Avec leur nouvelle arme, les Russes montrent "qu'ils sont capables d'aller encore plus loin"
Dans un rapport publié le 2 mai 2024, le Département d'État des États-Unis accuse la Russie d'avoir recours à des armes chimiques en Ukraine. Éclairage avec le général Jean-Paul Perruche.

- Publié le 02-05-2024 à 16h24
- Mis à jour le 03-05-2024 à 06h40

Selon le Département d'État américain, l'armée russe utiliserait de la chloropicrine contre les soldats ukrainiens. Une violation directe de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques (CIAC), pourtant signée par la Russie. "Cela montre le cynisme de l'armée russe et son mépris pour les conventions et l'interdiction des armes toxiques", nous explique le général Jean-Paul Perruche, ancien directeur de l'État-Major de l'Union européenne.
Un gaz mortel ?
La chloropicrine est un produit toxique utilisé comme pesticide mais également répertorié dans les gaz de combat, dans la catégorie des suffocants. "Ils vont s'en prendre aux voies respiratoires et peuvent causer des lésions en général irréversibles", précise Jean-Paul Perruche. Une exposition trop longue au produit peut être mortelle, ajoute le général. "Si vous avez une légère lésion, vous vous en sortez. Si vous restez longtemps sur place à respirer ce gaz, ça peut devenir mortel."
La chloropicrine peut être utilisée sous forme de gaz et sous forme de gouttelettes, qui seront moins volatiles et provoqueront davantage d'effets. "C'est très caractéristique des guerres statiques, des guerres de position. Sur un champ de bataille en mouvement, c'est plus difficile à manier parce qu'on ne sait pas exactement où il faut les mettre. On ne sait pas où l'ennemi va passer. Ça s'utilise donc plutôt sur des schémas de combat statique parce que justement les gens ne bougent pas. Donc on a le temps d'identifier leur position et d'envoyer des obus", explique Jean-Paul Perruche.
L'intérêt pour les Russes d'utiliser ce gaz en particulier réside dans le fait qu'il "ne laisse pas de traces très longtemps". "On sait qu'il y a des analyses faites par des spécialistes et qu'ils (les autorités russes, NdlR) peuvent être à nouveau accusés de crimes de guerre puisque toutes ces substances sont interdites par les conventions de Genève", précise Jean-Paul Perruche. Le but est également de "terroriser les soldats ukrainiens et de leur compliquer la vie", ajoute-t-il.
Néanmoins, ce type de gaz peut être stoppé par le port d'un masque à gaz et d'une combinaison si celui-ci est sous forme de gouttelettes. Un moyen de protection qui s'est avéré efficace lors de la Première Guerre mondiale.
Un tournant dans la guerre en Ukraine ?
L'utilisation de chloropicrine sur le front Ukrainien symbolise-t-elle une nouvelle étape franchie dans l'invasion de l'Ukraine par la Russie ? Sur ce point, le général Jean-Paul Perruche reste mitigé. "Ça ne me surprend pas spécialement. Ça peut être aussi une façon de dire : 'Attention, on est capable d'aller encore plus loin'. Et de faire ensuite une allusion détournée au nucléaire. Mais ça fait partie du chantage. Mais je ne crois pas que ce sera déterminant pour faire une percée russe, car on peut s'en protéger", conclut-il.