Les Houthis du Yémen, prochains alliés forts de l'Iran ?
Affaiblie comme jamais auparavant, la République islamique doit désormais composer avec une nouvelle équation régionale.
- Publié le 16-12-2024 à 13h56
- Mis à jour le 16-12-2024 à 14h39

L'Iran et ses affidés ont connu une série de revers notables au cours de l'année écoulée. Le Hamas palestinien a perdu la majorité de sa structure de commandement à Gaza. Le Hezbollah a lui aussi subi de lourdes pertes humaines (notamment son leader historique Hassan Nasrallah) au Liban, et n'a jamais été aussi diminué sur le plan militaire. Le régime syrien de Bachar al Assad, enfin, pivot logistique de l'" Axe de résistance" (réseau de proxys de Téhéran), a été délogé de Damas en moins de deux semaines. La République islamique a en outre elle-même fait l'objet d'attaques israéliennes sur son sol, qui ont exposé la vulnérabilité de ses systèmes de défense antiaériens. Exsangue, le régime iranien tente désormais de rétablir ses capacités de dissuasion en accélérant le développement de son programme nucléaire.
Les Houthis du Yémen ont pour leur part traversé cette année de guerre sans subir de revers majeurs. Au contraire, leurs attaques en mer Rouge ont impacté pendant plusieurs mois de manière significative le commerce maritime mondial, et ont fait de ce groupe local, longtemps marginalisé, un acteur régional influent et l'un des principaux défenseurs de la cause palestinienne. Au point de devenir le prochain allié de poids de l'Iran ?
Une menace pour Israël ?
Alliés de circonstance du Hamas, les Houthis ont été le premier partenaire de l'Iran à tirer un missile balistique de moyenne portée sur Israël en novembre 2023 – un acte que l'Iran lui-même ne s'était pas encore résolu à faire, après plus de 40 ans d'opposition à Israël. Depuis le début du conflit, la milice yéménite aurait lancé plus de 200 missiles de croisière et drones contre le territoire israélien, selon les données de l'armée israélienne. Majoritairement sporadiques et peu efficaces, ces attaques ont néanmoins provoqué le décès d'un civil en juillet 2024, tué par une explosion dans le centre de Tel-Aviv.
Après le lancement de plusieurs missiles balistique houthistes en direction d'Israël ces dernières semaines, Tsahal envisagerait désormais une "attaque significative" contre le Yémen, confiait un haut responsable israélien à la chaîne publique Kan 11 début décembre. "Je pense qu'une intervention israélienne contre les Houthis est envisageable, car pour l'instant l'Iran peine à protéger ses proxys", estime Pascal Ausseur, directeur général de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (Fmes) et ancien amiral de l'armée française. "Désormais l'Axe de résistance se résume plus ou moins aux milices chiites irakiennes et aux Houthis, et Israël a montré qu'il souhaitait profiter de cette période de vide géopolitique".
Ces frappes seront-elles vraiment efficaces ? Difficile de ne pas mentionner l'opération "Tempête décisive", lancée par l'Arabie saoudite contre les Houthis en 2015. Un échec militaire retentissant s'apparentant à un bourbier inextricable pour Riyad, et ayant causé l'une des pires crises humanitaires au monde. "À la différence du Hezbollah ou des milices chiites syriennes ou irakiennes, les Houthis ont une structure tribale, très réticulaire et donc plus difficile à frapper. Ils possèdent une structure décentralisée, les sites de lancement sont très dispersés, il n'y a donc pas de centre névralgique à frapper", explique M. Ausseur.
La priorité irakienne
Dès lors, les Israéliens pourraient "plutôt menacer les ravitaillements iraniens arrivant par la mer" ou "complètement détruire leurs ports d'approvisionnement afin de briser le flux de ravitaillement en pièces détachées". Une stratégie néanmoins vorace en munitions et "disproportionnée" selon Pascal Ausseur car "Tel-Aviv ne voit pas les Houthis comme une menace prioritaire". Situées à plus de 2 000 km du territoire israélien, les forces houthistes peinent à frapper avec efficacité Israël et leurs attaques en mer Rouge n'affectent que peu son économie.
Relativement indépendante sur le plan militaire, la milice yéménite pourrait néanmoins se voir intimer de faire profil bas par le parrain iranien. Elle est de fait l'une des dernières cartes maîtresses de l'Iran, désormais "dans une posture défensive" face à ses ennemis régionaux et pour qui "l'heure est plutôt à maintenir ce qui peut l'être". "Je ne vois pas les Iraniens repartir à la contre-attaque pour l'instant. Ou donner leur feu vert aux Houthis pour mener des attaques contre Israël, qui leur feraient prendre des risques pour un gain assez faible", juge le Vice-amiral d'escadre.
Désormais, il s'agirait plutôt pour Téhéran de "maintenir au maximum" son réseau de proxys afin d'avoir "une monnaie d'échange au moment de potentielles négociations". Mais surtout d'" éviter à tout prix une déstabilisation de l'Irak", frontalier d'une Syrie désormais dirigée par une organisation salafiste ouvertement hostile à la République islamique et à ses intérêts au Moyen-Orient. Et Pascal Ausseur de conclure que "si un califat sunnite s'installe [à Damas] et reprend de la puissance, il est possible que cela génère un écho en Irak, où toute une population sunnite est prête à reprendre les armes contre les chiites".
