Génération Y, tous des Tanguy?

Comment devenir propriétaire lorsque le prix de l'immobilier est inaccessible? Pourquoi rester plus longtemps à la maison? Doit-on apprendre à vivre dans des espaces plus réduits? Ces jeunes adultes sont conscients qu'ils devront se loger autrement que leurs parents...

Stéphanie Carion

Difficile à l'heure actuelle de se lancer après les études. Et ceux qu'on nomme la génération Y en savent quelque chose. Si la majorité des 20-30 ans aspire à former son petit cocon familial, la réalité est tout autre.

Comment devenir propriétaire lorsque le prix de l'immobilier est inaccessible? Pourquoi rester plus longtemps à la maison? Doit-on apprendre à vivre dans des espaces plus réduits? Ces jeunes adultes sont conscients qu'ils devront se loger autrement que leurs parents...

Qui sont-ils? La génération Y réunit des personnes nées entre le début des années 1980 et le début 2000. "Y" comme le fil de leurs écouteurs? "Y" comme "why"? Ou simplement parce que ces jeunes adultes suivent la "génération X"? Ce qui est certain, c'est qu'ils vivent dans un monde connecté, dont les valeurs ont changé, qu'ils sont partagés entre le rêve d'accomplir et la réalité qui les rattrape.

Une génération de Tanguy?

Tout le monde a pour souvenir cette comédie d'Étienne Chatiliez, "Tanguy". Sans tomber dans l'extrême du film, c'est un phénomène qu'on observe depuis quelques années. Beaucoup de jeunes adultes prolongent leur vie sous le toit familial. Bien entendu, ils rêvent de s'installer dans leur petit nid douillet, mais vu leur situation financière notamment, ils "s'éternisent" chez les parents. Selon une enquête (1) réalisée par l'observatoire de la vie à la maison (Iliv), 39% des 18-30 ans sont concernés. "L'immobilier est devenu tellement inaccessible à certains endroits, qu'on réfléchit davantage avant de franchir le pas. Puis, le marché de l'emploi est peu sécurisant. Beaucoup restent alors chez leurs parents pour mettre de l'argent de côté. C'est essentiellement pour des raisons pratiques, par facilité et par sécurité. Mais, il y a aussi un véritable lien d'amitié qui se tisse entre ces jeunes et leurs parents. La maison familiale, c'est un milieu où ils se sentent appréciés ", analyse Rose-Line Tas, porte-parole chez Iliv.

Si le sentiment de bien-être est important, " C'est dans ma chambre que je me sens le plus 'à la maison'. C'est ici que je m'occupe, que je fais mes trucs. Toutes mes affaires ont leur place et le cadre est agréable. Ma chambre, c'est aussi l'endroit de la maison où j'ai le plus d'intimité ", avoue Céline, 22 ans. Malgré tout, cette génération "reste assez conservatrice", explique Rose-Line. L'idée, c'est d'un jour s'installer dans une belle maison avec jardin, mais le parcours est désormais plus long qu'il ne le fut pour leurs aînés qui se mariaient et achetaient immédiatement leur "chez eux" pour la vie. Les Y sont plus flexibles...

D'abord un endroit modeste, et puis...

La Génération Y démarre donc petit à petit. Elle doit se contenter d'un endroit de vie plus réduit dans un premier temps. Mais, dès qu'elle le peut, elle achète. Et la plupart de ces jeunes propriétaires (43%) ont pour objectif d'acquérir une autre habitation. "On les appelle les habitants en série. Ils sont déjà propriétaires, mais souhaitent vivre dans un espace plus spacieux avec un jardin. Alors, ils vendent jusqu'à obtenir le bien de leur rêve ", explique la porte-parole d'Iliv. Si certains se dirigent du coup vers l'habitat partagé, pour la majorité, c'est loin d'être une évidence.

L'enquête de l'Iliv relève d'ailleurs quatre types de jeunes habitants. Les "insatisfaits réalistes" sont plus jeunes, célibataires. Ils ne sentent pas chez eux à l'endroit où ils vivent pour le moment. Ensuite, les "autonomes rationnels" sont plus ouverts aux nouvelles technologies, à la fonctionnalité plus qu'à l'espace. Plus vite ils seront propriétaires, mieux ce sera. Puis, il y a les "hédonistes altruistes". Ils se sentent vraiment bien dans leur habitation et s'identifient à leur environnement. Ils privilégient les liens sociaux au contrôle et à la technologie. Enfin, on retrouve les "indépendants généreux". Ils sont plus âgés et prêts à acheter une maison dans laquelle ils construisent leur vie. Leur "chez eux" fait partie intégrante de leur identité. C'est leur fierté!

Petit espace, mais endroit de vie

" Ce qui est également intéressant, c'est d'observer que ces jeunes adultes cherchent des solutions pour s'accommoder de logements plus réduits. Ils trouvent d'autres solutions d'habitat, d'aménagement, etc. ", remarque Rose-Line Tas. " Souvent, ils sont à la recherche d'un espace vert, mais c'est impensable par rapport au coût de l'immobilier. C'est pour cela aussi qu'on observe certains comportement tels que les petits potagers sur les balcons. ", ajoute-t-elle. "Je pense qu'il faut essayer d'intégrer plus de coins de verdure dans et autour des habitats. Spécialement en ville ? Les jardins suspendus, les potager sur les terasses peuvent aider à contribuer à cette idée d'une villle plus verte ", propose Joan, 26 ans.

Pour la Génération Y, la vie privée garde néanmoins toute son importance. Il est vrai qu'ils partagent volontiers via les réseaux sociaux. Mais, ces jeunes adultes éprouvent le besoin d'un endroit où se retrouver dans le calme, sans interférence du voisinage, malgré la promiscuité qui augmente. "Être coupé du monde, se sentir en sécurité, faire ce que l'on souhaite ", rapporte Stéphanie, 27 ans. A côté de cette intimité, "ils créent malgré tout des communautés, des sortes de villages dans la ville ", ajoute Rose-Line, la porte-parole de l'Iliv. Bref, des jeunes qui cultivent des rêves d'adultes, mais qui doivent évoluer plus lentement, et qui ne se résignent pas pour autant.

(1) Cette enquête a été menée par Insites Consulting à la demande d'Iliv début 2014, auprès des jeunes Belges entre 18 et 30 ans.


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