Entre Israël et l'Iran, une reprise inédite et éclair des hostilités
Après des échanges de missiles qui ont duré quelques heures, les deux parties ont calmé le jeu lundi, dans la foulée d'un appel de Donald Trump à immédiatement "arrêter de tirer".

- Publié le 08-06-2026 à 20h33

L'Iran et Israël ont annoncé lundi 8 juin avoir arrêté leurs attaques respectives sur leur adversaire après une reprise éclair des hostilités. Il s'agissait d'une première confrontation directe entre les deux pays en guerre, tout juste deux mois après le cessez-le-feu conclu en avril. Tous deux ont, semble-t-il, calmé le jeu après une intervention du président américain Donald Trump, qui a appelé les deux belligérants à immédiatement "arrêter de tirer".
L'armée iranienne a d'abord annoncé avoir terminé la vague d'attaques lancées la veille contre Israël, la première du genre depuis la trêve conclue le 8 avril. Elle a toutefois menacé de recommencer si Israël poursuivait ses attaques au Liban, où l'État juif mène une violente campagne contre le Hezbollah, mouvement politico-militaire chiite soutenu par Téhéran, principalement dans le sud du pays du Cèdre.
L'armée israélienne (Tsahal) a également arrêté ses frappes de missiles contre l'Iran, disant avoir atteint une usine pétrochimique dans le sud-ouest du pays utilisée, selon elle, pour fabriquer des missiles balistiques. Les Gardiens de la révolution iraniens ont dit avoir riposté avec des missiles ciblant une installation similaire située dans la ville d'Haïfa, dans le nord d'Israël.
Le cessez-le-feu conclu le 8 avril dans la guerre entreprise le 28 février par les États-Unis et Israël contre la République islamique avait déjà souffert plusieurs violations, mais jamais l'une d'elles n'avait concerné des tirs directs entre Téhéran et Tel-Aviv.
Pourquoi l'Iran et Israël ont-ils repris les hostilités ?
L'Iran a mis en garde Israël dimanche après que celui-ci a affirmé vouloir poursuivre ses opérations militaires contre "l'organisation terroriste" Hezbollah au Liban. L'armée israélienne avait notamment visé le quartier de Dahiyeh, dans la banlieue sud de Beyrouth, fief de la milice chiite pro-iranienne. Cette attaque, qui a tué deux personnes et en a blessé vingt autres, a déclenché la riposte de Téhéran, qui a lancé en cours de soirée une dizaine de missiles balistiques vers le nord d'Israël. Les dernières frappes ont occupé les défenses anti-aériennes israéliennes jusqu'à lundi à la mi-journée.
Israël a répondu aux premiers tirs de barrage de l'Iran, accusant les autorités de Téhéran de vouloir établir une nouvelle stratégie militaire, à travers des attaques incessantes menées directement contre les communautés du Nord d'Israël.
Cela fait plusieurs semaines que l'Iran réclame le respect du cessez-le-feu au Liban, où la milice du Hezbollah est sous la pression de l'armée israélienne. En attaquant directement, Téhéran tente de protéger son allié au Liban, confronté aux coups de boutoir et à une invasion d'Israël dans le sud du pays. Le Hezbollah continue en parallèle d'envoyer des drones – en particulier des modèles guidés par fibre optique – vers des positions militaires de Tsahal.
De nombreux signes témoignaient ces derniers temps d'une montée de tension. L'Iran avait notamment visé la semaine dernière et, à plusieurs reprises, le Koweït et le Bahreïn, notamment l'aéroport international et les bases américaines dont celle de la Cinquième flotte près de Manama. Pour les Iraniens, les États-Unis portent une responsabilité dans les attaques menées par Israël au Liban, que celles-ci soient menées avec ou sans leur consentement.
Où en sont les négociations de cessez-le-feu ?
Le ministère des Affaires étrangères iranien a indiqué lundi que les échanges de tirs entre l'Iran et Israël ne feront qu'empirer le "processus diplomatique (déjà) chaotique" mis sur pied avec les États-Unis. Il a souligné également que les opérations israéliennes au Liban visaient à saboter la diplomatie. C'est dans cette atmosphère d'" extrême suspicion" que Téhéran et Washington s'échangent désormais des messages, a précisé la diplomatie iranienne. Tout en agitant le spectre d'un "conflit régional plus étendu", dont les principales forces devraient s'inquiéter.
Le président des États-Unis, Donald Trump, répète de son côté depuis des semaines qu'un accord avec l'Iran est à portée de paraphe. L'antienne, répétée à n'en plus finir sans réelle preuve à l'appui, tend à montrer que le résident de la Maison-Blanche souhaite en finir au plus vite avec le conflit iranien lancé sans l'aval du Congrès et qui déstabilise toute l'économie mondiale.
Fort de ce levier, Téhéran pèse de tout son poids dans la balance afin de garder la main sur son programme nucléaire, que Washington et Tel-Aviv voudraient voir réduit à néant. Plusieurs versions d'un brouillon d'accord fournies par les deux camps n'ont pas réussi à les mettre d'accord, malgré les bons offices du Pakistan, qui intervient en tant que médiateur.
La semaine dernière, Téhéran avait annoncé suspendre sa participation aux pourparlers afin que les États-Unis fassent pression sur Israël concernant ses opérations au Liban. L'Iran réclame en vain depuis des semaines que le cessez-le-feu conclu début avril avec les États-Unis couvre aussi les hostilités entre Israël et le Hezbollah au Liban. Mais, malgré une trêve locale annoncée le 17 avril mais resté lettre morte, Israël a étendu son emprise dans le sud du Liban où son armée occupe une bande de territoire (allant jusqu'à une quarantaine de kilomètres de large) le long de sa frontière nord.
Pourquoi Donald Trump veut-il arrêter le conflit avec l'Iran ?
Le président proclame depuis quelques semaines l'imminence d'un accord avec le régime iranien, trahissant une envie de mettre un terme à tout prix à la guerre avec ce pays. Le blocage du détroit d'Ormuz opéré par Téhéran s'est révélé être un redoutable levier de pression dans les mains du "plus faible" (l'Iran), faisant apparaître au grand jour les limites du "plus fort", même pour la première puissance mondiale.
Entamée début mars, la paralysie de ce passage stratégique pour une bonne partie des hydrocarbures de la planète a toujours des conséquences désastreuses sur les marchés pétroliers et l'économie mondiale. Les États-Unis ont eu beau doubler ce blocage par leur propre blocus des ports iraniens – à la fois pour couper l'Iran de ses ressources et tenter de masquer l'affront que constitue le blocage –, ils en pâtissent aussi, en termes de tarifs, d'image et d'influence. Ce bilan peu reluisant est à même d'entamer l'aura et la crédibilité du Parti républicain alors que les élections de la mi-mandat (Midterms) approchent à grands pas. Et que la guerre avec l'Iran est plus que jamais impopulaire aux États-Unis.