Le chantier des bâtiments scolaires ravive la guerre entre les réseaux
Pour le CDH, la répartition des fonds européens pour rénover les écoles est inégale : WBE rafle tout.

- Publié le 03-02-2021 à 12h49
- Mis à jour le 17-03-2021 à 22h52

Le débat prévu au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, ce mercredi, concernant le plan de relance s'annonce animé. Le ministre-Président, Pierre-Yves Jeholet (MR), doit notamment expliquer comment sera ventilée la part des fonds européens dont pourraient bénéficier les projets de la Fédération (495 millions d'euros). Un des volets concerne la transition énergétique et, plus précisément, le dossier des bâtiments scolaires (auquel 300 millions pourraient être affectés).
Après des dizaines d'années de sous-financement, le parc d'écoles se trouve dans un état déplorable que la pandémie a clairement mis en lumière. Comme si cela ne suffisait pas, de nouvelles normes énergétiques imposent à moyen terme des obligations supplémentaires. Le chantier est pharaonique et les moyens sont très limités.
"Gifle au réseau libre"
Dans ce contexte, le plan de relance est une occasion unique de faire enfin bouger les choses. Si tout le monde s'accorde là-dessus, le scénario avancé par le gouvernement suscite par contre un tollé dans l'opposition humaniste. "C'est la plus grande gifle jamais collée au réseau libre", s'insurge le député CDH André Antoine, qui, pour étayer ses arguments, a rédigé un Manifeste pour l'égalité des élèves, épais d'une cinquantaine de pages.
Ce qui ne passe pas, mais vraiment pas du tout, dit-il, c'est la clef proposée pour répartir ces fonds : 58,5 % de ceux-ci seront alloués aux bâtiments scolaires de WBE (ex-réseau de la Communauté française), tous les réseaux subventionnés se partageant les 41,5 % restants (Villes et communes, Provinces et réseaux libres confessionnel et non confessionnel). "WBE scolarise moins de 15 % des élèves, contre 60 % dans le réseau catholique, tonne le député. Or, dans le meilleur des cas, le réseau libre confessionnel bénéficiera à tout casser de 20 % de la cagnotte européenne !"
Lundi, déjà, en Commission, il a donc demandé des comptes au ministre Frédéric Daerden (PS), qui a la double tutelle sur le Budget et sur le réseau WBE. Le ministre a quelque peu botté en touche. D'abord, en répétant que les fonds liés au plan de relance ne seront pas la seule façon possible de faire évoluer le dossier des bâtiments. Ensuite, en expliquant que la répartition arrêtée ne se base pas sur la fréquentation mais bien sur une autre clef. Les détails de celle-ci demeurent un mystère à ce stade. "Nous avons pris en compte les moyens globaux de ces cinq dernières années", a répondu Frédéric Daerden, en ajoutant, par ailleurs, qu'il fallait privilégier les dossiers les plus avancés vu les délais serrés imposés par l'Europe (commandes passées pour 2023, début des chantiers en 2026).
"Nous n'avons pas encore de cadastre global. Mais des rééquilibrages interviendront lorsqu'on disposera de ces données" , explique-t-il. À cet effet, une grande enquête est sur le point de démarrer auprès de tous les propriétaires de bâtiments scolaires. Elle pourrait déboucher sur un cadastre (premier du genre !) au mois de mai.
"Jusqu'au recours"
Aucune des explications du ministre ne convainc le député CDH. "La clef présentée est scandaleuse : elle consacre l'inégalité entre élèves. Il est inadmissible que des élèves ou leurs parents soient discriminés en fonction de leur choix." Selon lui, les autres possibilités évoquées de soutien futur sont incertaines. "Le seul argent sonnant et trébuchant est celui-ci, constate André Antoine. Et même, s'il survient d'autres choses plus tard, seront-elles réparties sur la même base ?" Enfin, à l'obligation d'aller vite, il oppose l'existence du Programme prioritaire des bâtiments scolaires où un certain nombre de dossiers sont déjà en attente. "Le délai pour réaliser les dossiers introduits par le réseau libre est d'ailleurs passé de cinq à sept ans : il y a donc bien des dossiers !"
L'auteur du Manifeste pour l'égalité des élèves ne compte pas en rester là. Tout ce qui est important en matière d'enseignement doit être stipulé par décret. Le chantier des bâtiments scolaires sur lequel planche l'administration depuis six mois devrait déboucher en juin prochain sur des textes législatifs qui feront forcément l'objet de débats. "On les attend de pied ferme", conclut André Antoine, prêt à aller jusqu'au recours en justice pour discrimination, si besoin. Pour l'heure, le ministre Daerden continue, lui, à répéter que "la révision de la gestion des bâtiments scolaires en Fédération Wallonie-Bruxelles a bien pour objectif le bien-être de tous les enfants".