Entre accusations de harcèlement sexuel, moral et "de 45 ans de règnes de terreur", Andenne a mis son bourgmestre à la porte
Les élections communales d'hier à Andenne marquent un tournant historique : après 45 ans à la tête de la ville, Claude Eerdekens, bourgmestre emblématique du PSD@, perd son mayorat.
- Publié le 14-10-2024 à 16h06

À Andenne, c'est la fête. Les résultats des élections soulagent les deux partis, ADN et 5 300 (liste MR), opposés au Bourgmestre Claude Eerdekens (PSD@). Figure incontournable de la politique locale depuis près d'un demi-siècle, il voit son empire s'effondrer. Avec un résultat en chute libre pour son parti, qui passe de 17 à 13 sièges et ne recueille plus que 38,8 % des voix, la majorité absolue qu'il détenait avec assurance n'est plus qu'un souvenir. Ce revers électoral survient dans un climat alourdi par de graves accusations de harcèlement moral et sexiste, portées au grand jour par le magazine Wilfried le 3 octobre 2024.
L'enquête du magazine brosse le portrait d'un homme dont l'aura s'est ternie. Plusieurs femmes, collègues et mandataires, y dénoncent ses agissements. L'une d'elles, ex-conseillère de l'opposition, ne mâche pas ses mots, décrivant Eerdekens comme un homme "grossier, misogyne et phallocrate". D'autres témoignages rapportent des situations glaçantes : des remarques déplacées, des gestes intrusifs, des invitations douteuses à partager du champagne dans son bureau. Pour les victimes, ces comportements ne relèvent pas d'un simple manque de tact, mais d'un abus de pouvoir qui entache la réputation d'un homme autrefois tout-puissant à Andenne.
Andenne, un exemple politique wallon
Sur la scène politique, le retrait forcé de Claude Eerdekens laisse un vide que l'opposition se prépare déjà à combler. Avec un PSD@ désormais affaibli, l'alliance entre le MR et AD&N semble inéluctable. Les discussions pour former une nouvelle majorité avancent rapidement, et les partenaires potentiels affichent une volonté claire : créer un environnement politique et professionnel "sécurisé et respectueux". Parmi leurs priorités, la mise en place d'un point de contact pour dénoncer les abus de pouvoir au sein des mandats politiques, une demande essentielle pour garantir que le climat toxique décrit par les victimes ne persiste pas.
Pour les femmes d'AD&N et de 5300, cette lutte dépasse largement les frontières de la petite ville wallonne. Comme elles l'expriment dans leur texte commun : "L'ampleur du phénomène, révélée par #MeToo politique, est telle qu'il s'agit d'un enjeu démocratique autant que d'un enjeu de santé publique." Elles se disent prêtes à mener ce combat, déterminées à refuser toute forme de sexisme dans les arènes politiques.
Avec la chute de Claude Eerdekens, c'est une page qui se tourne à Andenne, et l'avènement d'un nouvel ordre politique où les comportements abusifs n'auront plus leur place. Les femmes andennaises sont claires : il est temps de reconstruire sur des bases plus saines et respectueuses.
