Emmanuel Macron, déjà l'heure des comptes : dix ans de crises majeures et un paysage politique fragmenté
Le chef de l'État entame la dernière année de son second quinquennat dans une France fragmentée, après neuf années marquées par des crises et une recomposition du paysage politique.
- Publié le 14-05-2026 à 07h59

Le second mandat du président de la République française Emmanuel Macron s'achèvera le 14 mai 2027. À un an de l'échéance, c'est déjà l'heure du bilan pour le chef de l'État, candidat "ni de gauche ni de droite" élu pour la première fois en 2017 à l'âge de 39 ans.
Tempête après tempête
Ses deux mandats sont marqués par une succession de crises majeures : les gilets jaunes, le Covid-19, la hausse de l'inflation et des prix de l'énergie après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, la colère du monde agricole, la grogne sociale générée par la réforme des retraites adoptée au forceps en 2023…
Le chef de l'État tente d'amortir les chocs, notamment en ouvrant les cordons de la bourse : la prime Macron pour soutenir le pouvoir d'achat, un paquet de mesures pour maintenir l'emploi et soutenir l'économie face à la pandémie – le fameux "quoi qu'il en coûte" –, le bouclier tarifaire pour contrer la hausse du gaz et de l'électricité…
Malgré ces mesures favorables aux citoyens, jalousées par ceux des pays voisins, Emmanuel Macron ne parvient jamais à capitaliser dessus. Pire : cela se retourne contre lui.
Le piège de la dette et de la dissolution
Les finances publiques dérapent et la France en découvre l'ampleur à l'été 2024. La dette publique se creuse, de 1 000 milliards d'euros supplémentaires entre 2017 et 2024. D'après l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), elle atteint 3 482,2 milliards d'euros, soit 117,4 % du PIB, à la fin du troisième trimestre 2025.
Cette situation financière conduit à des sessions parlementaires houleuses, alors que les macronistes n'ont plus de majorité à l'Assemblée nationale après les élections législatives de 2022. Les débats deviennent encore plus tendus à l'été 2024. Après avoir participé à l'affaiblissement des partis de droite et de gauche en débauchant des politiques de ces camps pour les intégrer dans divers gouvernements, Emmanuel Macron décide de dissoudre l'Assemblée nationale ; une décision lourde de conséquences. Elle génère une fragmentation encore plus importante du paysage politique, réduit plus encore la marge de manœuvre du président et de son camp, et engendre un certain chaos au palais Bourbon.
Cette reconfiguration oblige les exécutifs successifs à chercher des compromis avec les autres camps, ce qui n'est pas une tradition française. Sans majorité, plusieurs gouvernements tombent. Face à la menace d'une crise institutionnelle, une stabilité précaire est retrouvée fin 2025, lorsque le Premier ministre Sébastien Lecornu cède à une condition de la gauche pour éviter la motion de censure : la suspension d'un totem macroniste, la réforme des retraites adoptée en force deux ans plus tôt avec l'aide du 49.3, sans vote des députés.
La dissolution permet aussi à l'extrême droite de réaliser une percée historique, devenant le groupe parlementaire le plus important à l'Assemblée. Le virage toujours plus serré à droite des exécutifs successifs, notamment symbolisé par la loi sur l'immigration en 2023, n'aura pas permis d'infléchir la tendance.
Autre objectif mis à mal par les chiffres : le plein-emploi. Pour soutenir l'économie et favoriser l'emploi, le chef de l'État, dès son premier mandat, instaure notamment une flat tax et fait passer l'impôt sur les sociétés de 33 à 25 %. Volontariste, il initie aussi un vaste plan d'action pour réindustrialiser la France. Mais après s'en être rapproché, le pays s'éloigne peu à peu du plein-emploi et de la barre des 5 %. De 9,5 % en mai 2017, le taux de chômage passe à 7,4 % en mai 2022, avant de remonter à 7,9 % fin 2025.
Autre chiffre défavorable : le taux de pauvreté. Si 13,8 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en 2017, ce pourcentage grimpe à 15,4 % en 2023 selon l'Insee.
Le bilan d'Emmanuel Macron est aussi contesté en ce qui concerne la santé et l'éducation nationale. Quant au climat et à l'écologie, le chef de l'État affiche très tôt une volonté dans ce domaine. Il porte des mesures après la Convention citoyenne pour le climat en 2019 et 2020, mais elles sont peu à peu détricotées par les députés de droite, d'extrême droite et même de son propre camp, après la reconfiguration de l'Assemblée nationale.
Réfugié en dehors des frontières
Le bilan d'Emmanuel Macron encombre ses anciens lieutenants, dont Édouard Philippe et Gabriel Attal. Les deux ex-Premiers ministres, candidats à l'élection présidentielle de 2027, ne veulent pas être associés à l'héritage du président, dont la cote de popularité est passée de 58 % en 2017, à 40 % en avril 2022, puis à 25 % en avril 2026, selon le baromètre Odoxa pour Public Sénat.
Affaibli sur la scène nationale où il bataille encore sur plusieurs dossiers comme l'interdiction des réseaux sociaux aux jeunes de moins de 15 ans, Emmanuel Macron se réfugie là où il est moins contesté : en dehors des frontières françaises.
À l'échelle européenne, durant ses mandats, il pousse le plan de relance post-Covid, installe le thème de la souveraineté devenu majeur quand Donald Trump accède de nouveau à la présidence des États-Unis en 2024, et joue un rôle de moteur dans le soutien à l'Ukraine face à la Russie. Il donne aussi de la visibilité à la France sur la scène mondiale dans un contexte toujours plus complexe. Mais il essuie également des revers, comme le retrait des forces françaises dans plusieurs pays d'Afrique.
Quid de l'après-Élysée ?
Depuis une révision de la Constitution en 2008, Emmanuel Macron ne peut pas se présenter à un troisième mandat consécutif. Même si la campagne le reléguera peu à peu au second plan, il assure qu'il présidera "jusqu'au dernier quart d'heure". Et s'il doit rebondir quelque part après l'Élysée, ce serait probablement sur la scène européenne ou internationale. Ces derniers mois, il les passe d'ailleurs beaucoup à l'étranger : au Japon, en Corée du Sud, en Arménie, en Égypte, au Kenya, en Grèce…
Le 24 avril, le président, âgé de 48 ans, se retrouve face à des adolescents de l'école franco-chypriote de Nicosie, à Chypre. L'un d'eux l'interroge sur son avenir. "Je n'ai pas fait de politique avant, et je n'en ferai pas après", lâche-t-il avec ce ton familier qui était le sien aux débuts de son entreprise présidentielle, ouvrant ainsi la voie à toutes les suppositions.