Avoirs russes gelés: la Belgique reste "sceptique" sur la proposition de la Commission
La Belgique reste "sceptique" quant à la proposition de la Commission européenne d'utiliser les soldes de trésorerie des actifs russes gelés pour fournir à l'Ukraine un important prêt de réparation, a indiqué vendredi le ministre des Finances Vincent Van Peteghem, en marge d'une réunion européenne à Copenhague.

- Publié le 19-09-2025 à 19h30
La présidente de la Commission Ursula von der Leyen a annoncé la semaine dernière, dans son discours sur l'État de l'Union, travailler à cette nouvelle solution pour financer l'effort de guerre de l'Ukraine à partir des avoirs russes gelés. Grâce aux soldes de trésorerie associés à ces actifs russes, l'UE accorderait à l'Ukraine un prêt de réparation sans toucher aux actifs eux-mêmes, et le risque serait supporté collectivement.
Selon le Financial Times (FT), quelque 170 milliards d'euros sur les 194 milliards d'euros d'actifs russes détenus chez Euroclear - dont le siège est à Bruxelles - sont arrivés à échéance et figurent désormais comme soldes de trésorerie dans les livres du dépositaire central international. L'Ukraine n'aura à rembourser un éventuel prêt qu'une fois que la Russie lui aura payé des réparations, a précisé le commissaire à l'Économie Valdis Dombrovskis.
La Commission travaille sur les modalités, le calendrier et les volumes de ce plan. La détermination des volumes dépendra d'une évaluation en cours du Fonds Monétaire International (FMI) sur les besoins de financement de l'Ukraine au cours des deux prochaines années. La Commission veut que le modèle soit reproductible par d'autres membres du G7 qui ont également des actifs russes immobilisés sur leur territoire.
"La proposition est pour le moment plutôt vague", a commenté M. Van Peteghem à son arrivée vendredi à une réunion de l'Eurogroupe. "Je pense qu'il y a encore beaucoup d'incertitudes et aussi beaucoup de risques. Je suis donc un peu sceptique". Le grand argentier belge a rappelé la position de la Belgique: ne pas nuire à la stabilité financière de l'euro et voir le risque partagé avec les autres États membres de l'UE et du G7. "Nous devons avoir une certitude juridiquement contraignante que nous pouvons surmonter ce type de risques".
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, s'est elle aussi montrée prudente, dans l'attente d'une proposition écrite, "seule façon d'évaluer les responsabilités, l'exposition (au risque) et de garantir le respect du droit international et le respect de la souveraineté".
La proposition, a soutenu M. Dombrovkis, permet d'éviter les problèmes d'immunité dont bénéficient les actifs d'une banque d'État souverain telle que la Banque centrale de Russie. Selon le FT, l'un des scénarios envisagés consisterait en effet à utiliser les soldes de trésorerie des actifs de la banque centrale russe soumis à des sanctions, qui sont détenus chez Euroclear, pour acheter des obligations européennes à taux zéro. L'UE remplacerait ainsi les droits de la Russie sur ces liquidités par des droits sur des obligations européennes, garanties par les États membres de l'UE, a laissé entendre Mme Lagarde. Mais d'autres pistes existeraient. Une proposition est attendue pour le mois prochain.
