Scandale Nestlé Waters : en visite dans l'usine Perrier, la commission d'enquête veut "clarifier la situation"
Les portes de l'usine Perrier, située sur la source de Vergèze (Gard), se sont ouvertes ce 7 février 2025 afin que trois sénateurs puissent y effectuer un contrôle, en plein scandale des eaux minérales traitées.

- Publié le 07-02-2025 à 18h59
- Mis à jour le 07-02-2025 à 20h34

L'usine Perrier, située à mi-chemin entre Nîmes et Montpellier, a eu droit à une visite peu ordinaire hier matin. Trois sénateurs, membres de la commission d'enquête sur les pratiques des industriels de l'eau en bouteille, y ont mené une inspection minutieuse, en pleine affaire Nestlé Waters.
"L'ambiance glaciale s'est progressivement réchauffée"
Dès 8 heures du matin, la délégation, composée notamment des sénateurs Laurent Burgoa (LR) et Alexandre Ouizille (PS), est arrivée sur le site. C'est ici, dans cet immense complexe industriel qui ressemble à une micro-ville sécurisée, qu'est produit chaque année plus d'un milliard de bouteilles de Perrier, une eau minérale naturelle puisée en profondeur dans la nappe souterraine de la source des Bouillens.
À la sortie de l'usine, le président de la commission Laurent Burgoa a livré ses premières impressions : "La visite s'est plutôt bien passée, l'ambiance glaciale du début s'est progressivement réchauffée. La Directrice Générale de Nestlé Waters & Premium Beverages, Muriel Liénau, était là et nous a permis d'accéder à tous les lieux que nous souhaitions voir, notamment un des forages et la partie embouteillement." Le sénateur du Gard a toutefois mis en garde la direction du groupe : "Nestlé sera convié devant la commission d'enquête dans les trois semaines à venir".

"Les services de l'État se renvoient la patate chaude"
De son côté, le rapporteur de la commission Alexandre Ouizille a taclé la soudaine bonne volonté de l'industriel, à la sortie de l'usine. "Nestlé a consenti à nous ouvrir le site, alors qu'il y avait auparavant un refus de répondre à nos questions". Le sénateur socialiste a tenu à préciser que l'affaire Nestlé Waters ne relève pas d'un scandale sanitaire à proprement parler : "J'ai moi-même bu l'eau à son point d'émergence et je me porte bien." Pour autant, il a expliqué qu'il veut obtenir rapidement des réponses sur trois questions : celle de la pureté originelle de l'eau, fondamentale pour obtenir l'agréement prestigieux d'eau minérale naturelle ; celle de la microfiltration opérée par Nestlé aujourd'hui, qui peut s'apparenter à une désinfection ; et celle de la distinction entre l'eau de boisson Perrier également produite dans cette usine et qui peut être traitée, et l'eau minérale naturelle, qui a interdiction de l'être. Sachant que, comme le rappelle la sénatrice Antoinette Guhl (Ecologistes), "deux fraudes ont été avérées ici dans le passé : à l'étiquette et sur la qualité de l'eau. Existent-elles encore ? C'est aussi une des questions que l'on se pose". Avec celle de l'éventuelle complicité des autorités : "de nombreux fonctionnaires ont été informés des fraudes mais aucun n'a émis de signalement. On dirait que les services de l'État se sont renvoyé la patate chaude" renchérit le sénateur Ouizille devant l'usine.
Les membres de la commission se sont ensuite entretenus dans l'après-midi avec les représentants syndicaux de Perrier, les élus locaux et les acteurs économiques locaux à huis-clos à la Préfecture du Gard à Nîmes. "Tous nous ont demandé d'aller au bout de nos investigations pour clarifier la situation, ils sont inquiets par rapport à l'avenir du site" a expliqué Laurent Burgoa dans la foulée.

"Nestlé appelle à "une discussion apaisée et rationnelle"
De son côté, Nestlé Waters, en pleine tourmente, a publié un communiqué ce 7 février appelant à "une large consultation entre les autorités de santé et l'ensemble des acteurs de l'industrie dès que possible, pour permettre une discussion apaisée et rationnelle sur le cadre réglementaire applicable aux eaux embouteillées." Une manière habile de déplacer le débat du terrain de la fraude à celui de l'évolution des normes ? Peut-être. Mais alors que la confiance des consommateurs risque de vaciller, le groupe suisse sait qu'il joue gros.
A Vergèze, l'usine Perrier vit au rythme de cette tempête politico-médiatique. Les 850 salariés savent bien qu'entre le changement climatique et la pollution croissante de la nappe phréatique, la source de Vergèze est sous pression. "Mais on continue à produire des millions de bouteilles, vous savez, nous confie l'un d'eux. Et à boire cette eau nous-mêmes ! Nestlé est trop solide pour être impacté" veulent-ils croire. "Too big to fail", un refrain déjà entendu ailleurs…