"L'Europe est désarmée": les Etats européens sont-ils capables de faire face à une attaque iranienne?
La nouvelle portée des missiles balistiques iraniens pourrait menacer certains États européens.

- Publié le 27-03-2026 à 06h55
- Mis à jour le 27-03-2026 à 11h20

Le 20 mars dernier, l'Iran a lancé deux missiles balistiques Khorramshar-4 en direction de la base américano-britannique de Diego Garcia, située dans l'océan Indien. Si aucun des deux engins n'a atteint sa cible, l'annonce de cette tentative a créé la surprise concernant les capacités de frappe du régime iranien, qui ont été largement sous-estimées. En effet, ce missile de portée intermédiaire est initialement conçu pour atteindre une distance de 2000 km. Or la base militaire se situe à près de 4000 km de la république islamique.
Si cette innovation est avérée, l'Iran pourrait dès lors toucher de nouvelles cibles, notamment sur le territoire européen — telles que Bruxelles, située à un peu plus de 4000 km du territoire iranien. Toutefois, cette éventuelle menace est à nuancer, selon Jean-Paul Perruche, ancien directeur général de l'État-Major de l'Union Européenne. "L'Iran a des chercheurs et des techniciens militaires de haut niveau. Ils ont commencé par des missiles avec une portée de 2000 km. Ces capacités progressent et ils peuvent à présent atteindre les 4000 km. Mais à cette distance, ils ne savent pas envoyer de charges importantes — supérieures à 500 kg d'explosifs. Soit ils vont loin avec une petite charge, soit ils mettent une grosse charge, mais tirent moins loin", détaille-t-il.

Une Europe désarmée
Bien que plusieurs États du sud-est de l'Europe étaient déjà à la portée de l'Iran, cette nouvelle force de frappe accentue la pression sur le vieux continent, qui peine à développer des capacités de défense autonomes. "La plupart des pays membres de l'Union européenne ont toujours décidé que leur défense principale se ferait grâce aux États-Unis. Il ne faut donc pas être étonné que sans les Américains, les Européens ne possèdent pas beaucoup de capacités de haute intensité. L'Europe est désarmée, après trente ans de 'dividendes de la paix' qui ont réduit les budgets de défense à la portion congrue", explique Jean-Paul Perruche.
Mais de nombreux États perçoivent l'importance de développer une défense commune. Ainsi, l'attaque de la base britannique d'Akrotiri, à Chypre, par un drone iranien au début du mois de mars a immédiatement provoqué une réaction de la part de plusieurs États membres qui ont coordonné leurs forces dans la région. La France a déployé son porte-avions Charles De Gaulle en Méditerranée orientale, ainsi que des unités de défense aérienne et une frégate à Chypre. La Grèce a également envoyé quatre avions F-16 et deux frégates. L'Italie et l'Espagne ont aussi envoyé des navires en soutien à Nicosie.
Une coopération limitée
"Les Européens ne disposent pas d'une défense anti-aérienne intégrée, c'est celle de l'Otan qui prime", rappelle le général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès des Nations unies, qui précise que cette coopération européenne ne se fait que de manière ponctuelle. "Mais les Européens sont en train de monter en puissance", ajoute-t-il, faisant référence à la coalition des volontaires qui organisent des exercices de défense aérienne dans le cadre de l'Otan mais sans les États-Unis. "L'Europe n'a pas la capacité de conduire de telles opérations seule. Cependant, il y a la volonté de mettre en place un pilier européen au sein de l'Otan d'ici 2030. Si les Américains venaient à se retirer — ce qui ne se fera pas du jour au lendemain —, il prendrait forme."
Concernant les systèmes de défense déjà en place en Europe, ceux-ci sont fragilisés par un manque d'intégration des différentes couches de défense antiaérienne, qui opèrent pour contrer par exemple des drones, des avions ou des missiles balistiques.
Un autre problème subsiste dans le volume des capacités européennes. "On est techniquement capable d'intercepter presque tous les missiles, y compris les hyper-véloces. Le problème, c'est le nombre. Quand vous avez tiré des missiles qui coûtent plusieurs millions d'euros, ils ne peuvent pas être remplacés rapidement. Et encore faut-il en assumer le coût. On reste désarmé, non pas à cause de la technologie, mais par le manque de quantité", souligne Jean-Paul Perruche.