Pourquoi Olaf Scholz traîne encore les pieds et refuse de livrer des chars de combat à l'Ukraine
Le chancelier refuse de répondre à la demande des chars de combat. Jusqu'à quand ?
- Publié le 21-09-2022 à 11h50
- Mis à jour le 21-09-2022 à 11h51

La pression monte de toutes parts mais Olaf Scholz persiste et signe. Contrairement à ce que lui demandent depuis des mois le gouvernement de Kiev, l'opposition chrétienne-démocrate et certains de ses partenaires de coalition, le chancelier refuse (toujours) de livrer à l'Ukraine des chars de combat de fabrication allemande.
Adepte de la litote, Olaf Scholz n'a jamais ouvertement fait part de son refus. Seulement, il ne veut pas que l'Allemagne fasse "cavalier seul" alors qu'aucun autre pays de l'Otan n'a encore franchi ce pas. Ni les États-Unis ni la France ni le Royaume-Uni ne livrent d'avions ou de chars de combat de fabrication occidentale. Et si l'Allemagne a bien fourni des chars Guépard, ils servent des objectifs défensifs.
"Prudence"
"Je veux le dire très clairement : nous avons soutenu l'Ukraine, nous le ferons, nous le faisons à très grande échelle et aussi avec des armes très pertinentes que nous mettons à disposition", a-t-il déclaré la semaine dernière. "Mais, dans le même temps, notre objectif reste que la guerre entre la Russie et l'Otan ne s'intensifie pas", a commenté Olaf Scholz. Éviter une confrontation directe avec la Russie, le but est clairement affiché, même si la ministre de la Défense, sociale-démocrate comme le chancelier, affirme ne pas "être guidée par la peur" de la Russie mais par "la prudence". Le nouveau secrétaire général du même parti SPD, Kevin Kühnert, précise et affirme ne pas vouloir "être progressivement entraîné dans la guerre" ni vouloir "encourager la Russie à agir de manière complètement irrationnelle et à attaquer des pays complètement différents".
Interrogé par le journal Berliner Morgenpost, Gustav Gressel, du Conseil européen des relations étrangères (ECFR), fait remonter ces réticences à l'Histoire et à la Seconde Guerre mondiale. Il évoque "la peur de Scholz de l'image du char allemand en Europe de l'Est". "C'est une barrière psychologique qu'il ne peut pas surmonter", estime cet expert militaire. Son collègue, l'historien Jan Claas Behrends, confirme en partie. "C'est une chose importante d'avoir perdu une guerre contre la Russie. Cela reste une part de la réalité pour la population, particulièrement chez les plus âgés. Il existe une certaine peur de la Russie dans la population allemande, mais n'est pas typique du SPD." La longue tradition prorusse et d'ouverture vers l'Est du parti social-démocrate allemand explique toutefois que le débat soit aussi difficile dans ses rangs, même si, comme le constate Jan Claas Behrends, les russophiles purs et durs "sont en position minoritaire".
Chez les chrétiens-démocrates en revanche, le tabou de l'Histoire semble être tombé d'autant plus facilement qu'ils sont désormais dans l'opposition. Quant aux partenaires de coalition d'Olaf Scholz, les Verts (Bündnis 90/die Grünen) et les libéraux (FDP), la jeunesse de leurs membres et de leur électorat ainsi que leur distanciation traditionnelle envers la Russie expliquent une plus grande ouverture à l'idée d'envoyer de chars de combat, notamment pour soutenir la contre-offensive ukrainienne.
Pour minimiser les critiques, le chancelier et sa ministre de la Défense ont annoncé de nouveaux envois d'armes à l'Ukraine, des lance-roquettes de types Mars et cinquante transporteurs blindés de type Dingo. Mais pour le reste, il faudra encore attendre. "Nous l'avons vu dans le passé : quand la pression est montée de la part de ses alliés, l'Allemagne a livré des armes", rappelle Jan Claas Behrends. "Tout dépend des Américains. Quand ils livreront des chars de combat, l'Allemagne suivra. Mais il ne faut pas s'attendre à ce qu'elle fasse le premier pas. Elle va rester en milieu de terrain."