Claude Eerdekens et le funeste présage
Quoi qu'il arrive, Claude Eerdekens ne sera plus bourgmestre d'Andenne d'ici début décembre 2024. Une fin de règne dans la douleur pour celui qui a été le maïeur pendant 52 ans.
- Publié le 14-10-2024 à 14h16

Dimanche 13 décembre 2024. Une date que le bourgmestre andennais Claude Eerdekens marquera d'une pierre. Mais d'une pierre noire, assurément. Dans quelques semaines, celui qui a été l'homme fort de la cité des ours pendant 52 ans se retirera de la vie politique. Il ne sera plus bourgmestre. À moins d'un revirement, peu probable, il sera peut-être échevin, mais rien n'est moins sûr.
Les raisons sont multiples : le PS (PSD@, en l'occurrence) a pris une claque et perd sa majorité absolue. Historique ! Mais même si PS et MR s'entendent pour reconduire leur coalition vieille de 18 ans, le maïeur sortant ne sera au mieux qu'échevin, puisqu'il n'a signé que le 3e score de sa liste (1 672 voix de préférence), très loin derrière Vincent Sampaoli (2 278) et Benjamin Costantini (2 175).

Une longue journée de doute
Quand nous l'avons retrouvé au bureau de vote du Centre culturel, vers 8h du matin, Claude Eerdekens ne s'imaginait pas encore la journée contrastée qu'il allait vivre. Grand manteau de laine, chapeau au large bord, qui projette une ombre protectrice sur ses yeux, le bourgmestre se rend au bureau de vote N° 4.
"Eerdekens Claude", la voix de l'assesseur, Pascal Degée, retentit comme à chaque entrant. Ici, le maïeur est un électeur comme un autre. Après quelques instants, brefs, dans l'isoloir, il ressort, serein, glisse ses deux bulletins dans les urnes de toile noire. Un assesseur nous dira, sourire en coin, qu'elles ressemblent à des urnes funéraires. Funeste présage. Quelques poignées de main et encouragements à l'équipe, et le voilà qu'il ressort, devoir accompli.
Nous en profitons pour échanger quelques mots sur ses impressions. Rapidement, il se braque. Une consœur du média local Bouké s'est imposée dans notre interview. Il refuse de lui parler. Claude Eerdekens n'apprécie pas avoir été comparé à un parrain, dans une bande-annonce de la télé locale. Une plainte a été déposée. Première tension de la journée.
Nous le retrouvons un peu plus loin. Apaisé. Il nous confie que, s'il est élu, il n'ira pas au bout de la législature. Trois années de maïorat, puis il cédera le relais à son dauphin. Mais ça, c'était avant.
Avant que les résultats ne tombent et mettent à mal ses projets de fin de carrière sereine.

Absent du bureau
Tout au long de la matinée, Claude Eerdekens a travaillé. "Des dossiers à suivre, j'ai eu une permanence vendredi, quelques lettres à dicter pour apporter une aide administrative." Une journée comme une autre, consacrée au travail.
Fin d'après-midi, la tension est palpable au sein du bureau du parti, Promenade des Ours. Les premiers résultats parviennent au compte-goutte. Les projets du PSD@ s'étiolent. Vincent Sampaoli, tête de liste, est crispé, les yeux rivés sur son téléphone.
Claude Eerdekens, lui, est absent. Tout simplement. On ne sait très bien où il est. Chez lui ? À l'hôtel de ville ? Nul ne le sait.
Vers 18 h 30, nous le retrouvons finalement dans le hall de la maison communale. Un seul bureau a été dépouillé. Sur 11. Les résultats sont pour le moins parcellaires. Mais la tendance se dessine déjà. "Nous sommes toujours la première force d'Andenne, même si la liste 5300 nous a pris des voix. ADN est en recul. Le MR progresse."
Déjà sur ses gardes, il fait l'éloge de la collaboration, longue de 18 ans, avec le MR. En 2006, pourtant fort d'une majorité encore absolue, Claude Eerdekens avait décidé de l'ouvrir au parti de droite. Ni lui, ni les observateurs de l'époque n'auraient pu imaginer que, 18 ans plus tard, cette ouverture serait, peut-être, finalement fatale.
Mais nous n'en sommes pas encore là. Si les contacts ont été nombreux dès les premiers résultats connus ce dimanche soir, aucune coalition ne se dessine encore à ce moment. Ni même ce lundi matin.

Ambiance feutrée à l'Andenne Arena
La soirée du PSD@ se poursuit, comme convenu. Les candidats et leurs sympathisants se retrouvent à la cafétéria de l'Andenne Arena, le centre sportif de la ville, une des belles réalisations de l'équipe du maïeur.
Ils sont déjà nombreux, la salle est quasi pleine. On chuchote dans chaque coin. On ne se prononce pas vraiment. Les résultats ne sont pas ceux attendus. La liste était à un tournant de son histoire, certes, avec un Claude Eerdekens en dernière position, pour pousser plutôt que tirer. Mais de là à s'imaginer que la majorité absolue, en place depuis la fusion des communes, vacillerait. Nul ne l'avait vraiment envisagé. Et pourtant. La réalité des chiffres est bien là : le PSD@ ne dépassera même pas les 40 % des voix. Terrible désillusion.

Dernière prise de parole ?
20 h 30, Claude Eerdekens fait son entrée, plutôt discrète, dans la grande salle. Quelques-uns l'ont repéré et l'applaudissent. Chaleureusement. On sait déjà que le vieil ours va devoir céder sa place.
Signe qui ne trompe pas, ce n'est pas lui qui prend la parole en premier, mais bien son 1er échevin, Vincent Sampaoli. Pour lui rendre un vibrant hommage. Pour dire son indignation, face à une campagne qu'il juge indigne. Pour remercier l'homme qui a tant fait pour sa ville.
Claude Eerdekens prend ensuite le micro. On pourrait le penser ébranlé, au bord des larmes ? Mais non. Il reste stoïque. Pas de larme. Pas de pathos. Les faits. Rien que les faits. Et la cruelle réalité des chiffres. L'émotion est tout de même palpable.
Avant tout, il remercie son équipe, ses supporters. Puis il rappelle ses projets. "Si nous sommes reconduits dans un collège par un accord de majorité, je pourrai accompagner l'équipe dans un certain délai. Et, la prochaine fois, en 2030, je ne serai plus là. Je serai à vos côtés, dans les supporters." Les choses sont claires. Il redira encore tout son amour pour sa ville, pour ses sympathisants. Puis il se retirera. Ici, comme ailleurs. Clap de fin sur la carrière d'un des derniers dinosaures de la vie politique belge.
