Dommage que Paul Magnette ne soit pas français…
Le portrait dithyrambique de Paul Magnette, paru dans la presse française, loue son parler vrai, son ambition calme, sa conception novatrice du travail. Vraiment ?

- Publié le 16-01-2024 à 22h54
- Mis à jour le 16-01-2024 à 23h00

Une humeur de campagne de Francis Van de Woestyne
C'est peu dire que le journaliste de l'hebdomadaire français L'Obs, qui a rencontré, deux heures durant, le président du parti socialiste belge (sic), est tombé sous le charme de Paul Magnette. Il faut s'accrocher pour lire le portrait (qui commence par ces mots "Dommage qu'il ne soit pas français…" comme si nous n'avions droit qu'à des ratés!) et la longue interview qu'il a accordée à l'occasion de la sortie de son livre L'autre moitié du monde (Ed. La Découverte, 176 pages, 16 euros).
Que dit cette dithyrambe à propos du bourgmestre de Charleroi ? "Jovial, direct, concret, sans langue de bois". Exemple ? Extrait de son interview : "Les 30 % des travailleurs qui occupent des emplois souvent essentiels tout en ayant les moins bons contrats, le moins de formations, le moins de dispositifs d'aménagement de fin de carrière, le moins de congés sont pourtant plus attachés à leur travail que les gens, privilégiés, de la classe moyenne supérieure." Pourquoi les gens moins bien payés seraient-ils plus attachés à leur travail que les autres ? Sur quelle statistique, quelle enquête, quel sentiment se permet-il d'affirmer cela ? Vive la lutte des classes ! Notons aussi que Paul Magnette rechigne à se dire marxiste, "marxien à la rigueur"… Du parler vrai.
Magnette, une tête bien pleine
C'est surtout la tête bien pleine qui a impressionné notre confrère français : "Paul Magnette cite avec aisance Tocqueville, Karl Marx, Simone Weil ou Naomi Klein. Il allie la pensée conceptuelle et l'action concrète, et cela produit de la vraie politique", confie son ami Raphaël Glucksman, eurodéputé français. Il est vrai qu'avec des intentions de vote de l'ordre de 25 %, le socialiste belge a de quoi faire pâlir d'envie ce qu'il reste des socialistes français : quelques menus fretins qui se déchirent les rogatons. Raison pour laquelle Olivier Faure avait offert à Paul Magnette de conduire la liste du PS français aux élections européennes. Refus poli du Carolo qui, avait-il expliqué à l'époque, préférait se consacrer à ses autres mandats… Lesquels ?
Dans ce même portrait, (mais peut-être y aura-t-il un rectificatif dans le prochain numéro), le journaliste précise que Paul Magnette, "père de quatre enfants (dont trois sont déjà adultes) consacre un jour et demi par semaine à sa ville de Charleroi, le reste à la politique nationale". Diable ! Sans tomber dans l'horrible poujadisme ambiant, on peut quand même s'interroger sur le "travail" du bourgmestre de Charleroi, rémunéré 198 000 euros pour la gestion de la plus grande ville de Wallonie à laquelle il ne consacre qu'un jour et demi par semaine. "La gauche doit se ressaisir du travail", clame-t-il à longueur de pages. Que diable n'en fait-il pas autant…
Cela dit, cet article révèle aussi une nuance importante. Raphaël Glucksmann, déjà cité, affirme : "Paul Magnette a une ambition réelle mais calme. Il la maîtrise, il n'est pas dominé par elle". Le Carolo a pourtant déjà fait part de sa frustration de ne pas avoir pu occuper le poste de Premier ministre, fruit d'un deal avec Alexander De Croo. Au journaliste français, il concède que cette fonction lui échappera peut-être encore la prochaine fois. Interrogé sur sa possible nomination au poste de Premier ministre, Paul Magnette confie : "C'est compliqué. Si on parvient à former une coalition menée par le PS, celle-ci sera minoritaire en Flandre. Pour la paix des ménages, il vaudra alors mieux laisser le poste à un Flamand plutôt qu'à un francophone." Caramba, encore raté. Est-il volontaire ou velléitaire… ?
Magnette, une tête bien faite
Soyons de bon compte. Si Paul Magnette est connu en France, c'est parce que son bagage intellectuel n'est pas négligeable. Il ne ferait pas tache dans les débats hexagonaux. Il s'était fait connaître, rappelle L'Obs, pour sa farouche opposition à la ratification du Ceta, le traité de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada. Sauf que… L'Obs oublie de mentionner que ce traité a finalement bel et bien été voté, avec l'accord du PS. Moyennant des aménagements ? À la marge.
C'est comme cette position absurde que Paul Magnette a adoptée il y a quelques mois : pas question de participer à un débat électoral entre présidents de parti. Motif : il n'y a pas assez de femmes. On savait bien que sa "stratégie" ne serait pas tenable sur le long terme. Il y avait deux solutions : ne participer à aucune joute oratoire… ou contraindre la moitié des présidents de parti à changer de genre. Mardi soir, il a donc répondu présent au débat organisé par RTL. Raison de ce revirement ? La chaîne privée a accepté d'organiser un autre débat entre six femmes... Le PS aurait donc fait plier RTL.
Conclusion. Paul Magnette a une belle gueule, il est beau parleur. Mais c'est un homme girouette, au bilan mitigé. Pas grave, ce sont les promesses qui font gagner. Laissons quand même le dernier mot au journaliste de L'Obs, qui a aussi été séduit par la tête bien faite de notre homme : "Assez beau, avec sa barbe de deux jours, sur une tête de Lawrence d'Arabie". Qui peut en dire autant… ? Mais non, Monsieur Bouchez, Lawrence d'Arabie était blond !