Femme gille : le débat est ouvert
Son album de photos et d'extraits de journaux raconte son attachement au folklore local et au carnaval de Rouveroy (Estinnes). Pendant 25 ans, Eliane a été gille dans la société "Les Bié d'Allés".
- Publié le 13-04-2007 à 00h00
Son album de photos et d'extraits de journaux raconte son attachement au folklore local et au carnaval de Rouveroy (Estinnes). Pendant 25 ans, Eliane a été gille dans la société "Les Bié d'Allés".
" Un jour, mon mari, qui faisait le gille, m'a dit : "Tu m'accompagnes tout le temps, alors, si c'est pour me suivre, pourquoi ne pas faire le gille avec moi ?", se souvient-t-elle.
Tous les hommes de la famille, jusqu'aux petits-fils, participent au carnaval et, pendant des années, Eliane a fait vigoureusement claquer ses sabots aux côtés de la gent masculine !
"Quand j'ai commencé, en 1977, j'étais la seule femme adulte, avec des filles plus jeunes, mais nous n'avons jamais eu de problème ou de critiques. Je sais qu'à Binche, c'est exclu mais, ici, pas", note Eliane.
La sexagénaire a vécu le folklore sans contrariété et c'est avec le sourire qu'elle évoque le surnom "les gillettes", paru dans un article en 1997. "Cela ne m'a pas choquée, c'est vrai que ça faisait référence aux femmes qui faisaient le gille et que ça pouvait heurter l'une ou l'autre, mais moi, je l'ai pris comme une note d'humour".
"J'ai toujours apprécié de faire le gille et j'en garde de très bons souvenirs. Mais, maintenant, c'est moins fatigant de participer au groupe de femmes, qui portent des costumes de fantaisie", explique Eliane.
Mixité en question
La mixité au sein du carnaval de Rouveroy se poursuivra-t-elle ? Selon notre interlocutrice, cette tradition spécifique risque de s'essouffler, car les femmes gilles actuelles sont principalement de petites filles et elles pourraient, à l'âge adulte, rejoindre la société des dames, selon elle.
Le président de la société "Les Bié d'Allés", Marcel Saintenoy, échevin d'Estinnes, est très clair sur la question : "Personnellement, je ne suis pas favorable au fait que les femmes font le gille et je n'encourage pas cela. Mais je respecte celles qui décident de le faire.".
A Grand-Reng (Erquelinnes), les gilles vivent également le carnaval aux côtés de collègues féminines.
"C'est ainsi depuis plus de 20 ans et il n'y a jamais eu de remarque désobligeante. Mais il faut dire que c'est peut-être plus facile dans des villages", souligne-t-on au service des fêtes de l'administration communale.
Une référence revient constamment dans les conversations sur le sujet : Binche, où le gille est exclusivement masculin.
Pas à Binche
Pour Christel Deliège, directrice du Musée du Masque et auteur d'un mémoire sur le rôle de la femme durant le carnaval binchois, "la femme est une véritable alliée du gille, sa participation est définie par des codes et des normes. Le respect strict de la tradition lui confère un rôle indispensable, qui commence en amont des festivités et dépasse largement celui de suiveuse. Mais tant mieux si, ailleurs, des femmes font le gille !"
Gautier De Winter, président de l'Association de la Défense du Folklore (ADF) de Binche, estime pour sa part indissociables le gille et l'aide féminine.
"La femme de gille ne pense même pas à faire un jour le gille, parce que c'est inscrit dans les coutumes depuis la nuit des temps. Elle est le bras droit du gille, elle l'aide et participe autant que lui. Mais chacun est libre de vivre son folklore comme il l'entend et, dans les petits villages, pourquoi pas ?"
Des jeunes habitantes de Rouveroy ont déjà leur réponse.
Dimanche, elles endosseront à nouveau le costume traditionnellement réservé aux hommes et vivront leur carnaval dans l'allégresse. Tout simplement.
