La Chine organise une démonstration de force diplomatique contre l'Occident
Russie, Inde, Iran, Biélorussie et Corée du Nord font la tête d'affiche d'un double événement très médiatique.

- Publié le 29-08-2025 à 18h49

La Chine se livre à une démonstration de force diplomatique en accueillant ces dimanche et lundi, à Tianjin, non loin de Pékin, le 25e sommet annuel de l'Organisation de coopération de Shanghai (SCO). Dans le parterre des invités, il y aura Vladimir Poutine, le Premier ministre indien Narendra Modi, les présidents biélorusse Alexandre Loukachenko et iranien Massoud Pezechkian, en plus d'une kyrielle de chefs d'État et de gouvernement pour la plupart asiatiques.
Poutine, Loukachenko et Pezechkian prolongeront leur séjour pour assister, le 3 septembre, dans la capitale chinoise, à un imposant défilé militaire destiné à célébrer le 80e anniversaire de la victoire sur le Japon. Ils seront rejoints, pour l'occasion, par le numéro un nord-coréen Kim Jong-un, dont les déplacements à l'étranger sont rares. La Corée du Sud ne sera, quant à elle, représentée que par le speaker de l'Assemblée nationale, Woo Won-shik. Les Coréens ont, comme les Chinois, horriblement souffert des exactions de l'armée nippone et de l'occupation.
Fondée en juin 2001 à partir du Groupe de Shanghai formé cinq ans plus tôt, la SCO est la première et la seule organisation internationale créée à l'initiative de la Chine, qui en assure cette année la présidence tournante. Constituée au départ pour régler les questions de sécurité posées par l'implosion de l'URSS et l'émergence de républiques indépendantes en Asie centrale, aux frontières de la Chine et de la Russie, la SCO a progressivement élargi son horizon. Elle a parallèlement recruté plus de membres. De six à l'origine (outre la Chine et la Russie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l'Ouzbékistan), leur nombre est passé à dix avec l'admission de l'Inde et du Pakistan en 2017, de l'Iran en 2023, et de la Biélorussie en 2024. A ces dix pays s'ajoutent, en plus d'un "observateur" (la Mongolie), quatorze "partenaires pour le dialogue", qui vont de l'Arabie saoudite et de la Turquie à l'Arménie et l'Azerbaïdjan.
Un élargissement problématique
Cet élargissement a permis à la SCO de représenter, sur le papier tout au moins, une puissance non négligeable : près de la moitié de la population du globe et du quart du PIB mondial. Mais il en a aussi affaibli la force de frappe en y introduisant des rivalités et des conflits qui réduisent les possibilités de coopération. Outre l'antagonisme historique entre l'Inde et le Pakistan, et les ambitions concurrentes de Pékin et New Delhi, il faut compter également avec le risque, pour les pays membres, de se rapprocher trop d'États qui sont au ban de la communauté internationale, comme l'Iran et la Biélorussie, quand bien même l'intention sous-jacente, en les recrutant au sein de la SCO, était, sinon de constituer un front antioccidental explicite, au moins de forger une alliance des régimes politiques qui ont en commun de s'opposer à l'hégémonie des États-Unis et l'influence de l'Europe.
Le retour de Narendra Modi en Chine
Dans ce contexte, le fait saillant du sommet de Tianjin sera la présence de Narendra Modi, qui effectuera son premier voyage en Chine depuis 2018 (il avait participé au précédent sommet de la SCO organisé par la Chine, à Qingdao). Depuis surtout les affrontements sanglants de 2020 entre soldats indiens et chinois dans l'Himalaya. Alors que Joe Biden avait entrepris de nouer un partenariat stratégique avec Modi, la décision de Donald Trump de doubler les droits de douane sur les importations de produits indiens (pour sanctionner les achats de pétrole russe par Delhi) a créé les conditions d'un rapprochement entre Indiens et Chinois.
Que celui-ci se matérialise ou non, la Chine aura de toute façon marqué des points en renforçant son image d'acteur œuvrant pour la stabilité, le dialogue et la coopération dans le monde. Le grand bénéficiaire de l'événement n'en restera pas moins Vladimir Poutine qui, après la consécration de sa rencontre avec Donald Trump en Alaska, occupera de nouveau le devant de la scène médiatique, alors qu'il est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale dont tout le monde semble décidément faire fi.