Un libanais croit retrouver son frère enfermé depuis 40 ans dans une prison en Syrie

Après la chute de Bachar el-Assad et l'ouverture des prisons par les rebelles, des milliers de détenus ont retrouvé la liberté en Syrie. C'est dans ce chaos et cette euphorie qu'une vidéo troublante a émergé.

Saidnaya
Ali-Ali, libéré de la prison de Saidnaya ©Orient-Le-Jour

Dans la foulée de la libération des détenus de la prison de Saidnaya en Syrie, réputée pour être la plus terrible et meurtrière du pays, un journaliste syrien interviewe un prisonnier qui vient de sortir. Sur la vidéo, on y voit un vieil homme barbu d'une soixantaine d'année s'exprimer pour la première fois depuis ses 40 ans d'enfermement. Cette vidéo fait le tour des réseaux sociaux.

Pour Mouammar, depuis le Liban, il ne fait aucun doute : cet homme est son frère, Ali al-Ali, disparu il y a 40 ans. Pourtant, la reconnaissance s'arrête là. Aujourd'hui, Ali ne sait plus qui il est. "Mon cœur me dit que c'est lui, mais il ne me reconnaît pas. "Il ne se souvient de rien. Pas de moi, pas de son propre nom"", a confié Mouammar à L'Orient-Le Jour. Un journaliste syrien, ayant pu échanger avec Ali, a confirmé qu'il semblerait souffrir d'une amnésie totale, incapable de se rappeler de son identité ou son passé.

Ali n'avait que 18 ans lorsqu'il a été arrêté par des soldats syriens à un poste de contrôle dans le nord du Liban, en pleine guerre civile. À l'époque, les forces syriennes imposaient leur autorité par la peur, arrêtant arbitrairement des centaines de Libanais pour leurs affiliations politiques ou supposées alliances. Pour sa famille, Ali a disparu ce jour-là dans un vide angoissant, sans aucune nouvelle pendant des décennies. "Nous avons cherché partout, mais c'était comme s'il s'était évaporé", a raconté Mouammar à L'Orient-Le Jour, précisant qu'il n'avait jamais perdu espoir.

"Vous êtes des hommes libres, sortez! C'est fini, Bachar est parti...": en Syrie, les prisonniers sortent de l'enfer de la prison de Saydnaya

Après la chute de Bachar el-Assad et l'ouverture des prisons par les rebelles, des milliers de détenus ont retrouvé la liberté. C'est dans ce chaos que la vidéo d'Ali a émergé. Mais ce n'est pas l'homme que Mouammar espérait retrouver. "Il ne se souvient de rien. Pas de moi, pas de son propre nom", a-t-il déclaré à L'Orient-Le Jour, la voix tremblante. Selon un journaliste syrien ayant pu échanger avec Ali, celui-ci souffrirait d'une amnésie sévère, conséquence probable des traitements brutaux et de l'isolement extrême subis dans les geôles syriennes.

L'histoire d'Ali al-Ali incarne le drame de centaines de familles libanaises en quête de réponses. Depuis 1976, environ 700 Libanais ont été enlevés par les forces syriennes, souvent pour des raisons politiques. Certains ont été oubliés dans des cellules pendant des décennies, marqués à jamais par des violences indicibles. "Nous savons qu'il n'est pas le seul", a déclaré Wadad Halwani, présidente du comité des familles des disparus, lors d'un entretien avec L'Orient-Le Jour. "Combien d'autres comme Ali attendent d'être retrouvés, même s'ils ne savent plus qui ils sont ?"

Pour Mouammar, retrouver son frère vivant est une victoire amère. "C'est lui, mais ce n'est plus lui", a-t-il confié à L'Orient-Le Jour. "Je ne veux pas le perdre à nouveau. Nous devons l'aider à se reconstruire." Mais cette reconstruction ne peut se faire sans le soutien de l'État. Des associations comme Act for the Disappeared et des députés comme Salim Sayegh appellent les autorités libanaises à intensifier leurs efforts pour identifier les prisonniers libérés et ramener ceux qui restent encore en Syrie.

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