Ursula von der Leyen appelle l'Europe "à se battre" pour son indépendance
Après un début de mandat difficile, la présidente de la Commission a voulu corriger l'impression de faiblesse en prononçant un discours sur l'état de l'Union aux accents offensifs.
- Publié le 10-09-2025 à 18h37
- Mis à jour le 11-09-2025 à 08h35

Au cours des premiers mois de son mandat, la nouvelle Commission européenne a parfois donné l'impression, justifiée ou non, d'être submergée par les vagues d'une actualité mondiale démontée. L'été, en particulier, a été compliqué. La conclusion, sous la contrainte, d'un accord commercial avec les États-Unis ; l'absence de l'Europe en Alaska au sommet sur l'Ukraine entre les présidents américain et russe Trump et Poutine et l'inaction européenne au Proche-Orient sont autant d'éléments qui ont donné de l'Union européenne (UE) une image de faiblesse.
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, était visiblement animée par la volonté d'effacer cette impression, en se présentant mercredi matin face au Parlement européen, réuni en plénière à Strasbourg. Son discours sur l'état de l'Union, le premier de son second mandat, aura été moins remarquable par les annonces qu'il contenait que par le ton combatif sur lequel il a été prononcé.
De ce discours d'une heure, étalé sur trente pages, on retiendra quelques éléments saillants.
"L'Europe doit se battre" dans "un nouvel ordre mondial basé sur la force"
"L'Europe se bat", a assuré Ursula von der Leyen. Pour la paix sur le continent européen ; sa liberté, son indépendance ; ses valeurs ; sa capacité à décider de son propre destin, a-t-elle énuméré.
L'Union étant "un projet de paix", les Européens ne sont pas habitués à cette façon d'exprimer, a-t-elle reconnu, avant de justifier le ton employé. "Les lignes de front d'un nouvel ordre mondial basé sur la force se dessinent en ce moment même. Donc, oui, l'Europe doit se battre". L'objectif de l'UE, a-t-elle insisté, doit être de "prendre son indépendance", en matière de défense, de sécurité, de technologies, d'approvisionnement énergétique.
Une alliance sur les drones avec l'Ukraine
La liberté et l'indépendance de l'Union européenne sont indissociables de celle de l'Ukraine, victime depuis 2022 d'une guerre d'agression menée par la Russie, a enchaîné Ursula von der Leyen. Elle a de nouveau exprimé la volonté européenne de faire "davantage pression sur la Russie pour l'amener à la table des négociations". Elle a annoncé qu'à cette fin, un 19e paquet de sanctions est en voie d'élaboration. L'Allemande a aussi dit l'intention de trouver "une nouvelle solution pour financer l'effort de guerre de l'Ukraine à partir des avoirs russes gelés", sans toucher aux actifs. La cheffe de l'exécutif européen a également plaidé pour que l'UE mette "[sa] puissance industrielle au service de l'Ukraine" afin de lui permettre augmenter sa production de drones, dont l'emploi "cause plus des deux tiers des pertes d'équipements russes".
Pour incarner son propos sur l'Ukraine, elle avait invité Sasha, un adolescent ukrainien, séparé de sa mère et emmené de force dans la ville occupée de Donetsk pour être "russifié" quand il avait onze ans. Sasha est finalement parvenu à joindre sa grand-mère Lioudmila, qui a remué ciel et terre pour le récupérer. Rappelant que des dizaines de milliers d'enfants ukrainiens sont dans ce cas, la présidente de la Commission a annoncé la tenue prochaine d'un sommet d'une coalition internationale pour le retour des enfants ukrainiens kidnappés par la Russie.
"Ce qui se passe à Gaza est inacceptable"
À l'initiative de la verte belge Saskia Bricmont, plusieurs dizaines de députés et de députées européen(ne)s, essentiellement assis sur le flanc gauche de l'hémicycle, avaient revêtu une tenue rouge pour assister au discours, afin de manifester leur soutien avec la population de l'enclave palestinienne de Gaza, qui depuis deux ans subi la riposte israélienne aux massacres commis par le mouvement islamiste Hamas, le 7 octobre 2023. La n°2 de la Commission, Teresa Ribera, portait, elle aussi, une veste rouge, tout comme sa collègue belge Hadja Lahbib, commissaire à la préparation et à la gestion des crises.
Très attendue sur le sujet, Ursula von der Leyen a entendu les critiques visant sa Commission (et elle-même en particulier), accusée de manquer de volonté politique pour faire pression sur le gouvernement de Benjamin Netanyahou afin qu'Israël respecte le droit international et le droit humanitaire dans la bande de Gaza. "Nos citoyens se demandent jusqu'à quel point la situation doit empirer avant qu'une réponse unie soit apportée. Et je le comprends. Parce que ce qui se passe à Gaza est inacceptable", a admis Ursula von der Leyen.
