Covid-19 : l'hydroxychloroquine, à l'origine de la mort de près de 17 000 personnes ?

Le médicament prôné durant la pandémie par le Docteur Didier Raoult a fait l'objet une étude universitaire au constat peu réjouissant. Néanmoins, la méthodologie pose question.

L’hydroxychloroquine est probablement le médicament qui a le plus fait parler de lui depuis la pandémie de Covid-19.
L’hydroxychloroquine est probablement le médicament qui a le plus fait parler de lui depuis la pandémie de Covid-19. ©AFP

Une étude publiée par Elsevier s'est intéressée aux morts induits par l'utilisation de l'hydroxychloroquine dans le traitement de la Covid-19. Initiée par six chercheurs français, canadien et chinois, elle met en lumière un constat morbide : le nombre de décès liés à l'hydroxychloroquine chez les patients hospitalisés est estimé à 16 990 dans les six pays étudiés. Les zones concernées sont la Belgique, l'Espagne, la France, l'Italie, la Turquie et les États-Unis. L'étude s'est penchée sur la période de la première vague, de mars à juillet 2020.

Un bilan probablement sous-estimé

L'étude ajoute que le médicament a été prescrit aux patients hospitalisés atteints de Covid-19 malgré l'absence de preuves de ses avantages cliniques. Il est également précisé une augmentation du risque de décès lié à ce médicament de 11 % selon les résultats d'une précédente étude parue dans Nature Communications.

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Interrogé par L'Express, le Professeur Jean-Christophe Lega, a participé à cette étude. "Ce qu'il faut garder à l'esprit, c'est qu'il s'agit d'une estimation grossière, dans le sens ou elle ne concerne que quelques pays pendant une courte période et que le nombre total de morts est probablement bien plus grand", souligne le Pr. Lega. Une estimation grossière que certains dénoncent également, dans un autre sens, et qui surestimerait les cas de décès potentiels.

Les principaux groupes pharmaceutiques commercialisant l'hydroxychloroquine, dont Sanofi avec son produit nommé le Plaquenil, ne semblent pour le moment pas ressentir d'effets négatifs en Bourse liés à cette publication.

Une méthodologie qui pose question

Les résultats obtenus ont posé question au sein de la communauté scientifique. En cause : la méthodologie utilisée est considérée comme peu fiable. Par exemple, l'étude se base des méta-analyses (soit la synthèse de plusieurs études, on en compte 26 au total) pour déterminer entre autres le taux de mortalité lié à l'utilisation d'hydroxychloroquine dans les six pays ciblés. Ce taux de mortalité est considéré à 6 % en Turquie, même si les chercheurs disposaient de "peu d'études" concernant cette zone, affirme Jean-Christophe Lega lors d'une conférence.

"Cette étude a des limites", reconnaît encore le chercheur. "On a des imprécisions sur plusieurs estimations. Notamment l'estimation ponctuelle de l'effet de l'hydroxychloroquine. Les données liées à l'exposition et au décès sont également des approximations."

Les chercheurs ont estimé que l'hydroxychloroquine augmenterait de 11 % le risque de décès. Mais les problèmes de santé des patients n'ont pas été précisés, ni les dosages auxquels l'hydroxychloroquine était prescrite.

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Aussi, cette méta-analyse inclus 26 études. Deux d'entre elles, menées par l'OMS, analysaient l'effet de l'hydroxychloroquine à des dosages élevés (4 grammes cumulés sur trois jours). Mais en Belgique, la recommandation était d'une dose plus faible (2,4 g sur cinq jours). L'étude belge analysée est issue de Sciensano et affirme que "le traitement par une faible dose d'hydroxychloroquine tel qu'il fut prescrit dans les hôpitaux belges était associé à une mortalité hospitalière moins élevée que les patients n'ayant pas reçu ce traitement".

Jean-Michel Dogné, doyen de la faculté de médecine de l'UNamur, s'est exprimé sur cette étude à nos confrères du journal Le Soir. "Ce chiffre de 17 000 morts ne veut absolument rien dire ! C'est une extrapolation et les auteurs eux-mêmes reconnaissent que leurs résultats pourraient être surestimés d'un facteur 5 ou sous-estimés d'un facteur 2." Les résultats de cette étude sont donc à prendre avec des pincettes.


Note: cet article a été modifié et la question de la méthodologie de l'étude a été davantage détaillée à la suite de précisions apportées par certaines parties.

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