Tous les dirigeants européens se rangent derrière l'Ukraine, sauf le Hongrois Orban
Vingt-six des vingt-sept chefs d'État et de gouvernement de l'Union ont réitéré leur soutien à l'Ukraine, envahie par la Russie, et se sont engagés à l'accroître. Malgré l'opposition de l'homme fort de Budapest.
- Publié le 06-03-2025 à 21h46
- Mis à jour le 07-03-2025 à 09h05

Si les États-Unis de Donald Trump mènent la vie dure à l'Ukraine et lui marchandent leur soutien, celui de l'Union européenne (UE) et de ses États membres reste ferme et quasi unanime "Nous sommes très reconnaissants de ne pas être seuls. Et ce ne sont pas seulement des mots. Nous le ressentons", a remercié Volodymyr Zelensky, avant le début de la réunion. Le président ukrainien avait été invité à participer à une partie du sommet européen, jeudi en début d'après-midi, à Bruxelles. À l'issue de celui-ci, les chefs d'État et de gouvernements de l'Union ont réitéré leur soutien à l'Ukraine, agressée par la Russie, et ont promis d'augmenter l'aide militaire apportée à Kiev. Cet engagement ne figure toutefois pas dans les conclusions du sommet, le Premier ministre hongrois Viktor Orban refusant de les approuver.
L'homme fort de Budapest, qui entretient l'ambiguïté dans ses relations avec Moscou, et est proche du président américain Trump, s'oppose régulièrement à la poursuite de l'aide européenne à Kiev, estimant qu'elle est trop coûteuse et que le combat est perdu. Faute de l'accord du Premier ministre hongrois, la solidarité des Vingt-six autres s'exprime à travers une déclaration commune, annexée au texte des conclusions. "Nous voulons tous la paix. Vingt-six [États membres] pensent que cela passe par un renforcement des capacités [militaires] de l'Ukraine. La Hongrie s'est écartée de ce consensus. Elle est isolée", a souligné le président du Conseil européen, Antonio Costa, à l'issue de la réunion.
Personne n'a été surpris par la tournure des événements, même si le président français Macron avait invité Viktor Orban à Paris, mercredi soir, pour tenter d'infléchir sa position. "De toute façon, beaucoup d'instruments d'aide à l'Ukraine sont déjà lancés, et Orban ne peut pas les bloquer", glissait, la veille, un diplomate européen.
Rien que pour l'année 2025, l'aide européenne à l'Ukraine s'élèvera à 30,6 milliards d'euros. De cette somme, 12,5 milliards sont apportés par la Facilité pour l'Ukraine, pour contribuer au fonctionnement de l'État à la reconstruction, aux réformes, répondre aux besoins énergétiques... Les 18,1 milliards restant proviennent de la part européenne du prêt Era accordé par le G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, plus l'UE), financé par les intérêts générés par les avoirs russes immobilisés. La moitié de cette somme, au moins, doit servir au soutien militaire. Les Vingt-sept - enfin, vingt-six d'entre eux - veulent en faire plus.
Nous sommes très reconnaissants de ne pas être seuls. Et ce ne sont pas seulement des mots. Nous le ressentons"
Même s'il est très diversement accueilli par les États membres, le plan de la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, d'augmenter l'appui militaire à l'Ukraine apportée par les États membres sur base de leur PIB, soit en armement, soit en financement, n'a pas été balayé de la table. "L'Ukraine gagne du temps pour nous chaque jour", a rappelé avant la réunion le président lituanien Gitanas Nauseda, grand défenseur de l'idée de la Haut représentante Kallas – son pays, comme les autres républiques baltes, consacre 0,25 % de son PIB à l'aide militaire à Kiev. Si chaque État membre faisait de même, "l'Ukraine pourrait recevoir 45 milliards d'euros par an", calcule-t-il. Et d'insister : "Nous devons prendre des décisions, même si un ou deux pays y sont opposés. Sans quoi l'histoire nous punirait et nous paierions notre incapacité à un prix très élevé à l'avenir. Le moment est venu".
Pas de trêve sans perspectives de paix durable
Les dirigeants européens rappellent leurs principes concernant la manière de mettre fin au conflit : respect de la souveraineté, de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine; pas de discussion sans l'Ukraine sur les Ukrainiens; pas de discussion sur la sécurité de l'Europe sans les Européens. "La sécurité de l'Ukraine, celle de l'Europe, la sécurité transatlantique et la sécurité globale sont indissociables", dit le texte des conclusions du sommet. Allô, Washington, message reçu ?
Les Européens insistent sur le fait qu'un éventuel cessez-le-feu doit "être suivi d'un véritable accord de paix, accompagnées de garanties de sécurité robustes", pour prévenir une nouvelle agression russe, glisse un diplomate. Il est trop tôt pour détailler la façon dont ils pourraient contribuer à apporter ces garanties – avec ou sans appui des États-Unis – d'autant qu'il n'y a pas encore de négociations, ni de trêve et encore moins de paix. Mais la "coalition des volontaires" potentiels s'étoffe. Le Premier ministre Bart De Wever n'a pas exclu que des troupes belges participent, le moment venu, à une opération de maintien de la paix en Ukraine, non sans préciser qu'"on n'en est pas encore là".
