Face au mutisme de Téhéran, les efforts diplomatiques continuent au Moyen-Orient
Depuis les attaques survenues en Iran et au Liban, les puissances internationales pressent Téhéran de mesurer soigneusement l'ampleur de sa riposte.
- Publié le 08-08-2024 à 18h48

Cela fait désormais plus d'une semaine que l'Iran a promis de venger la mort d'Ismaïl Haniyeh, l'ancien chef du bureau politique du Hamas assassiné au cœur de la capitale iranienne le 31 juillet par une bombe attribuée à l'État hébreu. Le guide suprême Ali Khamenei, avait dès lors affirmé qu'un "châtiment sévère" sera infligé à Israël et qu'il était du devoir de la République islamique "de venger [le] sang versé" sur son territoire.
Malgré les menaces, aucune riposte significative n'a pour l'instant été menée contre Israël. "Donner du temps au temps, c'est une stratégie de la part de l'Iran, qui souhaite jouer avec les nerfs du gouvernement israélien", analyse Raoul Delcorde, ambassadeur honoraire de Belgique et professeur de relations internationales à l'UCLouvain. Une attente pernicieuse accentuée par l'absence d'informations quant à l'endroit ou à la date de la riposte. En effet, si, en avril, Téhéran avait communiqué aux États-Unis et aux puissances arabes les contours de sa contre-attaque, la République islamique se mure aujourd'hui dans le silence.
Appels à la désescalade
Un mutisme préoccupant pour les puissances internationales, qui usent de la plus grande diplomatie pour tenter de contenir l'importance de la riposte. Dimanche 4 août, le ministre des Affaires étrangères jordanien, Ayman Safadi, s'était rendu à Téhéran pour "tenter désespérément d'apaiser les tensions", devenant ainsi le premier haut responsable du royaume à se rendre en Iran depuis vingt ans.
Alliée de Téhéran, la Russie a pour sa part envoyé le lendemain Sergueï Choïgou, secrétaire du conseil de sécurité russe, dans la capitale iranienne. Si Moscou a prétexté vouloir renforcer la coopération économique et militaire entre les deux puissances, il s'agissait avant tout de transmettre aux dirigeants iraniens un message de retenue de la part du président Vladimir Poutine. En effet, "les Russes craignent que la Syrie voisine devienne un terrain de confrontation entre les deux belligérants", explique M. Delcorde, mettant ainsi en péril les acquis militaires et économiques russes dans ce pays, où le gouvernement du président Bachar al-Assad est déjà fragilisé par 13 ans de guerre.
Les États-Unis exploitent pour leur part la totalité des (maigres) canaux toujours à leur disposition pour dialoguer avec les représentants iraniens. Face aux menaces de Téhéran, Washington a néanmoins exprimé plusieurs lignes rouges à ne pas franchir pour éviter un embrasement régional. Des appels à la retenue jugés "hypocrites" par le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah lors d'un discours prononcé mardi à Beyrouth, au Liban. "La crédibilité des Américains dans la région est fortement fragilisée depuis plusieurs mois", constate le spécialiste. De fait, difficile pour Washington de s'imposer comme un interlocuteur crédible alors que les Israéliens font fi depuis plusieurs mois des demandes américaines et que Tel-Aviv continue de bénéficier malgré tout de son soutien militaire considérable.
Fragilité iranienne
Malgré les appels de la communauté internationale, la riposte de Téhéran paraît donc inéluctable. Présent lors d'un sommet arabo-islamique en Arabie saoudite, le ministre des Affaires étrangères iranien par intérim, Ali Bagheri Kani, a assuré mercredi que la riposte de Téhéran surviendra "au moment opportun et sous la forme appropriée".
Pour autant, "je ne pense pas qu'il y aura un embrasement de la région, le calcul même des Iraniens est de mesurer leur réponse pour ne pas déclencher de conflit dont ils sortiraient probablement perdants", conclut Raoul Delcorde. Une intuition qui pourrait bien être la bonne. Se basant sur le témoignage de plusieurs sources anonymes, le média Iran International, basé à Londres, a rapporté jeudi que Massoud Pezeshkian aurait récemment averti Ali Khamenei des conséquences dévastatrices qu'une guerre avec Israël aurait sur l'Iran. Le président iranien fraîchement investi craindrait ainsi qu'une riposte de l'État hébreu ne cible les infrastructures nationales et les ressources énergétiques, paralysant ainsi l'économie nationale et risquant même l'effondrement du pays.
