"Cela ne correspond pas aux coutumes de la guerre" : la technique actuellement utilisée par la Russie qui pourrait faire ployer les Ukrainiens
La Russie semble avoir réajusté sa stratégie et s'attaque à présent lourdement à la défense antiaérienne ukrainienne. Face au manque de moyens, Kiev se retrouve dans une posture difficile.
- Publié le 11-01-2024 à 21h52
- Mis à jour le 11-01-2024 à 21h53

Depuis que 2024 a débuté, la Russie n'a eu de cesse de mener d'importantes attaques aériennes en Ukraine à grand renfort de missiles et de drones. Face à ces offensives à répétition, la défense antiaérienne ukrainienne commence à battre de l'aile. Mercredi encore, le président ukrainien Volodymyr Zelensky dénonçait un "manque cruel" de ce type d'équipements.
Selon plusieurs analystes internationaux, ces attaques ne sont pas dues au hasard : l'objectif est de submerger la défense antimissile limitée de l'Ukraine, comme le rapporte CNN. Et les résultats sont là. Sur les 51 missiles tirés par la Russie le 8 janvier, seuls 18 ont été abattus par le système antiaérien ukrainien. Selon Oleksiy Melnyk, co-directeur des programmes de sécurité internationale au centre de réflexion Razumkov de Kiev, la dernière série d'attaques russes était en effet "très bien planifiée".
Un armement inégal
Pour arriver à leurs fins, les soldats russes ont recours à diverses techniques, telles que peindre les drones en noir pour les camoufler, ou avoir recours à des drones à réaction, plus rapides et plus difficiles à abattre. Face à cet armement plus sophistiqué et dévastateur, les forces ukrainiennes peinent. De leur côté de la frontière, l'attirail se fait plus maigre. "Ils volaient autrefois selon une trajectoire unique, mais maintenant ils zigzaguent", s'est inquiété Vitaliy Yasinsky, commandant de l'escouade et sergent-major de la brigade présidentielle ukrainienne, au micro de CNN. "Un drone peut voler, puis faire un cercle, rester en suspension, descendre complètement, puis monter d'environ un demi-kilomètre, puis voler brusquement vers le bas. Ils sont maintenant très manœuvrables et doivent être repérés et détruits."
Pour affronter cette nouvelle menace, Yasinsky a recours à des petites unités mobiles implantées dans un réseau de systèmes de défense antimissile occidentaux avancés. Mais les missiles antiaériens envoyés par l'Occident sont parfois très vieux et limitent les capacités des Ukrainiens à défendre les infrastructures clés et les civils. Ainsi, pour limiter l'impact des frappes russes, l'Ukraine doit viser les infrastructures russes de l'autre côté de la frontière, une offensive très mal reçue par la Russie. Dmitri Medvedev, ancien président russe, déclarait d'ailleurs ce jeudi que Moscou aurait recours au nucléaire si l'Ukraine poursuivait ses frappes sur le territoire.
Un changement de cibles
Selon Mykhailo Podolyak, conseiller du président ukrainien à Kiev, un "composant génocidaire" a été ajouté aux attaques aériennes russes en comparaison aux frappes de l'hiver dernier. D'après le conseiller, la Russie vise à présent les civils lors de ses frappes contre les grandes villes, une accusation niée à plusieurs reprises par Moscou. Mais d'après les chiffres, on peut effectivement constater une augmentation des civils décédés dans les attaques russes. 33 personnes ont notamment été tuées à Kiev le 29 décembre lors de frappes ayant détruit 100 maisons et 45 buildings, comme le signalait Volodymyr Zelensky.
"La chose la plus douloureuse, c'est qu'ils touchent des civils, des maisons, des jardins d'enfants", a déploré un soldat d'une unité de défense antiaérienne à l'extérieur de Kiev à CNN. "Cela ne correspond pas aux coutumes de la guerre et n'est pas conforme à la moralité humaine. C'est immoral."
