Les Vins Pirard doivent fermer une boutique dans le Brabant wallon, "alors qu'elle tournait bien"
Fondés en 1945, les Vins Pirard fêteront en 2025 les 80 ans de l'entreprise familiale. Selon le gérant, son secteur a le même problème que l'horeca.
- Publié le 03-09-2024 à 08h58
- Mis à jour le 03-09-2024 à 09h11

En bientôt 80 ans d'existence, les Vins Pirard sont devenus une institution à Genappe mais aussi au-delà. D'abord lancée par le grand-père Jacques, l'entreprise familiale s'est étendue pour devenir une référence dans le Brabant wallon, avec notamment son antenne à Grez-Doiceau mais aussi à Gerpinnes (Hainaut) et ailleurs via la franchise, le partenariat et la vente en ligne. Aujourd'hui aux mains de Simon Pirard, fils d'Emmanuel et petit-fils de Jacques, la troisième génération des Vins Pirard compte une douzaine de travailleurs et est toujours en pleine expansion. Mais il y a un hic.
En effet, nous explique Simon Pirard, cela devient "presque impossible de trouver des gens pour ce travail". En plusieurs mois, les demandes ont été faites auprès des clients, sur les réseaux sociaux, même via des publications sponsorisées, mais rien n'y fait. Les Vins Pirard ne trouvent personne. Depuis le début de l'année 2024, Simon est à la recherche d'un préparateur de commandes en cave, en charge de réceptionner les bons de commande et les préparer avant envoi. En près de neuf mois, une seule demande est arrivée chez Pirard. "J'ai reçu le CV d'un monsieur pensionné prêt à apporter son aide". Malheureusement pour eux deux, le travail demande une certaine force physique, et Simon Pirard se voit plutôt accorder cette tâche à un jeune. Retour à la case départ.

En outre, les Vins Pirard cherchent aussi un livreur, et dans une fonction plus spécifique, un vendeur avec des connaissances en œnologie pour la boutique de Grez-Doiceau. Mais pour ce dernier, le trouver s'est avéré "impossible". Ainsi, depuis juin, où le revendeur s'est absenté pour raison médicale, Simon a essayé lui-même de faire tourner la boutique avec un autre collaborateur. Mais à défaut de trouver quelqu'un dans les délais, et l'absence de l'autre revendeur se prolongeant, Simon n'a eu d'autres choix que de fermer les Vins Pirard de Grez-Doiceau, "alors que le magasin tournait bien". Au final, se dit Simon Pirard, son secteur a le même problème que l'horeca, "où des restaurants sont obligés de fermer certains jours de la semaine par manque de personnel".
Le chômage et les "certificats de complaisance" en ligne de mire
En tant que chef d'entreprise, Simon Pirard a sa propre analyse des raisons à trouver si difficilement du personnel. Des problèmes souvent rapportés par les patrons du secteur horeca. En premier, le chômage : "il est trop élevé par rapport au barème minimal qui est trop faible. Si je prends un jeune de 25 ans, il touchera 1400-1500 euros net. Pour le payer, je dois sortir le double de ma poche. Et en restant chez lui, il peut gagner près de la même chose en faisant d'autres activités". Simon Pirard s'en désole d'autant que penser uniquement au salaire ne permet pas de voir les perspectives d'évolution dans le métier et les avantages qui viennent petit à petit avec. Sa solution serait alors de réduire les charges sur le travail : "pas pour le patron mais pour qu'il y en ait plus dans la poche de l'employé".

Mais cela ne règle pas tout selon lui. Un autre problème s'ajoute : "les certificats médicaux de complaisance". Simon Pirard donne pour exemple un de ses collaborateurs, absent depuis… 11 ans. Bien que depuis longtemps sur la mutuelle, Simon ne peut même pas le renvoyer. Il a aussi eu le cas avec un ancien collaborateur démotivé par le métier qui partait et revenait jusqu'à ce qu'un accord soit trouvé pour son départ. "C'est cela que je trouve scandaleux : des médecins donnent des certificats parce que les gens disent qu'ils ne vont pas bien et ils enchaînent certificats sur certificats". La solution à ce problème-ci est alors de réengager du personnel mais là encore Simon Pirard y voit un piège. "Si j'engage une autre personne, et que mon collaborateur revient, je me retrouve avec deux employés pour le même poste. Donc ou je paye les deux, ou j'en renvoie un mais là encore je vais devoir payer pour son licenciement".

80 ans de réussite, malgré tout
Fondés en 1945, les Vins Pirard fêteront en 2025 les 80 ans de l'entreprise familiale. En 80 ans d'histoire, les affaires se sont toujours bien portées, malgré la difficulté à trouver du personnel.
Le succès vient peut-être de la philosophie des Vins Pirard : "travailler avec des petits producteurs de vins qu'on connaît tous et que des vins qui nous plaisent", explique Simon. La maison mère à Genappe a été aménagée par son père, Emmanuel, et cela va encore changer car ils viennent d'obtenir le permis pour agrandir l'établissement. À côté de cela, la franchise de Gerpinnes marche "du feu de Dieu". Reste maintenant à préparer la suite comme revenir au partenariat avec l'horeca. "Le secteur de l'horeca a beaucoup changé en 20 ans. Les restaurants signent des contrats brasseries avec de grands groupes, qui ont un mot à dire sur les boissons qui sont vendues. Mais il y a des indépendants qui veulent le choix de leurs produits dans le verre. On va redynamiser ça". Simon a donc encore des envies de développer son héritage familial et vise déjà le centenaire des Vins Pirard.