À peine dévoilée, la nouvelle politique agricole commune européenne est déjà critiquée : voici ce qui va changer
La Commission européenne a présenté les contours de la future politique agricole commune. Si tous les détails ne sont pas encore connus, les premières réactions du secteur sont négatives. Au coeur des champs, le flou domine plus que jamais.
- Publié le 17-07-2025 à 09h41
Ces dernières semaines, les spéculations concernant le contenu de la politique agricole commune (PAC) européenne pour les prochaines années allaient bon train. Il se murmurait que, loin de relever l'ambition en la matière, la Commission Von der Leyen allait faire dans la simplification, voire la dérégulation. D'aucuns craignaient que davantage de flexibilité soit accordée aux Etats-membres dans l'utilisation de l'argent issu de la PAC.
"Nous étions dans le flou, raconte Ségolène Plomteux, experte des affaires européennes au sein de la Fédération wallonne de l'agriculture (FWA). Le texte a été présenté aux instances seulement cette semaine, alors qu'il faut des mois pour analyser ce genre de document".
PAC : vers un budget réduit et renationalisé
Ce jeudi soir, la Commission a mis fin au suspense, en dévoilant les premiers éléments de son plan pour le futur de l'agriculture. Et les craintes exprimées par le monde agricole en amont semblent se confirmer. Le budget alloué à la PAC passe de 387 milliards d'euros à 302 milliards d'euros. "Je suis déçue et en colère, réagit la ministre wallonne de l'Agriculture Anne-Catherine Dalcq (MR). Retirer 20 % du budget s'apparente à une forte réduction". "On plaidait pour une augmentation de ce budget, qui en plus n'était pas indexé", déplore Ségolène Plomteux. Selon les calculs réalisés par la FWA, le budget actuel de la PAC représente pas moins de 30 % du revenu des agriculteurs wallons.
Dans la première communication de la Commission au sujet de la PAC, les mots 'simplification' et 'flexibilités' apparaissent. Les Vingt-Sept prévoient que "les plans de partenariat nationaux et régionaux réduiront considérablement la charge administrative". Concrètement, la PAC ne bénéficiera plus d'un budget spécifique. Les fonds qui seront alloués à l'agriculture sont regroupés avec les fonds alloués à la politique de cohésion. "C'est un changement complet de la structure, qui invisibilisera la PAC", précise Anne-Catherine Dalcq.
Plus de flexibilité pour les États membres
En parallèle, "les États membres pourront utiliser leurs montants de flexibilité non programmés pour soutenir les agriculteurs touchés par une catastrophe naturelle". Ces montants font partie d'une réserve agricole, doublée pour la période 2028-2034, qui passe à 900 millions d'euros par an. Autre changement : le dispositif ne concernera plus uniquement les catastrophes naturelles, et pourra être activé pour "réagir rapidement aux perturbations du marché qui affectent le secteur agricole".
"Les contours du plan restent très flous pour le moment, reprend Ségolène Plomteux. Pour nos agriculteurs, qui ont besoin de prévisibilité, il est difficile de savoir comment tout cela va se traduire sur le terrain. D'autant que la Commission a proposé une simplification de l'actuelle PAC en mai dernier, et annoncé qu'une autre simplification devrait suivre en octobre".
Selon la spécialiste des affaires européennes, les conditionnalités qui accompagnaient l'octroi d'un financement issu de la PAC seront remplacées par des obligations... définies par les les Etats-membres eux-mêmes. Autrement dit, les règles validant l'accès à des fonds issus du plan pluriannuel risquent de se régler au cas par cas. "On assiste à un détricotage de la PAC, qui était un pilier de la politique européenne", commente encore Ségolène Plomteux.
"C'est un très mauvais signal"
"C'est un très mauvais signal pour l'autonomie stratégique européenne, et les défis que nos agriculteurs affrontent comme la réduction des phytosanitaires, le renouvellement des générations (50 % des agriculteurs ont plus de 55 ans) et la préservation de la biodiversité, développe la ministre wallonne de l'Agriculture. Je vais maintenant me battre pour qu'au niveau national on obtienne des moyens financiers supplémentaires, qui son nécessaires à l'atteinte de ces objectifs".
Il y a peut-être une mince lueur d'espoir au milieu de l'osbcurité annoncée par la nouvelle PAC. "Le mot agriculture apparait dans un deuxième fonds du budget pluriannuel qui a été présenté par la Commission, termine Anne-Catherine Dalcq. Celui de la compétitivité, qui pourrait par exemple permettre l'acquisition d'équipements technologiques".
