"Une nouvelle ère de défense et de sécurité" : la Commission dévoile sa stratégie pour que l'Europe devienne plus sûre
La Commission européenne a présenté mardi sa feuille de route pour répondre aux menaces qui pèsent sur la sécurité intérieure.

- Publié le 01-04-2025 à 18h50
- Mis à jour le 01-04-2025 à 18h56

C'est le troisième jalon de la "nouvelle ère de défense et de sécurité de l'Union européenne (UE)", pour reprendre les termes de la vice-présidente exécutive Henna Virkkunen. Après le livre blanc sur la défense européenne et la stratégie de l'UE en matière de préparation, la Commission européenne dévoile cette fois-ci sa feuille de route pour la sécurité intérieure, "ProtectEu". Présentée mardi par la Finlandaise et Magnus Brunner, le commissaire en charge des Affaires intérieures et de la Migration, le document est "une réponse globale aux menaces d'origine humaine qui pèsent sur la sécurité intérieure de l'UE", telles que le terrorisme, la criminalité organisée et la cybercriminalité.
ProtectEu inclut notamment un partage accru des informations et données en UE. Par exemple, d'ici à 2026, les États membres pourraient signaler via le système d'information Schengen (SIS) des ressortissants de pays tiers impliqués dans le terrorisme et dans d'autres infractions graves, sur la base de données partagées par des pays tiers avec Europol.
Partage des données
Une démarche saluée par le Groupe du Parti populaire européen (PPE), qui affirme dans un communiqué que le renforcement de la sécurité intérieure passe notamment par la collecte et le partage d'informations.
"Bien qu'important, l'accès aux données par les forces de l'ordre ne résoudra pas le besoin urgent de moyens humains et financiers indispensables à la lutte contre tous les types de criminalités, estime néanmoins dans un communiqué l'eurodéputé belge Saskia Bricmont (Groupe des Verts/Alliance libre européenne). Un débat sociétal transparent et démocratique est nécessaire. Voulons-nous des sociétés sécuritaires contrôlant l'ensemble de nos données ou d'une sécurité globale dans un environnement respectueux des droits humains et de la démocratie ? La première option est celle qui se dessine avec des gouvernements et une Commission européenne à droite toutes."
Renforcement de Frontex
L'une des mesures clé consiste à stimuler les investissements dans la sécurité, notamment en renforçant les capacités de services répressifs, comme Europol (agence de police) et Frontex (agence de gardes-frontières et de garde-côtes). Les effectifs de cette dernière devraient tripler, pour atteindre à terme 30 000 personnes. L'agence serait par ailleurs "équipée de technologies de pointe pour la surveillance et la connaissance de la situation, y compris les renseignements utiles […] pour le contrôle des frontières, qui devraient être déployés d'ici à 2027". L'objectif est d'améliorer la capacité de Frontex à "détecter, prévenir et combattre la criminalité transfrontalière aux frontières extérieures et de renforcer son soutien aux États membres dans la mise en œuvre des retours, en particulier en ce qui concerne les ressortissants de pays tiers qui présentent un risque pour la sécurité".
L'une des mesures clé consiste à stimuler les investissements dans la sécurité, notamment en renforçant les capacités des services répressifs
Mais cette mesure ne passe pas auprès des organisations de défense des droits des personnes migrantes. "Sans surprise, l'UE continue de considérer l'immigration comme une menace et non comme un facteur de croissance et d'épanouissement de nos sociétés, dénonce Silvia Carta, chargée de plaidoyer pour la Plateforme de Coopération Internationale sur les Migrants Sans-papiers (Picum). Verser des millions à une agence qui a été impliquée dans des violations des droits fondamentaux est une gifle au visage des milliers de personnes qui sont mortes en essayant d'atteindre l'Europe, de la Méditerranée aux forêts lettones. Ce qui nous manque, ce sont des investissements sérieux dans des politiques et des structures qui accueillent et prennent en charge les personnes, dans l'UE et à ses frontières." Durant la rapide présentation à la presse, aucune allusion n'a été faite concernant un éventuel lien entre le manque de sécurité et les ressortissants non-européens qui demandent l'asile.
Le message de l'exécutif européen se dessine entre les lignes : l'UE procède étape par étape pour évoluer, et se renforcer, dans un paysage géopolitique en évolution. Après la défense, la préparation et la protection, il reste un dernier élément : la résilience. La Commission proposera bientôt "un bouclier démocratique européen" à cet effet.