Attaque de drones russes en Pologne: "Il s'agit peut-être d'une tentative de la Russie de dissimuler d'autres préparatifs"
Alain De Nève estime également que "c'est clairement un acte de provocation, qui sert avant tout à rester en dessous du seuil de belligérance".
- Publié le 10-09-2025 à 12h09
- Mis à jour le 10-09-2025 à 13h57

Ce mercredi, des drones russes ont été abattus après avoir violé l'espace aérien polonais, une première pour un membre de l'OTAN. Une escalade est-elle à prévoir ? Réponse avec Alain De Nève, chercheur à l'Ecole royale militaire.
La Pologne a déclaré que cette violation était un "acte d'agression". Selon vous, était-ce volontaire de la part de la Russie ?
Oui, cette attaque est très certainement volontaire de la part de la Russie. Ces drones faisaient partie d'une salve d'attaques qui concernaient la région ouest de l'Ukraine. En procédant à des attaques comme celle-ci, il est évident que la Russie sait parfaitement que le risque existe qu'il y ait au minimum des engins et vecteurs qui franchissent l'espace aérien polonais. C'est inévitable, surtout dans la configuration du rapport de force que l'on connaît actuellement.
C'est une des frontières les plus militarisées, les plus surveillées du monde, avec des contingents détachés par les pays de l'OTAN. La Russie sait parfaitement que n'importe quel engin qui franchit la limite de cet espace serait surveillé et considéré comme suspect.
Cette intrusion dans l'espace aérien polonais peut-elle changer la donne entre l'OTAN et la Russie ?
Je ne pense pas que, du jour au lendemain, la Pologne inciterait l'ensemble des pays de l'OTAN à reconnaître ce type d'attaque comme un déclencheur de l'article 5. Les Polonais ont prouvé par le passé qu'ils étaient capables de mesurer leur riposte. Ils ont l'habitude. Plusieurs vecteurs ont tout de même pénétré l'espace aérien polonais. Jusqu'ici, la Pologne, en concertation avec le commandement de l'OTAN, a toujours procédé à des mesures proportionnées.
Cela pourrait-il néanmoins provoquer des changements sur le plan international ?
Là où il pourrait y avoir une évolution, c'est au niveau de ce qui a été discuté entre les Européens et les Américains sur l'interception étendue de vecteurs russes qui viendraient frapper le territoire ukrainien.
Les lignes pourraient bouger, et permettre aux forces qui survolent les espaces aériens de l'OTAN, ou stationnées sur son territoire, de procéder à des interceptions à distance pour protéger l'Ukraine, ses infrastructures, et ses forces.
Quel est le but derrière cette attaque russe ?
Pour la Russie, il s'agit de tester les postures des pays de l'OTAN, et leurs limites. Voir jusqu'où elle peut aller dans la provocation, sans que cela ne déclenche une décision qui mène à l'escalade.
La Russie aurait-elle d'autres objectifs ?
En effet, il faut faire attention. J'ai procédé à une analyse de tous les actes de provocation qui avaient précédé l'opération en Géorgie et en Ukraine, et attirer l'attention de l'opinion publique, des décideurs, et notamment des instances de commandement militaire de l'OTAN sur cette situation en Pologne, pourrait être aussi une tentative de diversion, qui viendrait à dissimuler d'autres préparatifs. Du côté de la Finlande ou de l'Estonie, par exemple. Il faut garder un regard d'ensemble sur la zone opérationnelle, car on n'est jamais à l'abri.
Les drones sont des vecteurs téléguidés, en réalité. Un missile balistique peut, pour diverses raisons, retomber là où il ne faut pas, ou être intercepté préventivement, avec des retombées qui concerneraient le territoire polonais, comme par le passé.
Ici, on a des drones téléguidés… Le signal GPS de ces drones aurait pu être brouillé, mais quand bien même, ces drones disposent toujours, pour être téléguidés correctement, de systèmes de navigation inertiels qui leur permettent d'atteindre leurs cibles. Cette centrale inertielle, il est impossible de la brouiller, c'est interne au système.
C'est clairement un acte de provocation, qui sert avant tout à rester en dessous du seuil de belligérance, comme la Russie à l'habitude de le faire.
