Orbán et Xi, alliés solides et faiseurs de paix en Ukraine
Sa "mission de paix" pour l'Ukraine a conduit le dirigeant magyar en Chine, un pays avec lequel il a tissé de solides liens.
- Publié le 08-07-2024 à 19h29

Viktor Orbán a décidé d'investir pleinement la présidence hongroise du Conseil européen, et même de l'outrepasser, en se rendant en "mission de paix" pour l'Ukraine, tour à tour à Kiev, Moscou puis Pékin. Lundi, il s'est présenté en faiseur de paix aux côtés du président chinois Xi Jinping. Les Européens sont ulcérés, mais le dirigeant hongrois n'en a cure. C'est pour lui un moyen de se donner le beau rôle à domicile et de soigner ses relations spéciales avec ses alliés internationaux. Si la proximité de Viktor Orbán avec Vladimir Poutine est bien connue, les intenses relations sino-magyares qui se sont nouées depuis une décennie sont longtemps passées sous le radar.
Entre la petite Hongrie et le géant chinois s'est pourtant nouée une relation aussi asymétrique que complémentaire. Le grand dessein géostratégique de Xi Jinping, les "Nouvelles routes de la soie" lancé en 2013 rebaptisé depuis "La ceinture et la route" coïncide avec l'"ouverture vers l'Est" avec laquelle Viktor Orbán veut faire de la Hongrie une tête de pont en Europe pour les puissances asiatiques. En octobre 2023, le premier ministre hongrois avait été le seul dirigeant de l'UE à, participer en personne au troisième "Forum des nouvelles Routes de la soie", non dissuadé par la présence de Vladimir Poutine. À cette occasion, le président chinois lui avait fait l'honneur d'un tête-à-tête au Grand Palais du Peuple.
Principal partenaire commercial
En choisissant la Hongrie pour principal partenaire commercial et industriel en Europe centrale, la Chine s'est propulsée comme l'un des principaux investisseurs du pays. C'est elle qui construit la ligne de train à grande vitesse entre Belgrade et Budapest, destinée à acheminer plus rapidement les marchandises débarquées au port grec du Pirée. BYD, le numéro un mondial de l'automobile électrique a choisi la grande plaine hongroise pour implanter sa première usine en Europe, de même que CATL, le géant des batteries pour véhicules électriques.
La convergence est aussi d'ordre géopolitique. En amont d'une visite de trois jours en Hongrie au mois de mai, Xi Jinping s'était fendu d'une longue tribune dans la presse hongroise, vantant l'amitié sino-magyare et leur position commune en faveur d'"un véritable multilatéralisme" et d'"un monde multipolaire", autrement dit débarrassé de la domination états-unienne. Entre les deux pays, les relations sont bonnes au point que des policiers chinois pourront patrouiller en Hongrie, sous commandement de leurs collègues magyars. Cela sans froisser le Bureau de protection de la souveraineté, entré en action cette année, plus occupé à traquer toute influence politique en provenance… des États-Unis.
La tournée internationale de Viktor Orbán n'est pas achevée. "Prochain arrêt : Washington", a-t-il écrit lundi sur Instagram. Il doit y participer à un sommet de l'Otan. À ce stade, il serait surprenant que le premier ministre hongrois n'en profite pas pour rendre une seconde visite cette année à Donald Trump, dont il espère ardemment le retour prochain à la Maison Blanche.