Un élève wallon sur trois choisit le néerlandais comme seconde langue
C'était encore le cas d'un élève sur deux en 2010. Mais obliger rime-t-il avec mieux former?

- Publié le 10-05-2022 à 08h00
- Mis à jour le 12-05-2022 à 08h43

"Apprendre le néerlandais n'est pas obligatoire dans l'enseignement francophone : c'est scandaleux, un manque total de respect. Le pouvoir fédéral devrait pouvoir obliger les Wallons à l'apprendre", affirmait Sammy Mahdi, secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration et candidat à la présidence du CD&V, lundi, dans La Libre. Qu'en est-il sur le terrain ?
L'apprentissage d'une première langue moderne autre que la langue de l'enseignement (ce qu'on appelle le "cours de seconde langue") commence aujourd'hui en troisième primaire à Bruxelles et en cinquième primaire en Wallonie comme en Flandre.
À Bruxelles, cette première langue moderne est obligatoirement le néerlandais. C'est également le cas dans les communes wallonnes dites "de la frontière linguistique", à savoir Comines-Warneton, Mouscron, Flobecq et Enghien. Et en Flandre, c'est forcément le français.
En Wallonie, la première langue moderne peut être soit l'anglais, soit le néerlandais, soit l'allemand. Sauf dans les communes de Malmedy, Waimes, Baelen, Plombières et Welkenraedt, où seuls le néerlandais et l'allemand sont possibles.
À la rentrée 2023-2024 en Wallonie
Alors que font les élèves wallons ? Les derniers chiffres disponibles auprès de l'administration concernent l'année scolaire 2020-2021. Cette année-là en Wallonie, dans le secondaire ordinaire (enseignement général et technique de transition), 34 % des élèves ont suivi des cours de néerlandais en seconde langue, pour 64 % qui apprenaient l'anglais et 2 % l'allemand. Avec les 100 % des élèves bruxellois plongés automatiquement dans le néerlandais, on arrivait à 49,7 % de cours de néerlandais en seconde langue, pour 48,8 % de cours d'anglais et 1,5 % de cours d'allemand, pour l'ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Les proportions étaient strictement les mêmes un an plus tôt. En 2018-2019, par contre, on frôlait encore en Wallonie les 40 % de cours de néerlandais en seconde langue. Et, plus loin dans le temps, c'était le cas d'un élève sur deux en 2010…
Faut-il pour autant forcer la main pour que la seconde langue soit obligatoirement une des langues nationales belges pour tout le monde ? L'annonce d'un débat sur la question figure dans la déclaration de politique communautaire. "Le gouvernement a pris possession du rapport demandé à l'administration et a entamé des discussions à ce propos. Des éléments complémentaires ont été sollicités. Aucun timing précis n'est encore défini", nous indique le cabinet de la ministre de l'Éducation, Caroline Désir (PS).
Le dossier institutionnel se jouera sans doute au plus haut niveau de décision politique. Mais en marge et sans attendre, une réflexion mériterait d'être menée sur la manière d'enseigner les langues. Car la 3e et la 4e primaires entreront dans le tronc commun à la rentrée 2023-2024 avec pour conséquence, en Wallonie, le début de l'apprentissage d'une seconde langue deux ans plus tôt qu'aujourd'hui.
Une éventuelle obligation et deux années de cours en plus suffiraient-elles, le cas échéant, à améliorer le niveau des élèves ? Ceux qui en doutent font remarquer qu'aujourd'hui, les jeunes bruxellois qui apprennent déjà le néerlandais dès la 3e primaire n'obtiennent pas de meilleurs résultats que leurs homologues wallons à l'épreuve de néerlandais du CE1D (évaluation externe de fin de deuxième secondaire). D'autant qu'une difficulté supplémentaire se profile : la pénurie de professeurs de langues sera aggravée par la nécessité de trouver des centaines d'enseignants supplémentaires pour la 3e et la 4e primaires des écoles wallonnes, d'ici 2023.
La demande est là, y compris en néerlandais
Comment bien enseigner une langue ? En donner le goût ? Il ne faudrait pas que le débat politique occulte ces questions essentielles. L'énorme succès des études en immersion (avec des cours non pas "d'une" autre langue mais "en une" autre langue à partir de la troisième primaire) montre que la demande et l'envie sont là. Y compris en néerlandais. En 2020-2021, près de 19 900 élèves étaient inscrits en immersion dans le secondaire, pour 18 350 un an plus tôt et 14 500 en 2018-2019. Principalement en néerlandais.
Dans le même ordre d'idées, le succès de l'enseignement flamand ne diminue pas parmi les familles francophones désireuses de miser sur le bilinguisme. À tel point que le ministre flamand de l'Enseignement, Ben Weyts (N-VA), a récemment annoncé que les écoles secondaires de la périphérie bruxelloise pourront, dès l'année prochaine, réserver 70 % de leurs places aux élèves qui suivent l'enseignement néerlandophone depuis l'âge de 3 ans.Monique Baus