Guerre en Ukraine : "Zelensky montre de plus en plus de signes de nervosité, voire parfois d'agressivité"
Deux ans après le début de la guerre en Ukraine, le président Volodymyr Zelensky est devenu une véritable figure historique.
- Publié le 16-02-2024 à 18h09

Ancien acteur reconverti en chef d'État et finalement en chef de guerre, le conflit qui oppose l'Ukraine à la Russie a façonné Volodymyr Zelensky, tant physiquement que mentalement. Un front qui s'enlise, des tensions avec le haut commandement militaire, ces derniers mois n'ont pas été faciles pour le Président.
"Personne ne sait quand la guerre se terminera, pas même nos commandants ou nos partenaires occidentaux", déclare-t-il lors de la conférence de presse présidentielle de décembre dernier. L'ambiance est pesante. La lassitude et la fatigue du chef d'Etat se font ressentir. "Franchement, c'était la déprime", confie un journaliste sur place. Une lassitude qui s'étend aux pays alliés de l'Ukraine, que Zelensky tente de redynamiser en enchaînant les visites diplomatiques.
Et ce manque de ressort inquiète l'équipe du Président. "La situation a toujours été difficile, mais 2024 va être plus dure encore, le grand enjeu, ça va être de conserver la confiance du pays. En 2023, il y a eu une grande victoire dans la mer Noire, mais cela, c'est un peu abstrait. Les gens attendent qu'il y ait des résultats plus rapides et nous devons obtenir cette année quelque chose de décisif, peut-être pas encore la victoire, mais quelque chose de visible", confie un conseiller à nos collègues de Libération.
Face au manque résultats, notamment concernant la contre-offensive menée en juin 2023, Volodymyr Zelensky semble ne plus avoir de corde à son arc. Se serait-il résigné ? Pour ce même conseiller, Volodymyr Zelensky n'est pas près de baisser les bras. "L'expérience l'a changé, mais l'homme est resté le même. Gagner cette guerre est sa seule et unique motivation." "Il est au volant, il roule plus vite que tout le monde, il est prêt avant tout le monde, et vous devez suivre son tempo", ajoute-t-il.
Un autre proche confie son impression sur les changements qui ont frappé le Président mais rassure sur sa combativité. "La pression de la responsabilité est immense et ça se reflète dans son comportement. Je pense que maintenant il fait moins dans les sentiments, il est devenu beaucoup plus dur qu'il ne l'était auparavant, notamment avec les personnes de son équipe. Il ne laisse aucune seconde chance à quelqu'un qui a échoué ou aux gens qui ne lui sont pas assez loyaux. Mais c'est toujours un romantique : il est réaliste, mais il croit toujours sincèrement en un futur meilleur pour l'Ukraine, dans un avenir prévisible, et si le scepticisme grandit, il sera le dernier à en être touché."
Interrogé par Libération, le politologue Volodymyr Fesenko rappelle l'important "niveau de stress physique et psychologique" qui pèse sur le dirigeant ukrainien. "Les perspectives de la guerre ne sont pas claires, personne ne sait combien de temps on va devoir se battre, si on aura suffisamment d'armes et personne n'anticipait une telle situation au Congrès américain. Bien sûr, cela influe sur l'état psychologique de Zelensky lui-même, il montre de plus en plus de signes de nervosité, voire parfois d'agressivité", ajoute-t-il.
Et l'inquiétude gagne également l'ensemble de la société ukrainienne qui remet en question les capacités de son dirigeant. "Jusqu'à l'été 2023, c'était tabou de le critiquer, il était épargné. Mais désormais le tabou est levé, or le président Zelensky n'aime pas les critiques, il s'est habitué à ce qu'en temps de guerre il soit devenu un symbole intouchable", souligne Volodymyr Fesenko.