Cet enseignant remplaçant fulmine : "J'ai été payé 3 euros brut de l'heure !"
Et il n'y a pas d'erreur, vu le statut du remplacé et la concentration des prestations.

- Publié le 06-11-2021 à 09h32
- Mis à jour le 06-11-2021 à 09h33

Nathan (1) est en colère. Ce professeur d'éducation physique dénonce la manière dont il a été payé lorsqu'à plusieurs reprises, l'année dernière, il a donné cours dans différents établissements. "Depuis janvier, j'ai effectué de nombreux remplacements dans beaucoup d'écoles différentes dont plusieurs remplacements d'un jour grâce aux alors nouveaux contrats de remplacement Covid", explique-t-il.
Nathan a multiplié les missions
Pour pallier les absences d'enseignants, plus nombreuses notamment en raison des quarantaines et des contaminations, une règle particulière avait effectivement été instaurée (elle n'est plus en vigueur cette année). Normalement, un enseignant ne peut être remplacé qu'après dix jours d'absence. Début octobre 2020, une circulaire a été envoyée aux écoles pour les informer qu'elles pouvaient désormais agir dès le premier jour et ce, quelle que soit la durée du remplacement à effectuer, même un seul jour. C'est dans le cadre de ce dispositif que Nathan a multiplié les missions.
Quelle ne fut pas sa surprise quand il découvrit, plus tard, ce que certaines de ses prestations lui ont rapporté. "J'ai par exemple signé un contrat d'un jour dans une école du Brabant wallon où j'ai presté 4 périodes. Et pour ce remplacement, j'ai été payé 12 euros brut : 3 euros brut de l'heure !, s'indigne-t-il. Les enseignants comme moi sont déjà assez en difficulté pour accepter des contrats d'un jour, alors si, en plus, c'est pour gagner aussi peu…" Et de s'étonner d'autres remplacements avec toutes sortes de tarifs horaires différents.
Pas une erreur
Un prof payé trois euros brut de l'heure : comment est-ce possible ? Le pire, c'est qu'il ne s'agit même pas d'une erreur. "Un enseignant qui effectue un remplacement est payé en fonction de la charge horaire de celui qu'il remplace", explique Joseph Thonon (CGSP Enseignement). Autrement dit, si l'absent travaille à temps plein, vous touchez un temps plein, s'il est à mi-temps, vous touchez un mi-temps, etc. "Là où ça se corse, c'est quand toutes les prestations sont rassemblées sur un ou deux jours." Démonstration.
"Prenons le cas d'un enseignant du secondaire inférieur dont la charge de travail devant la classe correspondrait à 22 heures à temps plein", explique le représentant syndical. "Ce professeur est engagé pour 5 périodes de cours sur 22. Il touche environ 5/22 de 3 000 euros brut par mois, soit 681 euros brut." Que se passe-t-il s'il doit être remplacé ?
Pour celui qui vient donner cours à sa place, la situation varie fortement en fonction de la durée de son contrat, avec une mauvaise surprise possible. "Son remplaçant sera également payé sur base d'un 5/22. S'il preste une seule journée, les 681 euros dont on parlait dans l'exemple seront divisés par 30 : on arrive donc à 22,70 euros brut pour la journée. Et, toujours pour reprendre ce cas fictif, comme le remplaçant aura presté cinq périodes ce jour-là, elles lui valent un salaire de 4,54 euros brut de l'heure." Le problème, conclut Joseph Thonon, c'est la concentration de la prestation sur un jour.
Le même raisonnement est valable en cas de contrat de deux jours. Nathan en a d'ailleurs aussi fait l'expérience. "Dans un autre établissement, à Bruxelles, j'ai fait un remplacement de 3 semaines à 11 périodes sur 24. Mais il y a eu d'autres enseignants absents. Pendant une semaine, j'ai donc finalement donné les 24 périodes. Pour les 13 périodes de différence, j'ai signé un contrat de deux jours. Du coup, pour ces 13 périodes, je n'ai même pas touché la moitié de ce que je devrais gagner."
Payée à mi-temps pour un temps plein
Cette situation est-elle typique aux adaptations introduites en raison de la pandémie il y a un an ? "À la fois oui, avec ces remplacements courts et rapides, et non", répond encore le représentant syndical. Et de citer l'exemple de deux institutrices qui se partagent un temps plein en deux mi-temps devant leur classe où elles enseignent chacune une semaine sur deux. "Puisque le remplaçant est payé en fonction de la charge horaire de celui qu'il remplace, la personne amenée à remplacer l'une des deux institutrices la semaine où elle travaille sera donc payée à mi-temps alors qu'elle a travaillé à temps plein." Incroyable mais vrai.
(1) Prénom d'emprunt.