Election américaine : "Des mesures de sécurité sans précédent" pour prévenir les violences
Tireurs d'élite, drones, kits de premier secours sont prévus. Mais le danger qui plane sur les élections n'est pas que la violence physique…

- Publié le 05-11-2024 à 13h52

Nous sommes le 6 janvier 2025. Le candidat à la présidence perdant conteste les résultats de l'élection. Ses partisans, épaulés par des milices, des membres de la Garde nationale et de l'armée recourent à la violence. Un général américain s'élève contre son commandant en chef, le Président sortant, et rallie des troupes à sa cause. Les assaillants pénètrent dans le Capitole des États-Unis. En Arizona, les insurgés prennent en otage les sénateurs de l'État et occupent une base militaire.
Ceci est le scénario d'une simulation qui s'est tenue à Washington, le 6 janvier 2023, deux ans jour pour jour après l'attaque contre le Capitole des États-Unis par les partisans de Donald Trump. L'initiative en revient à la fondation Vet Voice, association de vétérans américains. Les rôles des insurgés et des membres du gouvernement étaient tenus par un panel bipartisan d'anciens élus, d'ex-conseillers présidentiels, d'experts en sécurité et d'officiers à la retraite. La règle du jeu était simple : le président et son équipe disposaient de six heures pour juguler la révolte.
Ce type de simulation est courant pour se préparer à affronter des crises. Dans le jargon militaire, on parle de war game (jeu de guerre). C'est d'ailleurs sous ce titre qu'un documentaire a été tiré de cet exercice, diffusé en streaming sur Prime Video, aux États-Unis. La leçon, un brin alarmiste, est que les autorités ne seraient pas prêtes à affronter un nouveau 6 janvier 2021, qui serait d'une ampleur plus conséquente cette fois.
Avertissement des forces de l'ordre
Selon le Washington Post, les autorités américaines s'y préparent, au contraire, avec "des mesures de sécurité sans précédent" : "Des tireurs d'élite sur les toits pour protéger les centres de dépouillement des votes, des systèmes d'alarme pour le personnel électoral et des drones de surveillance".
Le FBI et le Département de la Sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) ont diffusé un avertissement sur le risque que de violence ou d'intimidation à l'encontre des employés des bureaux de vote, des journalistes ou des officiels chargés de superviser le processus de validation des élections. L'Armed Conflict Location&Event Data (ACLED), observatoire des conflits armés, prévient d'" un risque élevé de violence politique aux États-Unis".
Les forces de l'ordre sont en état d'alerte et multiplient les patrouilles. Les gouverneurs des États du Nevada et de Washington ont ainsi mobilisé par la Garde nationale. En Arizona, le secrétaire d'État (démocrate) Adrian Fontes, affirme pour sa part qu'il porte un gilet pare-balles. En charge de la certification des résultats, ce vétéran militaire a fait envoyer aux bureaux électoraux des kits de premier secours et des équipements pour barricader les lieux.
Dans d'autres États, les bureaux électoraux sont équipés de vitres pare-balles, de portes en acier et d'équipements de surveillance. À Washington, les vitrines des commerces sont barricadées sur Pennsylvania Avenue, l'artère de la capitale qui relie le Capitole à la Maison-Blanche. Des agents des forces de sécurité montent la garde sur les toits des bâtiments officiels.
Le déni des Républicains
Selon l'ACLED, toutefois, "l'activité des groupes extrémistes est en baisse" depuis 2021. Les milices d'extrême droite des Proud Boys et des Oath Keepers ont vu leurs effectifs diminuer drastiquement. Plus de 1600 de ces "extrémistes violents" ont été condamnés suite à l'invasion du Capitole. Si la mouvance a perdu son élan, selon l'ACLED, elle pourrait néanmoins ressurgir au lendemain de l'élection.
Mais pour les observateurs, la menace a changé de nature. Le déni constant de Donald Trump à l'égard du résultat de l'élection en 2020 a infusé au sein du Parti républicain. En 2021, 147 élus Républicains avaient contesté la certification de l'élection de Joe Biden. Selon une étude de l'ONG States United, ils sont désormais 20 sénateurs et 152 représentants à adhérer à la thèse de l'élection "volée", soit plus que le cinquième requis dans chaque chambre du Congrès pour contester la certification du vote. Ces Election Deniers sont peut-être plus à craindre que des extrémistes violents.