La N-VA menace de former un gouvernement avec le Vlaams Belang si elle est encore exclue du pouvoir fédéral
Ce samedi, aux vœux de son parti, Bart De Wever a demandé aux autres partis flamands de ne plus accepter de gouvernement sans majorité en Flandre.

- Publié le 14-01-2024 à 19h57

C'est probablement le doute le mieux entretenu du Royaume : la N-VA pourrait-elle former un gouvernement avec le Vlaams Belang ? Observateurs et journalistes se perdent en conjecture. Ils en sont réduits à interpréter les réponses que fournit son président, Bart De Wever, à chaque fois que la question lui est posée – et c'est fréquent.
La question n'est évidemment pas sans importance. En 2019, la N-VA et le Vlaams Belang ne disposaient, à deux, d'aucune majorité. Bart Wever a bien tenté, il y a 5 ans, de constituer un programme de gouvernement en Communauté flamande avec le parti d'extrême-droite. Mais c'était un exercice de pure forme. De pure forme car les partenaires occasionnels savaient qu'aucun autre parti viendrait faire l'appoint pour assurer une majorité qu'ils ne réunissaient pas à deux. De pure forme encore parce que, de toute évidence, Bart De Wever n'avait alors aucune intention de gouverner avec le Vlaams Belang. Si ces négociations ont eu lieu, c'était pour occuper le temps, en l'attente de négociations au niveau fédéral qui peinaient à se dessiner. Rien de plus.
Des nuances qui se précisent
Mais, aujourd'hui, dès lors que les sondages rendent envisageable une majorité associant le Belang et la N-VA, beaucoup se demandent si Bart De Wever ne pourrait pas franchir le pas et lier pour de bon son parti à celui de Tom Van Grieken. Le bourgmestre d'Anvers n'est sans doute pas personnellement favorable à une telle alliance. Mais il n'est pas le seul à décider. Des sondages internes ont montré que les militants du parti nationaliste sont, en majorité, opposés au cordon sanitaire qui exclut tout accord avec le Vlaams Belang. Bart De Wever pourrait ne pas résister à la pression qui deviendrait forte si le résultat des élections devait offrir à la Flandre la possibilité de former une majorité indépendantiste et, par-delà, un levier extraordinaire pour imposer le modèle confédéral à toute la Belgique.
Voilà pourquoi chacune de ses déclarations sont scrutées dans les moindres détails. Et, au fil de ses déclarations, sa volonté de maintenir le Belang loin du pouvoir semble s'étioler. Le 3 octobre, il disait devant un auditoire d'étudiants en Sciences Po gantois qu'il "ne gouvernera jamais avec le Vlaams Belang tel qu'il existe actuellement". Une déclaration qu'il a réitérée fin décembre lorsqu'il était interrogé sur la collusion présumée d'un élu du Vlaams Belang avec le régime chinois.
Mais il a alors apporté une nuance supplémentaire – nuance qu'il a rappelée ce samedi aux vœux de la N-VA dans un complexe Nekkerhal plein à craquer à Malines : il veut bien s'engager à ne pas gouverner avec le Belang si les autres partis démocratiques flamands garantissent de leur côté qu'ils ne formeront plus un gouvernement fédéral sans une majorité dans le camp flamand. Ce qui revient à rendre impossible une reconduction de la majorité actuelle et inéluctable, le retour de la N-VA au gouvernement fédéral. De Wever s'est d'ailleurs posé un candidat Premier ministre – ce qui, pour le coup, est une première.