Filles et garçons ensemble dans les cours d'éducation physique ? La mixité du sport avance doucement dans les écoles secondaires
La non-mixité pour les cours de gymnastique reste la norme en Fédération Wallonie-Bruxelles. Des directions franchissent cependant le pas vers la mixité, lassées par les difficultés qu'elles lient à une organisation séparée. Voici leurs arguments.

- Publié le 14-03-2024 à 15h40

Même en Belgique, en 2024, certains sujets restent difficiles à aborder sans une grande prudence… Dans les écoles secondaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la non-mixité des cours d'éducation physique demeure la règle générale. Pourtant, régulièrement, l'un ou l'autre établissement décide, comme il en a la possibilité, de faire faire du sport aux filles et aux garçons ensemble.
Le directeur de cette école secondaire de l'enseignement libre prépare un tel projet de mixité depuis deux ans, qui deviendra réalité à la rentrée 2024. La formation de ses enseignants doit débuter le mois prochain. C'est l'une des raisons pour lesquelles il préfère témoigner dans l'anonymat et que son école ne soit pas citée. Il s'agit en outre d'un changement important qui nécessite des bases solides. Pas question pour ce directeur qu'une polémique ou autre buzz vienne perturber l'élaboration de son projet.
"Tout est bon pour brosser"
"Notre réflexion est partie d'un constat, explique-t-il. Dans notre école, les familles et les élèves adhèrent de moins en moins aux cours d'éducation physique. Certificats médicaux de complaisance, excuses diverses : tout est bon pour brosser." Comment renforcer l'accrochage ? Le conseil de participation (l'organe de concertation de l'école où se retrouvent des représentants de la direction, du pouvoir organisateur, des enseignants, des parents et des élèves) s'est emparé de la question.
"Rapidement, la réflexion a porté sur la non-mixité de ces cours et sur les problèmes qui en découlent, le principal relevant de l'organisation." Et d'évoquer la difficulté pratique de constituer des groupes séparés de filles et de garçons issus, parfois, de plusieurs classes différentes. "C'est évidemment compliqué d'établir les horaires, mais il n'y a pas que cela. Les jeunes se retrouvent avec des élèves qu'ils ne connaissent pas, dans un groupe constitué artificiellement pour deux ou trois heures par semaine. Quant au professeur d'éducation physique, il n'a pas une classe, comme ses collègues. Il connaît dès lors moins bien ses élèves, leur titulaire, leur éducateur de référence. Fonctionner en groupe classe devrait améliorer l'investissement de tous."
Outre les questions d'horaires et de liens pédagogiques, le directeur avance une troisième raison. "Nous avons quelques jeunes qui ont du mal à situer leur identité de genre : le même cours de sport pour tous leur évitera cette contrainte."
Le projet se construit sur une base participative. Il a été largement concerté. "Les élèves et leurs parents sont très favorables au changement, rapporte encore le chef d'établissement. Seuls certains enseignants expriment quelques craintes, concernant par exemple la façon d'évaluer les élèves. Un conseiller pédagogique va venir les accompagner."
Pour déconstruire les stéréotypes de genre
Dans le réseau communal de la Ville de Bruxelles, cinq établissements secondaires ont franchi ce pas il y a un an et demi, après une première expérience pilote. Et deux autres écoles les ont rejoints cette année.
Les cours d'éducation physique y deviennent d'abord mixtes en première année. Le but est de monter progressivement jusqu'en sixième.
Ici, ce projet s'inscrit dans le cadre des idéaux d'égalité et d'inclusion qui font partie du projet pédagogique de la Ville. Objectif : déconstruire les stéréotypes de genre et montrer que la mixité est une richesse.
"Les retours sont très positifs, explique-t-on au cabinet de l'Instruction publique. Quand ils arrivent en première secondaire, les enfants n'ont rien connu d'autre que des cours de gymnastique mixtes en primaire. Ils continuent naturellement comme avant. De plus, la cohésion des classes s'est améliorée, les parents sont enchantés, les cours sont plus dynamiques et les horaires sont plus faciles à constituer."
Et même si ce n'est pas facile tous les jours, le jeu en vaut la chandelle : "Des obstacles se présentent inévitablement, tels que les propos sexistes de certains garçons et une mise en retrait de certaines filles, mais nos équipes travaillent à leur dépassement et sont formées dans ce sens. C'est en procédant de la sorte que nous pouvons changer les mentalités et œuvrer à un monde plus égalitaire où le respect prévaut".