La présidente a dénoncé "la famine causée par l'homme" qui sévit désormais dans l'enclave palestinienne. "Pour le bien des enfants, pour le bien de l'humanité — il faut que cela cesse", a-t-elle exigé, sans directement pointer la responsabilité d'Israël. Ursula von der Leyen a également fustigé la stratégie de Tel Aviv pour saper les chances de parvenir un jour à une solution à deux États, israélien et palestinien "viable".
Les États membres étant incapables de trouver un accord sur l'attitude à adopter vis-à-vis d'Israël, la présidente a indiqué que la Commission "fera tout ce qui est en son propre pouvoir" : elle suspendra l'aide financière bilatérale. Celle-ci s'élève à 6 millions d'euros par an entre 2025 et 2027, ventilés dans les programmes de Voisinage, de Développement et de Coopération et Global Europe. Quelque 14 autres millions dédiés à des projets en cours seront suspendus. Vu les montants, le geste est avant tout symbolique.
La Commission proposera au Conseil "de sanctionner les ministres extrémistes et les colons violents". Surtout, après avoir déjà proposé la suspension partielle d'Israël au programme de recherche Horizon Europe, la Commission va proposer "la suspension partielle de l'accord d'association sur les questions liées au commerce". L'UE est le premier partenaire commercial d'Israël et a absorbé un tiers de ses exportations en 2024. L'unanimité des Vingt-sept n'est pas nécessaire pour ce faire, mais il est incertain qu'il existe une majorité qualifiée (55 % des États membres représentant 65 % de la population de l'UE) pour aller dans cette direction. "Je sais que pour certains, ce sera trop, et pour d'autres, pas assez. Mais nous devons tous assumer nos propres responsabilités — Parlement, Conseil et Commission", a plaidé UvdL.
L'UE a "le meilleur accord" avec les États-Unis
Une large majorité d'élus – allant de la gauche radicale à l'extrême droite, en passant par les Verts, les socialistes et démocrates (S & D) et les libéraux et centristes de Renew – considèrent que l'accord commercial conclu avec les États-Unis est une humiliation pour l'Europe. La présidente de la Commission s'est échinée à le défendre, face à l'hémicycle.
L'Allemande a insisté sur le fait que les États-Unis restent le premier partenaire commercial de l'Union qui exporte pour 500 milliards d'euros de biens chaque année de l'autre côté de l'Atlantique. "Pensez aux répercussions d'une guerre commerciale totale avec les États-Unis. Imaginez le chaos", a-t-elle lancé. Puis de sous-entendre que ce n'était pas le moment de fissurer davantage le lien transatlantique, alors que la Chine, la Russie et la Corée du Nord mettent en scène leur entente.
Comprendre : tant pour des raisons économiques que de (relative) stabilité géopolitique, il était vital pour l'UE de trouver un accord avec les États-Unis et de conserver le meilleur accès possible au marché américain, fût-ce au prix de 15 % de droits de douane. D'autres pays, comme le Royaume-Uni ou le Canada, sont soumis à des droits inférieurs, mais "si l'on prend en compte les exemptions obtenues (par l'UE, NdlR) et les taxes supplémentaires qui frappent d'autres pays" le deal UE-États-Unis est "le meilleur accord. Incontestablement", affirme la présidente.
Sans vraiment convaincre, si l'on en juge par la maigreur des applaudissements qui ont suivi ce passage de son allocution.
Le minimum syndical sur le rapport Draghi
Il y a un an, l'ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, présentait son rapport sur la compétitivité européenne et ses recommandations pour éviter un décrochage définitif de l'économie européenne par rapport aux États-Unis sur le sujet.
Pas de cocorico dans le discours sur l'état de l'Union sur ce qui a déjà été proposé par la Commission – si ce n'est pour évoquer les mesures omnibus de simplification législative – et pas plus d'annonce spectaculaire.
En revanche, Ursula von der Leyen a mis en évidence le coût pour les Européens de l'inachèvement de leur marché intérieur, en particulier dans les domaines de la finance, l'énergie et les télécommunications. Citant le Fonds monétaire international, elle a souligné que les barrières européennes "internes" sont équivalentes à des droits de douane de "45 % sur les marchandises. Et de 110 % sur les services. Je vous laisse faire le compte de ce que nous perdons". Et d'insister pour que l'Europe se fixe des délais politiques clairs pour remédier à cette situation. La Commission proposera une feuille de route pour le marché unique à l'horizon 2028.
