Kamala Harris, une voix plus forte et plus prompte dans la guerre à Gaza
Les critiques adressés à Israël par la Vice-présidente quant au sort des civils palestiniens ont précédé celles de Joe Biden. Elles reflètent une sensibilité humaniste peu commune à ce niveau de responsabilités.

- Publié le 22-07-2024 à 18h47
- Mis à jour le 23-07-2024 à 09h00

Si la politique et, a fortiori, l'exercice de l'État sont souvent loin de réserver la première place aux émotions, l'attitude de Kamala Harris a le mérite de rappeler que l'autorité responsable ne peut les ignorer qu'au risque de se couper d'une partie de son opinion publique. En particulier lorsque celle-ci s'émeut de situations d'injustice ou de conditions inhumaines vécues par certaines populations, comme c'est le cas de la guerre dans la bande de Gaza entre Israël et le groupe islamiste Hamas, et plus largement dans le cadre du conflit lié à la question palestinienne.
Début mars, dans la ville emblématique de Selma (Alabama), la Vice-présidente avait fait preuve d'une sensibilité remarquée avec des propos – les plus forts tenus à l'époque à ce niveau de responsabilités aux États-Unis – exprimant ses "profondes inquiétudes" face à "l'immense niveau de souffrances" des Palestiniens de Gaza. "Ces conditions sont inhumaines", avait-elle souligné, "et notre humanité commune nous contraint à agir". Elle avait ainsi exhorté Israël à "faire davantage pour accroître le flux d'aide humanitaire" destiné à cette population.
Rhétorique plus ferme
Elle a réitéré cette position quelques jours plus tard face à Benny Gantz (alors ministre du cabinet de guerre) lors d'une rencontre à Washington, appelant l'État juif à élaborer un plan humanitaire "crédible" et "applicable" avant d'engager une opération militaire à Rafah. L'assaut sur cette ville située à la frontière égyptienne, où s'entassait au moins la moitié de la population gazaouie (plus d'un million de personnes), risquait de mettre en danger davantage de vies humaines, avait déclaré la Vice-présidente, qui plus tard en mars avait même mis en garde Israël face aux "conséquences" que pourraient avoir ses actions. C'était un mois avant que les critiques de Joe Biden ne débouchent sur sa demande qu'Israël prenne des "mesures concrètes" pour protéger les civils ; deux mois avant que le Président ne conditionne certaines livraisons d'armes à Israël à l'amélioration de la situation humanitaire dans le territoire palestinien.
Cette liberté de ton laisse entrevoir la possibilité que Kamala Harris, si elle est élue à la Maison-Blanche, puisse au moins adopter une rhétorique plus ferme avec Israël que son prédécesseur. À l'époque, ses déclarations l'avaient même conduite à confirmer son alignement sur la position de l'administration Biden sur le Proche-Orient. "Israël a le droit de se défendre. Beaucoup trop de civils palestiniens, de civils innocents, ont été tués. Nous avons besoin de (faire parvenir) davantage d'aide. Nous devons faire sortir les otages", avait-elle résumé en entrelaçant subtilement les enjeux pour les uns et les autres. Depuis, elle pousse régulièrement les belligérants à accepter un cessez-le-feu, en particulier à chaque fois qu'un projet d'accord est négocié.
C'est donc tout naturellement qu'elle avait dénoncé l'attaque massive et inédite de l'Iran contre l'État juif, à la mi-avril, disant se tenir "aux côtés du peuple d'Israël", que des centaines de drones et missile lancés par Téhéran avaient mis en péril. La défense invoquée des Israéliens sera plus que probablement au centre des enjeux de son éventuel début de mandat, face à un Iran – vouant Israël à la destruction – en passe d'acquérir l'arme atomique.