Moins d'impôts, maintien du gel de certaines taxes... au Royaume-Uni, les conservateurs multiplient les cadeaux avant l'élection générale
Décrédibilisé, le parti au pouvoir a dévoilé mercredi de nombreuses baisses d'impôts, gel de taxes et investissements pour l'année fiscale à venir. La prochaine élection générale se tiendra d'ici à janvier 2025.

- Publié le 07-03-2024 à 11h08

Jeremy Hunt, le ministre britannique des Finances, a été forcé de jouer une partition étrange ce mercredi devant ses collègues députés de la Chambre des communes. Pendant plus d d'une heure, il a présenté avec conviction son "budget pour une croissance à long terme", pour l'exercice financier d'avril 2024 à avril 2025. Autour de lui, personne n'était pourtant dupe. Rarement un budget aura été aussi électoraliste, avec comme principal objectif à court terme : favoriser la réélection des conservateurs lors de l'élection générale prévue cette année, dont la date n'a pas encore été dévoilée par le Premier ministre Rishi Sunak. Ou, plutôt, redonner un peu d'espoir à son parti, crédité de 20 % d'intention de votes dans un sondage publié lundi par l'institut Ipsos, soit "son plus bas niveau depuis le lancement de ce sondage en 1978".
Pour ce faire, le Chancelier de l'échiquier, son titre officiel, n'a pas lésiné sur les moyens pour diriger le pays sur "le chemin vers moins d'impôts". Parmi les principales mesures de Jeremy Hunt : le maintien du gel des taxes sur l'alcool et sur l'essence ; la hausse du plancher de paiement de la TVA pour les entreprises ; l'augmentation du seuil salarial pour l'interdiction de perception des allocations familiales ; des investissements dans le nucléaire, dans l'industrie du cinéma, dans la recherche de la santé ; modernisation des systèmes informatiques dans le domaine la santé et pour la police ; baisse des contributions pour le système de sécurité sociale et de l'impôt sur les plus-values immobilières. Le tout, sans expliquer leur financement…
Perte de réputation
Les efforts déployés par les conservateurs pour plaire au plus grand nombre sont à la hauteur de l'insatisfaction des Britanniques vis-à-vis de leur gestion de l'économie. Selon Ipsos, 31 % des électeurs estiment que le parti travailliste possède les meilleures politiques économiques (contre 23 %, qui affirment cela des conservateurs). Cela concerne les politiques à destination des travailleurs (40 % contre 15 %) et les politiques liées à la taxation (32 % contre 19 %). Les conservateurs ne demeurent en tête que dans les politiques vis-à-vis du secteur financier (+8 %) et des entreprises (+4 %). En septembre 2021, à la fin du mandat de Boris Johnson, leur avance dans ce dernier segment était de 24 %…
"Ils ont perdu leur réputation de compétence économique avec le budget dévoilé par l'ex-Première ministre Liz Truss en septembre 2021", rappelle Anand Menon, professeur de sciences politiques à l'université King's College London. "Le Labour l'a très bien instrumentalisé en rappelant constamment que ses conséquences affectent encore aujourd'hui le quotidien des Britanniques." Une inflation un temps galopante (jusqu'à 11,1 % en octobre 2022) et un triplement des taux d'intérêt bancaires en deux ans et demi se sont ajoutés à une croissance en berne.
Pas de cohérence
Le manque de consistance politique semble également avoir fait fuir les électeurs. "Les trois derniers Premiers ministres étaient à des années lumière les uns des autres en matière de politique économique", rappelle le professeur. "Tout en disant vouloir réduire les impôts, Boris Johnson a énormément dépensé, notamment à travers d'importants investissements dans le système de santé publique. Ensuite, Liz Truss est partie dans la direction inverse avec la volonté de réduire drastiquement les dépenses publiques. Un tel changement de stratégie économique ne s'enregistre normalement que dans le cadre d'un changement de gouvernement !" L'actuel locataire du 10 downing Street, intrinsèquement Brexiter et thatchérien, se retrouve ironiquement avec "une économie plus européenne que jamais, en matière de niveaux de taxation et de dépenses publiques", c'est-à-dire d'un niveau jamais atteint depuis l'amorce des années 1980 et la fin du consensus keynésien post seconde guerre mondiale.
Les simagrées de Jeremy Hunt de ce jeudi auront-elles un impact sur la perception des électeurs ? Anand Menon en doute sérieusement. "Outre le fait que les conservateurs n'ont pas de stratégie économique claire, l'histoire suggère que lorsque l'on perd sa réputation de compétence économique, il n'est pas vraiment possible de la regagner. Il faut juste attendre que le parti au pouvoir la perde à son tour." Les conservateurs avaient initialement perdu la leur lors d'un mercredi noir de septembre 1992, synonyme de sortie du mécanisme de taux de change européen. Ils l'ont retrouvé d'un coup de baguette magique après avoir accusé le Labour d'être responsable du choc consécutif à la crise financière de 2008. Une accusation qui s'est retournée contre eux après la crise engendrée par le Covid. Et qui pourrait donc durer.