Israël prolonge sa présence militaire dans le sud du Liban
Alors qu'elle est censée s'en retirer pour le 26 janvier, l'armée israélienne occupe toujours de larges pans de territoire dans la région de la Bekaa et le long de la frontière sud.
- Publié le 24-01-2025 à 19h42

La présence militaire d'Israël dans le sud du Liban "se poursuivra" au-delà des 60 jours prévus et de la date butoir du 26 janvier, a déclaré vendredi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou par voie de communiqué. "Étant donné que l'accord de cessez-le-feu n'a pas encore été pleinement appliqué par l'État libanais, le processus de retrait progressif se poursuivra, en pleine coordination avec les États-Unis", poursuit le texte.
La trêve, entrée en vigueur le 27 novembre, entre Israël et le Hezbollah a été assortie d'une période de deux mois durant laquelle l'armée israélienne était tenue de se retirer des territoires qu'elle occupe pour être remplacée par les troupes libanaises et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Dans le même temps, la milice libanaise devait se retirer au nord du fleuve Litani.
Pourtant, l'État hébreu occupe toujours de larges pans de territoire et des villages dans la région de la Bekaa et le long de la frontière sud. Selon des sources du cabinet de sécurité israélien, citées par des médias hébreux, le gouvernement Netanyahou envisagerait même de ne pas se retirer de certaines zones avant plusieurs années. Contrairement à l'État libanais, il considère comme infrastructure terroriste tout bâtiment ayant servi de dépôt d'armes ou de zones de préparation au Hezbollah, rendant ainsi sa réhabilitation impossible.
Caches d'armes du Hezbollah
Des responsables israéliens auraient également déclaré que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, son ministre de la Défense Israël Katz et les dirigeants de Tsahal souhaitaient maintenir les forces israéliennes sur trois positions clés dans le sud Liban, écrivait le journaliste d'Axios Barak Ravid début janvier. Lors d'une rencontre mercredi avec Ján Kubiš, coordinateur spécial des Nations unies pour le Liban, le ministre israélien des Affaires étrangères Eli Cohen a également souligné que tout retrait serait conditionné par les "impératifs de sécurité" d'Israël.
Le retrait des armes du Hezbollah du sud du Litani constitue de fait un argument de taille pour Tel-Aviv. L'armée israélienne annonce régulièrement la découverte de nouvelles planques de la milice contenant munitions, missiles, explosifs et autres équipements militaires. Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, déclarait mi-janvier que la Finul avait mis à jour plus de "100 caches d'armes" de la milice et de ses alliés depuis le cessez-le-feu.
Les réticences du Hezbollah ajoutent elles aussi à du grain à moudre pour les Israéliens. Si l'accord de trêve prévoit in fine le désarmement des milices de l'ensemble du territoire libanais, le parti chiite se cantonne à une vision restrictive, envisageant uniquement le retrait de son arsenal du sud du Litani. Selon une estimation du Washington Institute, l'organisation conserverait encore environ 20 000 à 40 000 roquettes dans son stock. Et pourrait directement menacer le retour des quelque 60 000 déplacés israéliens en Galilée.
Enjeu politique
Le maintien des forces israéliennes dans le sud du Liban constitue un revers important pour le nouveau tandem au pouvoir dans le pays. Lors de son discours d'investiture, le président Joseph Aoun avait insisté sur le respect de la souveraineté libanaise, rappelant qu'il s'agira à l'État, et non au Hezbollah, "d'éradiquer l'occupation israélienne et de repousser ses agressions sur l'ensemble des territoires libanais". Des termes repris par la suite par son Premier ministre Nawaf Salam. Le duo doit en effet convaincre la communauté internationale, mais surtout les États-Unis, de sa capacité à contrôler le flux d'armes sur son territoire.
Pour ce faire, les moyens opérationnels de Beyrouth sont néanmoins limités car les troupes libanaises progressent lentement dans la Bekaa et au Sud. À ce jour, près de 4 500 soldats ont été déployés dans la zone du fleuve Litani, un chiffre encore loin des 6 000 prévus lors de la première phase de l'accord. Au total, l'armée dispose pourtant de onze régiments de combat, composés de 1 300 hommes chacun. Mais, sous-financée et sous-armée, celle-ci souhaite éviter d'exercer une pression militaire et, surtout, d'entrer en conflit direct avec le Hezbollah et Israël. Des réticences qui pourraient dans les faits nuire à sa capacité de servir de contrepoids crédible face au Hezbollah dans le pays.
