Boris Johnson cible "Londongrad": "Les oligarques russes à Londres n'auront plus d'endroit où se cacher"
Roman Abramovitch n'est pas la seule personnalité russe clouée au pilori par les politiciens britanniques.
- Publié le 25-02-2022 à 19h59
- Mis à jour le 25-02-2022 à 20h00

Le départ à 10h ce jeudi du Boeing 787 P4-BDL de l'aéroport de Nice Côte d'Azur a provoqué l'intérêt de médias du monde entier. Et pour cause : son propriétaire n'est autre que Roman Abramovitch, l'homme d'affaires proche du président russe Vladimir Poutine. Depuis le début de la semaine, il est devenu l'une des principales cibles des députés britanniques. Jeudi, le travailliste Chris Bryant a lu à la Chambre des communes un document classifié du ministère de l'Intérieur datant de 2019 qui indique que le milliardaire ne peut pas "s'installer au Royaume-Uni]…] en raison de ses liens avec l'État russe et de son association publique avec des activités et des pratiques de corruption".
S'il n'est pas certain que le président du club de football de Chelsea était présent à bord, il ne risquait donc pas de rejoindre l'Angleterre depuis le sud-est de la France. Il pourrait néanmoins y perdre quelques plumes. Chris Bryant a interpellé le gouvernement : "Assurément, M. Abramovitch ne devrait pas pouvoir détenir un club de football dans ce pays ? Assurément, nous devrions chercher à saisir ses actifs, parmi lesquels son domicile de 152 millions de livres sterling ? (180 millions d'euros, NdlR)".
Preuve de la réalité de cette menace, sa fille Sofia est intervenue sur le réseau social Instagram pour tenter de détacher son père des décisions de leur président : "Poutine (et non la Russie) veut une guerre avec l'Ukraine." Ce message a rapidement disparu de sa page.
A la poursuite des actifs russes cachés
Roman Abramovitch n'est pas la seule personnalité russe clouée au pilori par les politiciens britanniques. Le Premier ministre conservateur Boris Johnson a interdit aux quelque trois cents membres de la Douma russe et à huit proches du président Vladimir Poutine de se rendre au Royaume-Uni et d'y réaliser des opérations financières. L'objectif est de les empêcher de profiter de leur argent pour envoyer leur famille vivre outre-Manche.
Mercredi, le journaliste spécialiste de la Russie et auteur de livres sur les kleptocrates Oliver Bullough nous avait fait part de ses doutes sur la volonté du gouvernement britannique de s'attaquer aux riches Russes proches du Kremlin. "Les sanctions sont biens mais si le gouvernement voulait vraiment s'attaquer aux kleptocrates, il donnerait plus de moyens à la police et aux administrations compétentes en charge des recherches". Il a visiblement été entendu. Le gouvernement créera une "cellule kleptocratie" au sein de l'Agence national contre le crime pour chercher les actifs russes cachés au Royaume-Uni. Pour ce faire, il a promis "des réformes de Companies House et du registre de propriétés immobilières à l'étranger" qui permettent de dissimuler l'identité des propriétaires, répondant à une demande spécifique d'Oliver Bullough. Les résidents russes ne seront plus autorisés à détenir plus de 58 000 euros sur leurs comptes bancaires britanniques et toutes les doubles nationalités britanniques accordées à des Russes seront réexaminées. "Cela signifie que les oligarques à Londres n'auront plus d'endroit où se cacher", a-t-il promis.
La City se ferme aux intérêts russes
Au-delà des individus, Boris Johnson proposera dès lundi aux députés de voter pour bloquer l'accès de la City de Londres, la plaque tournante de la finance européenne, aux banques russes, dont tous les actifs britanniques seront gelés. Les entreprises russes ne seront plus autorisées à accéder aux services de la City, notamment pour y lever ou y transférer des fonds.
Ces mesures sont remarquables. Par leur étendue mais aussi parce qu'elles affecteront directement l'économie du Royaume-Uni. Les activités de la City, puisque ses cabinets d'avocats, de comptables et ses fonds en tous genres profitent des investissements russes. Le secteur immobilier, qui a profité de milliards d'acquisition. Et peut-être même la Premier League, si Roman Abramovitch devait lâcher l'actuel détenteur de la Ligue des Champions. Qu'importe. Comme l'a indiqué jeudi Boris Johnson à la Chambre des communes : "Cela signifiera des difficultés pour nous au Royaume-Uni, mais ce sera le prix à payer pour faire échouer les objectifs de Vladimir Poutine et montrer que l'agression ne paie pas". Une déclaration aux accents churchillens, le modèle politique de Boris Johnson