La Commission européenne propose un 20e paquet de sanctions qui vise à tarir les revenus que la Russie tire du pétrole et du gaz
Elle veut, notamment, réduire la capacité de Moscou à transporter son pétrole par la voie maritime
- Publié le 06-02-2026 à 19h15
- Mis à jour le 06-02-2026 à 19h25

Alors que Moscou ne montre aucun signe de vouloir mettre un terme au conflit qu'elle a déclenché en Ukraine, la Commission européenne a proposé, ce vendredi, un vingtième paquet de sanctions censé réduire la capacité de la Russie de financer sa guerre d'agression.
Couler le transport maritime de brut
Dans le domaine de l'énergie, la Commission propose d'introduire une interdiction complète de services maritimes pour le transport du pétrole russe brut. Concrètement, il serait interdit à toute compagnie basée dans l'Union européenne (UE) de fournir quelque service que ce soit à des navires transportant du pétrole brut russe – qu'il s'agisse d'assurances, de chargement ou d'accès portuaire. Jusqu'ici, les tankers transportant du brut russe vendu au prix plafonné par le G7 (44,10 dollars le baril) pouvaient encore en bénéficier. "Cela réduira davantage les revenus que la Russie tire de l'énergie et rendra plus difficile pour elle de trouver des acheteurs pour son pétrole", assure la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Pour un impact maximal, l'Union souhaite convaincre les autres puissances du G7 – le Canada, les États-Unis, le Japon, le Royaume-Uni – d'adopter semblable interdiction.
La Commission propose d'ajouter 43 vaisseaux de la "flotte fantôme russe" ce qui porterait à 640 le nombre de navires non grata dans les ports de l'UE et privés des services des compagnies européennes. L'exécutif européen propose encore de rendre plus difficile pour la Russie l'acquisition de navires-citernes destinés à cette flotte fantôme et d'étendre l'interdiction de la fourniture de services de maintenance et autres pour les méthaniers et les brise-glace, afin de saper les projets d'exportation de gaz. Cette mesure compléterait celle d'interdire les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe dans l'UE, comprise dans le 19e paquet.
"Ces sanctions fonctionnent", affirme la présidente de la Commission, indiquant que les revenus budgétaires que la Russie tire de la vente de pétrole et de gaz ont chuté de 24 % en 2025, par rapport à l'année précédente et qu'en janvier ces revenus avaient atteint leur nadir depuis le début de la guerre.
Interdiction d'importations et d'exportations
La deuxième partie du paquet de sanctions cible le secteur bancaire russe pour l'empêcher de créer des circuits de paiements alternatifs. Vingt banques régionales russes sont dans le collimateur de la Commission, de même que des sociétés et des compagnies utilisant les cryptomonnaies comme voie parallèle pour contourner les sanctions contre le secteur financier.
Ensuite, la Commission propose d'étendre les interdictions à l'exportation vers la Russie à d'autres bien et services, pour une valeur de 360 millions d'euros : "Du caoutchouc, des tracteurs en passant par les services de cybersécurité", précise Ursula von der Leyen. De nouvelles interdictions frapperont les importations de métaux, de produits chimiques et de matériaux critiques russes, pour une valeur de plus de 570 millions d'euros. S'ajoutent à la liste de nouvelles restrictions à l'exportation les articles et technologies utilisés par la Russie sur le champ de bataille, tel l'ammoniac, qui sert à la fabrication d'explosifs.
La balle de retour dans le camp des Vingt-sept
Enfin, Ursula von der Leyen a indiqué que la Commission proposait de faire usage, pour la première fois, de l'outil européen contre le contournement des sanctions, en interdisant l'exportation de toute machine à commande numérique et de toute radio vers les juridictions "où le risque de réexportation de ces produits vers la Russie est élevé" – ce qui pourrait toucher des voisins et alliés de la Russie, dont la Chine.
"J'en appelle à présent aux États membres à adopter rapidement ce nouveau paquet de sanctions. Le faire enverrait un signal puissant avant le quatrième anniversaire de cette guerre : celui que notre engagement envers une Ukraine libre et souveraine est inébranlable", a insisté Ursula von der Leyen.
Comme les précédents, ce 20e paquet de sanctions sera soumis à l'approbation unanime des vingt-sept États membres, ce qui n'est pas une formalité. Des pays comme la Hongrie, la Slovaquie et, dans une moindre mesure, la République tchèque continuent d'entretenir une certaine proximité avec le régime russe, mais jusqu'ici n'ont jamais manqué à l'appel. L'attitude des États-Unis vis-à-vis de nouvelles sanctions contre la Russie pourrait influencer celle de Budapest, Bratislava et Prague.
