Comment la Belgique peut soutenir concrètement les Biélorusses
Bourses pour étudiants, visas humanitaires pour les défenseurs de droits de l'homme et personnes en danger, aide aux sportifs, soutien aux médias indépendants: la palette est large

- Publié le 09-09-2020 à 15h40
- Mis à jour le 09-09-2020 à 16h34

Condamner la violente répression à l'œuvre en Biélorussie, appeler à des élections libres et transparentes, réfléchir à de nouvelles sanctions sans jeter Minsk dans les bras de Moscou : les Européens s'y attellent depuis des semaines. L'issue de la crise qui secoue le pays voisin de l'Union reste cependant très incertaine. Au-delà des pressions diplomatiques et autres menaces à l'endroit du régime d'Alexandre Loukachenko, comment un pays comme la Belgique peut-il soutenir les Biélorusses de manière très concrète ?
Pour commencer, "il faut sensibiliser davantage l'opinion publique", insiste Olga Hart de Ruijter, directrice marketing d'un fonds d'investissement, parce que "l'intérêt s'amenuise alors que la crise est toujours bien là". La Belgique n'a pas de frontière commune avec la Biélorussie, au contraire d'États membres de l'Union plus engagés pour des raisons géopolitiques et historiques, comme la Lituanie et la Pologne. Mais "on vous ressemble, on pense comme vous, on se comporte comme vous, on a les mêmes valeurs que vous", insiste l'expatriée biélorusse. "On fait partie d'une même communauté, il est très important de le réaliser, on veut être perçus comme cela."
Olga Hart n'avait jamais fait de politique. "On a grandi avec l'idée qu'on ne pouvait pas changer la situation." Aujourd'hui, elle est membre du Comité des Biélorusses de l'étranger, dont le bureau de liaison de la diaspora, à Bruxelles, entend faire le lien entre les décideurs politiques européens et la société civile de son pays d'origine.
Elle et ses compatriotes Eugenia Andreyuk, Yuliya Miadzvetskaya et Hanna Stähle ont été invitées par le député écologiste Samuel Cogolati à partager leurs pistes concrètes de soutien possible dans un contexte répressif. "Il importe de ne pas se limiter à la menace de sanctions", justifie le vice-président de la commission des relations extérieures de la Chambre. "Il faut pouvoir envisager toutes les mesures de soutien que nous pourrons apporter à l'expression de la volonté pacifique du peuple bélarusse."
Aussi convient-il "d'offrir un soutien ciblé à des actions qui existent déjà mais qui n'en sont pas moins menacées logistiquement par l'intensification des rétorsions du régime", ajoute-t-il, plaidant entre autres pour l'octroi d'un "budget extraordinaire" en faveur de la chaîne de télévision Belsat, pour un soutien financier à l'organisation de défense des droits de l'homme Viasna et pour "l'allocation de fonds européens à la cybersécurité du serveur Nexta" qui diffuse des vidéos, photos et informations en direct du pays.
Des bourses pour les étudiants
Outre ce soutien au travail d'information et de documentation des exactions, Hanna Stähle, qui travaille pour la plate-forme Dafne, réseau de donateurs et fondations en Europe, appelle très concrètement la Belgique à offrir des bourses à des étudiants, en particulier ceux qui ont été expulsés de leur université ou école pour avoir pris part aux manifestations. "Même s'il n'y en a que cinq ou dix, c'est un geste de solidarité qui signifie 'on est avec vous, n'ayez pas peur'."
Hanna Stähle insiste aussi sur la nécessité de permettre aux activistes des droits de l'homme et autres personnes en danger de sortir de Biélorussie. "La frontière avec l'Ukraine a été fermée à cause du Covid-19. Ils ont besoin de visas humanitaires" pour pouvoir pénétrer sur le territoire de l'Union européenne et notamment belge. "Ce serait bien de nous fournir ces visas à l'avance, pour pouvoir partir, en cas de danger, sans attendre que les papiers soient faits", ou "d'avoir la possibilité de franchir la frontière en cas de danger immédiat", ajoute Eugenia Andreyuk, relayant les attentes de ses collègues du centre antidiscrimination Memorial à Minsk.
Le Comité des Biélorusses de l'étranger propose aussi de tendre la main aux athlètes, en leur permettant de continuer à s'entraîner chez nous. Plus de cinq cents athlètes, parmi lesquels des médaillés olympiques, ont signé une lettre ouverte condamnant la falsification des élections et les violences des forces de l'ordre, et menaçant de ne plus s'aligner en équipe nationale. La communauté sportive, bien qu'"habituellement très loyale au régime" qui lui a toujours réservé une place de choix, subit des pressions après avoir, elle aussi, pris ses distances avec Alexandre Loukachenko.
Comme le relève Olga Hart, "aider les Biélorusses peut se faire de manière intelligente et discrète". "Pour la première fois en 25 ans, nous avons de l'espoir", martèle Hanna Stähle. "Les gens veulent le changement. C'est maintenant ou jamais."
