Le PS bloque les négociations à Bruxelles : "Ahmed Laaouej joue sa carte personnelle et il n'est pas pressé"
Pour les socialistes bruxellois, "les conditions" de leur "participation aux négociations ne sont plus réunies".

- Publié le 02-12-2024 à 20h23
- Mis à jour le 02-12-2024 à 21h38

Lundi midi, le bureau politique de la fédération bruxelloise du Parti socialiste a constaté à l'unanimité que "les conditions pour sa participation aux négociations actuelles pour la formation d'un gouvernement bruxellois ne sont plus réunies". Le PS se retire-t-il des négociations bruxelloises ? Personne au PS ne le dit clairement à ce stade, même si le communiqué démontre qu'il est prêt à retirer la prise si les partenaires de majorité francophone, le MR et Les Engagés, poursuivent leur route avec la N-VA. À David Leisterh de choisir entre les seize sièges du PS ou les deux sièges de la N-VA, nous glisse-t-on.
Prendre ses responsabilités
En ce sens, le PS ne change pas de ligne depuis le veto vis-à-vis de la N-VA imposé par le président bruxellois Ahmed Laaouej à la mi-novembre. Quinze jours plus tard, la situation n'a donc pas évolué à Bruxelles. Le PS est seul contre tous.
Cette prise de position a cependant conduit ses partenaires à demander au PS de prendre ses responsabilités. "La capitulation du PS bruxellois ressemble plus à un manque de courage face à l'ampleur des réformes à mener à Bruxelles, a ainsi commenté le chef de file des Engagés bruxellois, Christophe De Beukelaer. Nous avons besoin d'un gouvernement solide, avec des partenaires capables de dépasser leurs intérêts particratiques au profit de l'intérêt général. Personne ne peut être étonné du volet institutionnel de la note d'Elke Van Den Brandt. Il ne reflète que les points programmatiques communs entre les partis flamands autour de la table. Nous ne partageons pas non plus ce projet institutionnel des néerlandophones, mais nous sommes conscients qu'il faut simplifier et réformer en profondeur Bruxelles et nous sommes prêts à défendre notre vision dans le cadre d'une négociation gouvernementale."
De son côté, le formateur David Leisterh a lancé "un appel clair à la responsabilité de tous" et a pris "acte aujourd'hui de la décision unilatérale du PS d'arrêter sa participation aux négociations". "Je n'abandonne pas Bruxelles, a-t-il clamé. Encore moins en temps de tempête. L'enjeu est trop grand. Les Bruxellois ne pourraient comprendre que des chamailleries politiciennes empêchent le redéploiement bruxellois."
Les néerlandophones dénoncent, eux aussi, le "manque de sens des responsabilités du PS", dixit Cieltje Van Achter (N-VA), tandis que l'Open VLD qualifie l'attitude du PS d'"incroyable".
Un enlisement de longue durée
Se sachant incontournables, les socialistes bruxellois n'ont pas grand intérêt à changer de ligne. Lundi, ils reprochaient aux partenaires de négociation de "remettre en cause les équilibres institutionnels de la Région bruxelloise et les intérêts des francophones", dénonçaient "un retour en arrière de 25 ans, avec l'immixtion dans les négociations régionales de considérations qui, en méconnaissant les réalités bruxelloises, répondent plus de dynamiques nationales que régionales". "Nous nous sommes toujours opposés à la mise sous tutelle de Bruxelles par les deux Communautés."
L'enlisement bruxellois risque de durer. En bloquant les négociations, les socialistes font certes monter la pression sur leur parti, mais aussi sur les autres formations politiques. "Ahmed Laaouej n'est pas pressé, car il se sait incontournable. Certes, en jouant sa carte personnelle au lieu de celle de l'intérêt général, il subit de plus en plus de critiques sur son irresponsabilité. Il se pose par contre en défenseur des droits des francophones. Et peut aussi faire monter les enchères en sa faveur", détaille un observateur de la vie politique bruxelloise. Qui rappelle par ailleurs que, si le CD&V avait accepté de monter dans l'attelage, Bruxelles aurait un gouvernement depuis plusieurs semaines…