Un sous-marin nucléaire russe à Cuba pour une visite de courtoisie
Une délégation navale composée de quatre navires russes, dont un sous-marin nucléaire, accostent à La Havane pour une durée de six jours, ce mercredi.

- Publié le 11-06-2024 à 17h41

Alors que la Fête nationale battra son plein en Russie, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov rencontrera mercredi son homologue cubain Bruno Eduardo Rodríguez Parrilla. Et quatre navires russes l'accompagneront pour célébrer "l'amitié historique" entre les deux régimes autoritaires.
Parmi cette délégation navale russe, qui demeurera sur place pour une durée de six jours, on retrouve notamment… un sous-marin nucléaire, accosté à environ 200 kilomètres des États-Unis. Le ministère cubain des Affaires étrangères a assuré que cette visite ne devait pas être interprétée comme "une menace pour la région".
Cette visite diplomatique – la troisième en un an – intervient alors que Cuba traverse sa pire crise économique depuis les années 1990. Le quotidien des Cubains est rythmé par des coupures d'électricité, des pénuries d'aliments et de médicaments. Le pays peine considérablement à se relever de la pandémie de Covid-19, qui a considérablement affaibli le secteur touristique autour duquel la croissance économique de l'île s'appuyait. S'y ajoutent les sanctions américaines imposées par l'administration Trump (en partie maintenues par l'administration Biden) et, dans une plus large mesure, les faiblesses liées au caractère planifié et centralisé de l'économie socialiste cubaine.
Alliés de longue date
Avec ses investissements et ses nombreux prêts à taux avantageux, la Russie constitue un allié indispensable pour la santé économique de Cuba. Bien qu'il soit actif dans de nombreux secteurs (ferroviaire, automobile, énergétique), Moscou n'est cependant pas le principal partenaire commercial de La Havane, comme c'était le cas pendant la Guerre froide. Aujourd'hui, Cuba entretient surtout des relations commerciales avec le Venezuela, la Chine et la Canada.
Néanmoins, force est de constater que l'alliance russo-cubaine a rarement semblé aussi solide qu'aujourd'hui. L'éloignement provoqué par la Perestroïka – dont la dynamique réformiste déplaisait à Fidel Castro – est désormais jeté aux oubliettes, comme l'a été la crise des missiles de 1962. À l'époque, les Soviétiques, sous la pression américaine, avaient retiré leurs forces armées, y compris nucléaires, de l'île communiste, sans inclure celle-ci dans les négociations.
Le mérite de ce renouement revient entièrement à Vladimir Poutine qui, depuis qu'il est arrivé au pouvoir en 2000, a eu cœur à refaire de l'île caribéenne une alliée durable. Il a par exemple mené avec Fidel Castro des négociations pour lever l'embargo américain, en vain. Un échec qui n'a fait que les rapprocher : à l'Onu, Cuba a pris position en faveur du Kremlin lors du conflit en Ossétie du Sud en 2008 et lors de l'invasion de la Crimée en 2014. La même année, le Kremlin a d'ailleurs annulé 90 % de la dette cubaine, en échange d'un accord pétrolier.
La dernière rencontre entre les présidents Vladimir Poutine et Miguel Díaz-Canel en novembre 2022 continuait dans ce sens. Depuis bientôt deux ans, des délégations diplomatiques russes et cubaines multiplient les rencontres et concluent une multitude d'accords commerciaux. Selon les chiffres officiels russes, le commerce bilatéral entre les deux pays a été multiplié par neuf sur un an en 2023 – les échanges s'élevaient à 419 millions d'euros en 2022. Et quelque 185 000 touristes russes ont visité l'île caribéenne en 2023, troisième total derrière les Canadiens et les Américains d'origine cubaine, soit une augmentation de 242 % par rapport à l'année précédente.
Une légère détente avec les États-Unis
Cette idylle est-elle suffisante pour relever l'économie cubaine ? Même si elles sont loin d'être cordiales, Cuba fait le pari de nouer de nouvelles relations économiques avec les États-Unis, qui lui imposent pourtant un embargo depuis 1962. La raison ? S'être rapproché économiquement et militairement de l'Union soviétique. C'est donc un fait notable de voir Washington annoncer fin mai une série de mesures pour soutenir le secteur privé cubain, en lui accordant un accès plus facile aux services bancaires américains. Un maigre appui au regard du blocus dont le coût était estimé à 108 milliards d'euros en 2015.
Les deux voisins mènent également un timide rapprochement depuis un an en matière de maintien de l'ordre. L'administration Biden a ainsi décidé en mai de retirer Cuba de sa liste noire "des pays qui ne coopèrent pas dans la lutte antiterroriste" après quatre ans. Il s'agit cependant d'un travail de longue haleine : l'île figure encore sur la liste noire des "États soutenant le terrorisme".
Membre du mouvement des non-alignés, Cuba s'efforce en effet d'adopter une position relativement neutre sur les conflits. Concernant la guerre en Ukraine, La Havane appelle à une solution négociée du conflit tout en refusant de condamner l'offensive russe. Cette position ambiguë lui permet de continuer à coopérer avec ses partenaires commerciaux occidentaux, essentiels pour relever son économie fragile. Il n'y a donc aucun espoir à avoir concernant d'éventuelles discussions pour raisonner la Russie dans son projet de rattacher l'Ukraine à son territoire.