Les Serbes de Bosnie célèbrent leur fête nationale anticonstitutionnelle
Leur chef, Milorad Dodik, poursuit son objectif nationaliste de faire sécession du pays.
- Publié le 09-01-2022 à 19h50
- Mis à jour le 09-01-2022 à 19h51

Rien n'a manqué au programme des festivités en Republika Srspka (RS) : un défilé presque militaire, des chansons patriotiques et un feu d'artifice.
L'entité serbe de Bosnie-Herzégovine célébrait ce week-end ses 30 ans et, chaque mois de janvier, cette "fête nationale" ravive un peu plus les tensions en Bosnie-Herzégovine. En 2016, la Cour constitutionnelle de ce pays toujours divisé avait jugé les célébrations "anticonstitutionnelles", mais cela n'était pas de nature à arrêter le tout-puissant Milorad Dodik, le patron de l'entité, engagé dans un bras de fer qui pourrait conduire à sa sécession.
La "République du peuple serbe de Bosnie-Herzégovine" avait été proclamée il y a trois décennies, le 9 janvier 1992, quelques semaines avant que le pays ne bascule dans la guerre. À la fin de celle-ci, lors des accords de paix de Dayton en novembre 1995, les grandes puissances avaient parrainé la création d'un pays multiethnique, la Bosnie-Herzégovine, avec l'espoir de mettre fin aux courants nationalistes. Deux entités avaient été formées : la Fédération de Bosnie-Herzégovine (croato-bosniaque) et la République serbe de Bosnie (serbe).
Le 10 décembre dernier, le Parlement de la RS a engagé la procédure légale qui pourrait mener à la création de forces armées spécifiques à cette entité. Les dirigeants serbes de Bosnie-Herzégovine ont pourtant dû encore une fois se contenter de faire défiler policiers, pompiers, gardes champêtres et autres corps constitués, à défaut d'avoir une véritable armée.
Avec 2 700 hommes qui ont paradé, à pied, à cheval, en voiture ou à moto, dans le centre de Banja Luka, la cérémonie ne manquait pourtant pas d'allure.
Une ville aux couleurs de la Serbie
La principale ville de l'entité serbe, qui étale ses larges avenues dans la plaine du nord de la Bosnie-Herzégovine, était entièrement pavoisée aux couleurs serbes. Commémorations patriotiques, réceptions et rencontres bilatérales se sont succédé tout le week-end. Le gouvernement de la Serbie voisine était représenté au plus niveau, avec la Première ministre Ana Brnabic et le ministre de l'Intérieur Aleksandar Vulin, considéré comme l'inventeur du concept de " monde serbe ", cet ersatz de la "Grande Serbie", qui vise officiellement à réunir " pacif iquement " tous les Serbes des Balkans dans un seul État.
Dans son discours, Ana Brnabic a rappelé que la Serbie s'opposait "fermement" à toutes les sanctions qui pourraient frapper Milorad Dodik et la Republika Srpska. Les États-Unis ont en effet décidé de sanctionner le 5 janvier l'homme fort des Serbes de Bosnie-Herzégovine, accusé de " corru ption ", mais aussi de contribuer à " déstabilis er les Balkans ". L'Allemagne réclame aussi des sanctions européennes, mais la procédure, engagée depuis novembre, a bien peu de chances d'aboutir car elle suppose l'unanimité des États membres de l'Union, et Milorad Dodik sait pouvoir compter sur quelques amis fidèles, notamment la Hongrie de Viktor Orban et la Slovénie de Janez Jansa.
Le soutien de l'extrême droite française
Comme chaque année, les cérémonies de Banja Luka ont été boycottées par la communauté diplomatique, à la seule exception de l'ambassadeur de Russie en Bosnie-Herzégovine. De même, les délégations étrangères étaient rares, la plus fournie étant probablement celle du Rassemblement national (RN) français, le parti de Marine Le Pen ayant envoyé deux eurodéputés, Hervé Juvin et Thierry Mariani.
Les festivités avaient commencé dès le dimanche matin, avec le pétaradant cortège des Loups de la nuit, un groupe de motards nationalistes russes, qui retrouvait ainsi le chemin des Balkans après deux années de carence dues à la pandémie. Elles se sont achevées dimanche soir par un grand concert de l'orchestre de la police.
Fuite en avant
Seule voix discordante, Davor Dragicevic, le père d'un jeune homme assassiné en mars 2018 dans des circonstances toujours inexpliquées, qui a réussi à brandir au passage du défilé une pancarte réclamant "Justice pour David", son fils. Avant la pandémie, le mouvement initié par Davor Dagicevic avait mobilisé des milliers de personnes durant deux ans, faisant vaciller le régime de Milorad Dodik. Ce dernier a aussi récemment perdu le contrôle de la commune de Banja Luka, passée aux mains de l'opposition en novembre 2020. Et c'est probablement parce qu'il sait que son pouvoir est bien plus faible qu'il ne voudrait le faire croire que Milorad Dodik s'est engagé dans la fuite en avant qui pourrait mener à la sécession de l'entité.