Dans son discours à la Nation, Poutine menace l'Occident et évoque un "réel risque" de conflit nucléaire
Le président russe Vladimir Poutine a tenu jeudi son discours annuel à la Nation à Moscou, plus de deux ans après le lancement de son assaut contre l'Ukraine.

- Publié le 29-02-2024 à 10h33
- Mis à jour le 29-02-2024 à 13h12
Vladimir Poutine devait notamment définir les grandes lignes stratégiques de la politique russe pour les prochaines années, à deux semaines d'une élection présidentielle qui doit le voir être réélu au Kremlin jusqu'en 2030.
Dans son discours, Poutine a menacé l'Occident. "Nous aussi avons des armes capables d'atteindre des cibles sur votre territoire", a-t-il. Le président russe a jugé que les menaces occidentales créaient un "réel risque" de conflit nucléaire, disant également que la Russie disposait d'armes "capables" d'atteindre les territoires de ces pays.
D'un ton calme, sous les applaudissements très réguliers du public, il est revenu sur les propos polémiques de son homologue français Emmanuel Macron, qui a évoqué cette semaine l'éventualité de l'envoi de troupes occidentales en Ukraine. "Ils (les Occidentaux) ont parlé de la possibilité d'envoyer en Ukraine des contingents militaires occidentaux (...) Mais les conséquences de ces interventions seraient vraiment plus tragiques", a-t-il déclaré, depuis le Gostiny Dvor, un palais des Congrès situé près de la place Rouge à Moscou.
Les pays occidentaux "doivent comprendre que nous aussi avons des armes capables d'atteindre des cibles sur votre territoire", a averti le président russe. "Tout ce qu'ils inventent en ce moment, ce avec quoi ils effraient le monde, tout cela constitue une réelle menace d'un conflit avec une utilisation d'armes nucléaires, ce qui signifie la destruction de la civilisation", a-t-il ajouté. "Ils ne comprennent donc pas cela ?", s'est-il interrogé à haute voix.
L'homme fort de Moscou jure que les soldats russes en Ukraine "ne reculeront pas". Il s'est par ailleurs félicité de l'avancée en Ukraine de ses troupes, qui ont obtenu ces dernières semaines plusieurs succès face à des forces de Kiev sur la défensive et manquant de munitions. "Les capacités militaires des forces armées (russes) ont été multipliées. Elles avancent avec assurance dans plusieurs directions" du front, a-t-il déclaré devant l'élite politique du pays. Aussi, l'armée russe a affirmé jeudi avoir repoussé le débarquement d'un commando des forces spéciales de Kiev dans le sud de l'Ukraine occupé, assurant avoir tué "jusqu'à 25 militaires" et capturé un autre.
Capacités militaires "multipliées"
Le président russe apparaît en meilleure posture qu'il y a un an, quand son armée était sous le coup de retraites humiliantes dans le sud et le nord-est de l'Ukraine, après une tentative avortée de s'emparer de Kiev au printemps 2022.
Depuis, l'armée ukrainienne a échoué dans sa contre-offensive déclenchée à l'été 2023 et se retrouve sur la défensive, manquant de munitions faute d'accord à Washington et du fait de la lenteur des livraisons européennes, face à des soldats russes plus nombreux et mieux armés.
Mi-février, ces derniers ont ainsi réussi à s'emparer de la ville forteresse d'Avdiïvka, sur le front Est, et continuent leur poussée dans ce secteur, suscitant le satisfecit de Vladimir Poutine.
Celui-ci s'est aussi réjoui de "la flexibilité et la résistance" de l'économie russe qui, malgré une pluie de sanctions occidentales, résiste pour l'heure et s'est tournée vers l'Asie et l'effort de guerre.
"Les capacités militaires des forces armées (russes) ont été multipliées. Elles avancent avec assurance dans plusieurs directions" du front, s'est ainsi réjoui jeudi Vladimir Poutine, tout en estimant que "l'absolue majorité du peuple russe" soutenait la campagne militaire en Ukraine.
"Nous avons préservé l'unité du pays, nous n'avons pas permis qu'il soit déchiré en morceaux", a lancé le chef du Kremlin.
Il s'en est aussi pris aux actuelles autorités américaines, les accusant de "vouloir montrer qu'elles dirigent le monde comme avant" et de faire de la "démagogie" avant l'élection présidentielle américaine de novembre prochain.
Selon lui, la Russie est "prête à un dialogue" avec les Etats-Unis sur les questions de "stabilité stratégique".
Pas un mot sur Navalny
Dans ses discours à la Nation, Vladimir Poutine fait traditionnellement le bilan de l'année écoulée et fixe de nouvelles orientations stratégiques, devant l'élite politique et militaire de son pays.
Jeudi, il a à nouveau fait l'éloge des "valeurs traditionnelles" officiellement défendues par le Kremlin, assurant que la Russie en était l'un des "bastions".
"Une famille avec de nombreux enfants doit devenir la norme", a-t-il lancé, alors que la Russie fait face depuis de longues années à de graves problèmes démographiques, renforcés par l'assaut en Ukraine et le départ à l'étranger de centaines de milliers de citoyens.
Il a aussi assuré que la lutte contre la pauvreté en Russie était l'une de ses priorités, s'est réjoui d'une baisse de la "consommation d'alcool" et a promis plus de financements pour rénover les écoles du pays.
Les médias russes soulignent que son discours de jeudi est retransmis non seulement à la télévision mais aussi gratuitement dans des salles de cinéma de 20 villes de Russie, un pays dont la population est soumise, selon les critiques du Kremlin, à un embrigadement politique croissant.
Le discours de jeudi intervient à la veille des funérailles prévues à Moscou de son principal opposant, le militant anticorruption Alexeï Navalny, mort le 16 février en prison dans des conditions obscures.
Vladimir Poutine, qui n'a jamais prononcé en public le nom d'Alexeï Navalny, n'a toujours pas commenté ce décès qui a choqué les puissances occidentales.
