Le slalom géant de Giorgia Meloni : "Elle se rend bien compte que le pont a sauté"
La Présidente du Conseil italien a soigneusement évité de se rendre à Davos et n'a tenu aucun discours de résistance face aux vues américaines sur le Groenland.

- Publié le 24-01-2026 à 20h10

Elle n'a pas encore le style nécessaire pour prendre part aux Jeux olympiques qui s'ouvriront à Milan dans quelques jours, mais Giorgia Meloni est sans aucun doute la championne du slalom géant géopolitique. Ces derniers mois, coincée entre ses partenaires européens et son ami Donald Trump, elle a appris à contourner habilement les portes. Et pourtant, ces derniers jours, personne ne l'a croisée à Davos, un lieu, il faut le préciser, que la droite sociale néo-fasciste italienne dont elle est issue a toujours qualifié d'événement globaliste inutile.
La Présidente du Conseil italien n'a tenu aucun discours de résistance, pas d'entrevue bilatérale, aucune prise de risque. C'est à la télévision italienne, mercredi soir, qu'elle a justifié son absence à la grande cérémonie de signature de la charte instaurant le "Conseil de la paix" de Donald Trump.
"Je ne peux pas signer maintenant"
"Moi je pense que l'Italie peut jouer un rôle très important dans la réalisation du plan de paix pour le Moyen-Orient et dans la solution des deux États, a-t-elle avancé prudemment. En général, je pense que ce n'est pas intelligent ni pour l'Italie ni pour l'Europe de faire le choix de s'auto-exclure d'une organisation qui, selon moi, reste intéressante. Mais il existe pour nous un problème constitutionnel, car en lisant les statuts du Conseil de la paix, certains ne sont pas compatibles avec notre constitution et donc cela ne me permet pas de signer maintenant. Il y a du travail à faire, mais ma position reste une position d'ouverture face à ce Conseil de la paix", a-t-elle expliqué avec un embarras perceptible dans la voix.
Le choix serait donc juridique plutôt que politique, mais en réalité, Giorgia Meloni a trouvé le moyen d'éviter une signature qui l'aurait mise en porte à faux face aux autres pays de l'Union Européenne, qui refusent d'être subordonnés à Donald Trump.
Première mission, rester sa meilleure amie
Si certains alliés de son parti au sein du groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE), et notamment le Premier ministre belge Bart De Wever, ont clairement exprimé leur perplexité face à l'attitude du Président Trump, Giorgia Meloni, elle, a préféré le silence. Certes, elle affirme avoir appelé Donald Trump la semaine dernière, pour lui dire qu'il commettait une erreur sur le Groenland, mais personne ne sait quels mots ont été choisis pour éviter de froisser l'occupant de la Maison-Blanche, car sa mission première est de rester la fidèle amie sur laquelle il peut compter.
"Je pense qu'il existe une incompréhension entre l'Union Européenne et les États-Unis, soutenait-elle ce lundi quand Donald Trump a menacé d'imposer de nouvelles taxes douanières. Certains pays européens ont envoyé des militaires au Groenland (pas l'Italie, NdlR) pour montrer leur détermination face à l'ingérence d'autres acteurs hostiles et non pas contre les États-Unis."
Une lecture originale, une narration nouvelle face à des événements qui, sur le terrain, semblent bien différents. "Elle est en difficulté, Giorgia Meloni se présentait comme le pont entre les deux rives de l'Atlantique, ce rôle n'a plus de raison d'être, elle se rend bien compte que le pont a sauté, estime Nathalie Tocci, directrice de l'institut d'études de politique internationale de Rome. Elle est loin d'être stupide, et même si elle a appuyé Trump depuis le début pour des raisons idéologiques, elle ne se fie plus totalement au personnage, elle sait aussi parfaitement que l'Italie se trouve en Europe et qu'il attaque furieusement l'Europe, d'où son silence."
"Laissons-lui le Groenland"
Encore plus à droite que Fratelli d'Italia, La Lega de Matteo Salvini se montre, elle aussi divisée face à l'appétit territorial des États-Unis, mais n'hésite pas à caresser le Président américain dans le sens du poil. "Laissons-lui le Groenland, a affirmé le sénateur Claudio Borghi. Il n'y a que la pêche aux merlans dans ce pays !" Le vice-Premier ministre Matteo Salvini s'est même réjoui : "Tant mieux s'il impose des taxes en plus sur les vins français, nous vendrons encore mieux le vin italien !"
Nathalie Tocci considère cependant ces sorties comme peu importantes : "Je ne pense pas que Giorgia Meloni se préoccupe de ce que pense Matteo Salvini, il a désormais un poids marginal et elle sait le remettre à sa place. Pour moi, son silence est preuve d'un embarras réel."