Le Palais, nouvelle cour d'appel du gouvernement
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 06-11-2026 à 22h00
- Mis à jour le 06-11-2026 à 22h35

Quand les politiques se déchirent, le Roi incarne l'unité. En recevant les acteurs de la crise, Philippe a endossé un rôle inhabituel, celui de facilitateur. "Le Roi a également recueilli des cinq présidents l'engagement formel que leur parti est prêt à faire des concessions afin de parvenir à un accord au sein du gouvernement. Le Roi a insisté sur la nécessité de trouver un juste équilibre entre la préservation de la cohésion sociale et la stimulation de la croissance économique." Tous ont pris un engagement devant le Roi. Derrière l'équilibre des mots, le communiqué du Palais est éminemment politique.
En cédant sur la hausse de la TVA, Bart De Wever a fait un cadeau au MR sans contrepartie pour Vooruit. Une faute stratégique pour un Premier ministre qui doit créer les conditions pour faire émerger un compromis. Face à une équation budgétaire bouleversée par la hausse des charges d'intérêts et les dépenses militaires, le Premier ministre aurait dû réunir les présidents de parti pour redéfinir collectivement l'accord qui les lie. Vu les personnalités en présence, s'obstiner à refuser un tel conclave relevait d'un manque d'intuition politique. Peut-être la possibilité, pour chaque vice-Premier, de se faire accompagner d'une personne autour de la table des négociations, qui reprendront lundi, changera-t-elle la donne.
En attendant, Philippe, que l'on devinait volontiers Roi philosophe, endosse ainsi un rôle de Roi politique. Ironie de l'histoire, c'est un nationaliste républicain qui l'y pousse dans un remarquable aveu de faiblesse. Le chef de l'État offre un sursis à l'Arizona. Mais cette nouvelle exposition du Palais est une arme à double tranchant. Si les négociations échouent, l'autorité morale du Roi pourrait en sortir fragilisée. Bart De Wever pourra toujours conclure que ce pays est ingouvernable, même après l'intervention directe du Roi. Les engagements pris dans les salons royaux ne sont pas minces. Ils devront se traduire en actes.
La coalition Arizona joue son va-tout. Elle doit enfin accoucher d'un budget pluriannuel. Mais elle devrait aussi offrir au pays des perspectives et un retour à la croissance. Toujours davantage de taxes ne constitue ni un récit, ni un projet de relance. La Belgique doit redevenir attractive pour les investisseurs étrangers, avec une fiscalité compétitive et, surtout, prévisible.
Le Roi a ouvert une porte. Aux cinq présidents de prouver qu'ils ont réellement envie de la franchir. Au Premier ministre de démontrer que son leadership est à la hauteur de ses ambitions. Acta, non verba. Place aux actes…