D'anciens élèves de Bétharram, où François Bayrou est accusé d'avoir couvert des cas de violences sexuelles, témoignent : "Le goulag des Pyrénées"

Dans ce collège-lycée catholique du sud de la France, de nombreux élèves témoignent des cas d'agressions physiques et sexuelles dont sont accusés plusieurs membres de l'établissement.

This photograph shows a view of "Le beau rameau", a French Catholic secondary school and highschool complex in Lestelle-Betharram, south-western France, on February 12, 2025. (Photo by Philippe LOPEZ / AFP)
This photograph shows a view of "Le beau rameau", a French Catholic secondary school and highschool complex in Lestelle-Betharram, south-western France, on February 12, 2025. (Photo by Philippe LOPEZ / AFP) ©AFP or licensors

À ce jour, ce sont près de 112 plaintes qui ont été déposées envers le collège-lycée catholique Notre-Dame -de-Bétharram, dans le sud de la France. Violences physiques et sexuelles, humiliations et viols, l'école est aujourd'hui rattrapée par son passé d'établissement à l'extrême sévérité.

Cette centaine de plaintes vient en réalité d'anciens élèves ayant fréquenté l'école entre 1970 et 1990.

Mais là où l'affaire a pris une autre dimension, c'est que le Premier ministre français lui-même est impliqué indirectement dans cette affaire. Selon les informations de Mediapart, François Bayrou, alors ministre de l'Éducation, aurait été mis au courant de ces accusations dès la fin des années 90, et aurait mis cette affaire sous silence. L'une des raisons invoquées est que plusieurs de ses enfants ont fréquenté les couloirs de l'établissement, de même que sa femme, qui a donné des cours de catéchisme. Il maintient cependant qu'il n'était pas au courant de tels agissements.

Le parquet de Pau, chef-lieu des Pyrénées-Atlantiques, a ouvert une enquête, sur base des témoignages.

Violences sexuelles à Bétharram : François Bayrou était-il au courant ?

Près de 5.000 victimes

Parmi les plaignants, se trouve Alain. Lui qui a été scolarisé à Bétharram de ses 10 à 16 ans explique qu'un "nouveau corpus de plaintes, notamment pour viol devrait être déposé prochainement", comme il l'a signalé dans un rassemblement devant l'établissement ce mercredi. Selon lui, près de 5.000 élèves auraient été victimes de cet "environnement de terreur", explique-t-il dans le Parisien.

Il expliquait déjà l'année dernière toute la torture infligée aux enfants de l'établissement. Il prend l'exemple d'élèves punis et obligés de rester dehors en sous-vêtements, en pleine nuit d'hiver. D'autres ont été privés de toilettes pendant plusieurs heures, ou ont reçu des coups violents. "Bétharram, c'est le goulag des Pyrénées. Ça ne m'a rien appris, sauf à briser l'enfant que j'étais à force de passage à tabac".

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Actes sexuels et violence "gratuite"

Il était notamment question d'actes sexuels. Jacques explique les nombreux attouchements subis par l'ancien surveillant général entre 1981 et 1983. "Il me mettait la main dans le pyjama. Ça a duré deux ans. Je ne pouvais me confier à personne".

"J'ai fait du sport pour me vider la tête, mais impossible d'oublier. Je me suis mis à boire, mais ce n'était pas la bonne solution. Puis on explose, on raconte aux copains qui conseillent de se faire suivre. Mais on n'ose pas, on a honte, on se sent coupable. Les relations sentimentales sont chaotiques. J'ai plusieurs fois pensé à me foutre en l'air", avait-il confié.

D'autres anciens élèves se souviennent de violence "gratuite", à coups de piqûres d'eau dans les fesses, "d'énormes gifles, de coups de poing sur la tête". Benoît, l'une des victimes, raconte qu'un professeur "a pris un élève par la ceinture et l'a balancé dans les escaliers, tout ça parce qu'il avait demandé du papier toilette en plein milieu de la nuit".

De nombreux membres de Bétharram sont ciblés par ces histoires de viols et de violence. Certains ont même été reconnus coupable, comme le père Carricart, ancien directeur de l'établissement, qui avait été mis en examen et écroué pour viol. Il s'était suicidé avant qu'un procès ne puisse se tenir.

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