Au moins 500 bâtiments scolaires vont devoir être démolis
Les préfabriqués en acier et en bois doivent être rasés, lit-on dans le rapport sur le chantier des bâtiments scolaires publié mercredi.

- Publié le 11-05-2022 à 20h14
- Mis à jour le 12-05-2022 à 07h48

Conséquence d'un déficit de financement durant plus de quarante ans, l'état des bâtiments scolaires laisse fortement à désirer. Un vaste chantier a été lancé il y a deux ans pour objectiver la situation. Chantal Dassonville, qui en est la coordinatrice, a présenté le rapport final de ce travail, mercredi, au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Objectif : renouveler durablement la politique de construction scolaire. Pas moins de 7 965 établissements ont été recensés (sur un total qui doit avoisiner les 13 000 implantations : le cadastre entamé doit donc être complété).
Les besoins sont colossaux, comme le confirment deux chefs d'établissement. "Les travaux à faire sont énormes pour remettre le bâtiment, dont l'aile la plus ancienne a près de 100 ans, dans un état correct. Et encore, nous ne sommes pas les plus à plaindre" , reconnaît ce préfet d'un athénée situé en région bruxelloise (réseau WBE).
"Une chaise devait avoir une durée de vie de 28 ans"
"Nous manquons de locaux pour les élèves, confie Xavier Cambron, directeur des humanités générales au collège Cardinal Mercier de Braine-l'Alleud, qui compte pas moins de 650 locaux répartis dans 18 bâtiments (réseau catholique). "Nous n'avons pas de salles d'études, les labos de sciences sont trop exigus, nos vieux bâtiments souffrent d'humidité ascensionnelle, les caves sont inutilisables." Certes, des travaux ont pu être planifiés, mais en faisant des économies ailleurs. "Quand je suis arrivé ici il y a 16 ans, une chaise devait avoir une durée de vie de 28 ans."
Le rapport présenté par Charlotte Dassonville pointe six enjeux majeurs dont on ne peut faire l'économie quand on parle bâtiments scolaires. D'abord, un enjeu pédagogique. Dans le cadre du Pacte d'excellence, un tronc commun de cours sera suivi par tous les élèves jusqu'en 3e secondaire d'ici 2028, avec des implications sur le regroupement de locaux de cours. Le tronc commun sera polytechnique. Une attention doit donc être portée aux nouvelles normes techniques, y compris pour l'enseignement qualifiant d'après tronc commun, et à la transition numérique à continuer. En outre, l'inclusion des élèves à besoins spécifiques et les besoins particuliers de la promotion sociale et de l'enseignement supérieur doivent être au centre des projets.
Deuxième enjeu : les exigences territoriales doivent guider les choix futurs. Cela concerne l'évolution démographique (dans le fondamental les besoins vont diminuer jusqu'en 2039-2040, tandis que dans le secondaire ils restent importants d'ici 2025-2026 puis diminueront vite) et la localisation des établissements (et leur accès, de préférence en mobilité douce).
Le rythme des rénovations doit s'accélérer
Autre point de rupture avec le passé : la question climatique et environnementale. Le bâti doit s'adapter. Et les échéances sont courtes. La neutralité énergétique est fixée à 2025 en Wallonie et à 2030 à Bruxelles. Le rythme des rénovations doit clairement s'accélérer, dit le rapport, avec une stratégie pour chaque bâtiment séparément, basée sur des études préalables solides. "Une étude a montré que, sur 40 bâtiments scolaires récents, 25 ont arrêté d'utiliser les systèmes trop compliqués qui venaient d'y être installés", a encore commenté la coordinatrice. Et d'appeler à une grande sobriété.
Le quatrième enjeu est la recherche de nouveaux moyens et leur optimisation. L'actuel décret de 2007 relatif au programme prioritaire de travaux en faveur des bâtiments doit être réformé. On constate que l'ensemble des budgets qui y correspondent n'est pas utilisé. Sans doute car les dispositifs sont peu clairs et enchevêtrés les uns dans les autres, suggère le rapport.
Cinquième enjeu : faire tomber les barrières, mettre en commun.
70 sites consomment trop d'énergie
Enfin, les bâtiments dont la Fédération Wallonie-Bruxelles est propriétaire font l'objet d'un axe particulier. Pointons déjà ces premiers chiffres au chapitre consacré aux travaux urgents : près de 500 bâtiments scolaires nécessitent des travaux de démolition/reconstruction ou de grosse rénovation. Les préfabriqués ou semi-préfabriqués construits à la chaîne en acier ou en bois doivent être rasés. En outre, un certain nombre de constructions traditionnelles en maçonnerie, dont de nombreux bâtiments pré-industriels en béton construits avant 2008, doivent faire l'objet d'une rénovation lourde. Enfin, 70 sites scolaires ont été identifiés comme trop gros consommateurs d'énergie et demandent également une intervention.