourraient se réunir virtuellement dès début août pour investir celui ou celle qui affrontera Donald Trump en novembre. Mais étant la vice-présidente en place, déjà co-listière de Joe Biden, elle serait naturellement la mieux placée. Plusieurs ténors de la gauche ont déjà annoncé qu'ils la soutiendraient. La gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer, dont le nom a circulé, a dit à travers une de ses proches qu'elle n'était " candidate à rien cette année ".
Joaquin Castro, député du Texas qui avait appelé Joe Biden à abandonner, a indiqué sur la chaîne ABC que le Parti démocrate n'était pas " une secte MAGA " (Make America Great Again), le slogan trumpiste, vouée au culte d'une personnalité. Mais il s'est montré confiant dans les chances de la vice-présidente d'être investie par le Parti. " Maintenant, c'est à nous de faire en sorte de faire la meilleure campagne possible ".
Chet Whye craint cependant qu'elle ne fasse l'objet d'attaques sexistes et racistes au sein de son parti et en dehors. " Je n'aurais aucune patience pour ceux qui remettront en question ses qualifications !, s'exclame celui qui voulait organiser un meeting pour elle à Harlem lors des primaires de 2020 pour qu'elle puisse s'adresser à la communauté noire. " En 2008, nous avions un candidat qui était noir, maigre, jeune sénateur avec un nom africain, et nous avons gagné ".
Autre question qui se pose: qui choisira-t-elle à son tour comme co-listier ? Alors que l'élue métisse de Californie a la cote au sein des populations non-blanches et les femmes, elle pourrait faire le choix d'un homme blanc du " Midwest " pour renforcer le " ticket ".
Pour sa part, le camp trumpiste n'a pas caché qu'il préférerait affronter Joe Biden, dont la candidature était synonyme, selon eux, d'une victoire massive en novembre. Pendant la convention nationale républicaine, qui s'est refermée jeudi à Milwaukee (Wisconsin) avec un long discours de Donald Trump, son fils Eric a confié à un groupe de journalistes que son père " pourra battre n'importe qui " en novembre. Un sentiment dont s'est fait l'écho le co-listier de Donald Trump, J.D. Vance, dimanche. Il a notamment reproché à Kamala Harris sa gestion du dossier de l'immigration, l'un des principales préoccupations des Américains, elle qui a été chargée d'une mission pour identifier " les racines " des flux migratoires en provenance d'Amérique centrale. " Elle est responsable de tous les échecs (du gouvernement Biden) et a menti pendant presque quatre ans sur l'acuité mentale de Biden, accablant le pays d'un président incompétent ", a-t-il réagi.
Une chose est sûre: il y a encore quelques mois, le peuple américain s'attendait à une élection peu excitante, entre deux personnalités connues qui s'étaient déjà affrontées en 2020. La course au Bureau ovale est relancée. " Joe Biden n'était pas seulement fatigué physiquement : il était aussi politiquement épuisé. Entre son soutien inconditionnel à Netanyahu, les révoltes étudiantes, et les difficultés à valoriser son bilan, sa campagne peinait à décoller, explique Tristan Cabello, historien et maître de conférence à l'université Johns Hopkins. Certes, Harris apporte une certaine fraîcheur, mais cela reste essentiellement cosmétique : elle est associée à toutes les décisions de Joe Biden. Cependant, rien n'est joué. Elle peut se distancier de Biden, créer un nouveau programme et mener une campagne enthousiasmante ".
